Les aveux d’Amadou Ba (PAr Demba Ndiaye)

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« Nous n’avons pas aujourd’hui de problème de trésorerie. Je veux que cela soit clair. A la date d’aujourd’hui (vendredi 7 juin), nous avons au moins (sic !) 700 milliards de FCfa au niveau du Trésor ». 

Ainsi donc, cet homme qui était dans un coma profond comme ses collègues de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur, depuis que les étudiants de l’UGB, les impliquant dans le meurtre de leur camarade Fallou Dieng, exigent leur départ du gouvernement, s’est brutalement réveillé pour aligner des conneries qui donnent raison à ceux qui les taxent d’irresponsables, voire d’incapables.

Mais Monsieur Amadou Bâ, ci-devant argentier de l’Etat, aurait sans doute dû continuer à dormir pour éviter au gouvernement la confirmation des charges qui pèsent déjà lourdement sur lui quant à sa responsabilité pleine et entière dans le crime de l’étudiant Fallou Dieng, mais aussi des crimes économiques et sociaux commis volontairement, pour différer leur résolution jusqu’à la veille des élections.

Cet homme dont on continue de s’interroger sur les vraies raisons de sa présence (centrale) dans le gouvernement, nous expliquent doctement : « Il ne s’agit pas d’exécuter le budget en trois, quatre jours ou six mois (quel analphabète économique, politique ou simplement administratif le lui a demandé), et se retrouver ensuite avec 0 franc ». Et comme si  nous étions des demeurés comme lui, il assène doctement : « Ce n’est pas comme ça. Le budget c’est le principe de l’annualité ». Et en assénant ces débilités, il affiche justement le sourire débile propre à sa race politique. Vaniteux et hautains !

Evidemment qu’on ne dépense pas un budget annuel en trois, quatre jours, voire six mois, comme ce cancre nous le dit croyant faire des révélations économiquement pertinentes. On lui demande seulement, pourquoi il jouit comme un benêt bien heureux en s’asseyant chaque mois plus de deux, trois semaines sur les bourses des étudiants qui en vivent voire en survivent ? Pourquoi il asphyxie les universités et écoles supérieures privées avec lesquelles il est lié par des accords en bonne et due forme ? Pourquoi, il coule dans le béton (excuses pour le calembour) les majors BTT qui construisent nos routes et autres infrastructures dont son maître, en a fait le programme pour se faire réélire au premier tour en février prochain ?

Pourquoi il regarde des chantiers se figer dans le béton (décidément) faute de paiement des engagements de l’Etat vis-à-vis de ceux dont on dit qu’on veut en faire des « capitaines d’industrie » ?

Vous voulez la réponse à toutes ces questions nulles et non avenues ? Le premier cancre de la classe dévoile comme une révélation divine la réponse limpide du professeur de chaire économique qu’il croit être :  « Les dépenses dépendent des périodes ». Que nous étions bêtes de penser que les dépenses étaient planifiées en fonction des urgences, des besoins imprescriptibles comme les bourses et les salaires, le fonctionnement des hôpitaux etc.

La vérité sortant de la bouche des fous du village, le nôtre nous plonge entre fous rires et pleurs abondantes : « Certains ministères  dépensent une bonne partie de leur budget en début d’année, alors que d’autres c’est en fin d’année ». Le pire, c’est que monsieur le ministre, en débitant ces âneries indignes d’une autorité de sa station, ne cille même pas. Parce qu’il trouve cela « normal » sans doute!

Où se trouvent donc les règles de planification, la fameuse « organisation et méthode » dont nous nous glorifions d’avoir hérité du président-poète Senghor, ou encore, la camisole de force et autre ceinture d’austérité « moins d’Etat, plus d’Etat » de Abdou Diouf ? Puisque la « sobriété et la vertu » est un slogan (comme d’autres) mort-né de « Yonnu Yokkute » qui se voulait de ruptures, enterré par un Pse qui prétend nous sortir du naufrage, en nous immergeant pourtant, bien profond, dans les profondeurs abyssales des mensonges, reniements et autres gabegies dans lesquelles on enterre le pays.

Ce qui me chagrine le plus dans ce jeu de massacre et de mensonge, le traitement bienveillant réservé par la presse à ces outrances de Amadou Bâ, ci-devant argentier bien généreux le weekend dans ses virées politiques et, chantre de la prudence et rigueur budgétaires quand il s’agit de payer nos étudiants pour qu’ils ne soient pas obligés de faire comme tous les étudiants du monde. Ou des chefs d’entreprises obligés de réduire les heures et charges de travail de leurs employés pour faire face à la politique d’égorgement des nos entreprises (majors ou mineurs, tous ont ont droit à la vie) ; ou encore des étudiants menