Appel aux mécontents (Par Alymana Bathily)

Je ne m’adresse pas particulièrement à la Gauche. Ni à la Droite. Ni à la Société Civile. Ni aux Mourides, ni aux Tidianes, ni aux Khadres, ni aux Layenes,. Ni aux Catholiques. Ni aux Protestants. Ni aux Animistes. Ni aux athées. Ni aux femmes. Ni aux hommes. Mais à tous ceux là qui sont mécontents de l’état du Sénégal et de la politique du Président Macky Sall.

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Il parait qu’il y a des Sénégalais qui n’en sont pas mécontents du tout. Je le comprends et je respecte leur appréciation. Mais je considère moi qu’il y’a lieu d’être mécontent aujourd’hui de l’état du Sénégal et inquiet de son avenir. Je sais que de nombreux Sénégalais ont le même sentiment que moi.

Du fait que notre pays n’a atteint aucun des objectifs qu’il s’était donné à l’aube de son indépendance et encore en 2010 dans le cadre des Objectifs du Millénaire de Développement. Ni en matière de réduction de la pauvreté, d’éducation primaire pour tous, de promotion de l’égalité et de l’autonomisation des femmes, de réduction de la mortalité infantile, d’amélioration de la santé maternelle, de santé publique  et de mise en place d’un environnement sain et durable  avec notamment l’accès à l’eau potable pour tous.

Du fait que notre pays est encore l’un des 25 pays les plus pauvres au monde. En ce moment même, 750 000 personnes, à travers le pays sont confrontées à la famine. 40% des 15 millions de Sénégalais, c’est-à-dire 6 millions d’entre nous,  vit encore avec moins de 1000 CFA par jour. Quand 100 élèves entrent à l’école seuls 60 l’achèvent avec le CFPE. De ceux là, 25 accèdent à l’enseignement moyen et 10 seulement obtiennent le Bac !

De ce fait la moitié de la population de ce pays ne sait ni lire ni écrire, ni dans leur langue, ni en français, ni en arabe. L’enseignement supérieur  est encore incapable de former en qualité et en quantité les cadres requis pour le développement économique et social et  la recherche. Le chômage et le sous emploi des jeunes, y compris des diplômés, s’aggrave d’année en année. « 200 000 nouveaux demandeurs d’emplois arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que l’offre est estimée à environ 30 000 nouveaux emplois indique l’Agence Nationale Pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (ANPJ).

On pourrait m’opposer que la situation actuelle n’est pas le fait du régime du Président Macky Sall et que son Plan Sénégal Emergent (PSE) a été conçue précisément pour y palier. Cet argument n’est pas recevable pour au moins deux raisons.
D’abord on ne peut impulser le type de développement rapide et profond annoncé par le PSE sans réformes profondes de l’économie,  de l’administration, de l’Etat et en fait de la société toute entière. Nous savons  cela des expériences de plusieurs pays dont le Singapour de Lee Kuan Yew,  la Malaisie de Mohamed Mahathir et le Rwanda de Paul Kagamé.

Or après sept ans, le Sénégal de Macky Sall n’a engagé aucune réforme de fond, même pas celles qu’il a lui-même annoncé. Ni celle du foncier, ni de l’administration, ni de l’école et de l’enseignement supérieur, ni de la mendicité des enfants.
L’autre raison est que ce régime s’accommode allégrement de la corruption installée dans ce pays depuis fort longtemps. En fait il la suscite même et l’entretient. La Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) restauré dès 2012 et qui poursuivait 25 personnalités pour des faits survenus au cours du régime du Président Abdoulaye Wade et portant sur plusieurs centaines de milliards de FCFA, n’aura finalement condamné que le seul Karim Wade et un unique comparse. Ils seront d’ailleurs finalement tous deux libérés dans des conditions restées opaques encore à ce jour.

Le premier rapport  2014 -2015 de l’Office National de Lutte contre la Corruption  (OFNAC), portant  notamment sur la gestion du Directeur Général du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) et de celui de la Poste,  sur des centaines de millions de FCFA, restera sans suite. La Directrice Générale de l’institution  quant à elle sera limogée brutalement en juillet, sans avoir pu présenter son rapport au Président de la République comme prévu par la loi.

L’implication du frère du Président de la République dans le pétrole et la gestion opaque de ce secteur sont une autre indication de la prégnance de la persistance de la corruption dans notre pays. Il y’a donc des raisons pour les Sénégalais d’être mécontents de la gestion de leur pays. Ces raisons, répétons le, ne relèvent pas de la gestion du seul régime du Président Macky Sall. Elles sont aussi anciennes que le Sénégal moderne en fait.

Mais il est à présent urgent d’y remédier. Le Sénégal a en effet atteint un niveau de déliquescence culturelle et morale inquiétant. Il suffit de considérer la manière dont nous traitons nos morts, enterrés dans le désordre de cimentières régulièrement vandalisés, et nos enfants dont nous condamnons des milliers à la mendicité et aux mauvais traitements. Une société qui ne sait ni honorer ses morts ni protéger ses enfants  est assurément une société en décadence !

Des fils et des filles de ce pays ont pourtant dans le passé apporté une contribution remarquable au combat de toute l’Afrique contre le colonialisme. Des artistes, des écrivains, des hommes et des femmes de science, des sportifs, des intellectuels, des entrepreneurs de ce pays apportent depuis toujours la contribution de ce pays au concert des nations. C’est pourquoi ce pays ne saurait être condamné à la déchéance.

Les Sénégalais ne doivent cependant pas rater le rendez vous qu’ils ont avec l’histoire à l’occasion des prochaines élections présidentielles du 24 Février 2019. A cette date, le Sénégal sera face à son destin, à la croisée des chemins de son histoire. Il s’agira soit de s’engager dans une nouvelle voie pour changer radicalement ses conditions de vie ou alors préserver dans ses travers et tares. C’est pourquoi  j’en appelle à tous ceux qui sont mécontents de la situation actuelle de notre pays, à saisir cette occasion pour changer notre destin par leur bulletin de vote.

Je m’empresse d’ajouter qu’il s’agit pas de changer pour que rien ne change vraiment. La troisième alternance ne devra pas comme la deuxième consister en un remake de l’ancien. Comment  s’en assurer ?  Par la constitution rapide d’un cadre de concertation et d’initiative des « mécontents » dont  la première mission sera l’élaboration du Programme Alternatif Commun (PAC) que Mody Niang a évoqué en Septembre 2017 déjà.

La tâche de ce cadre sera bien entendu l’élaboration d’un Programme Commun de Gouvernement,  qui pourrait partir des Conclusions des Assises Nationales et  de la Charte de Gouvernance Démocratique enrichie de contributions de nouvelles sensibilités. Comment mettre en place de ce cadre sans s’empêtrer dans les habituelles querelles d’égos et les inextricables luttes « idéologiques » ?

Ndiawar Kane a proposé ici même, il y a quelques semaines, une « stratégie pour une alternance de bonne gouvernance » qui consisterait à faire porter la candidature de Khalifa Sall adossée à un « programme de bonne gouvernance », par un candidat qu’il aura choisi  pour un mandat de transition de 2 à 3 ans.  Cette proposition a le mérite d’être réaliste et donc faisable. Mais elle a le défaut, la politique étant ce qu’elle est, de dépendre entièrement du bon vouloir de M.Khalifa Sall. C’est pourquoi j’y adjoindrais le cadre de concertation et d’initiative des « mécontents » que M. Khalifa Sall devra mettre en place et avec lequel il travaillera à  l’élaboration rapide du Programme Alternatif Commun (PAC).

M. Khalifa Sall et le cadre de concertation désigneront en bonne intelligence le candidat à l’élection présidentielle de 2019 pour « une alternance de bonne gouvernance »  La mise en œuvre de cette stratégie n’est pas simple et le temps qui reste est court ! Mais si nous y croyons vraiment, nous y arriverons.

C’est  Martin Luther King qui disait : « Faites le premier pas avec foi. Vous n’avez pas à voir tout l’escalier, juste la première marche. »

Alymana Bathily

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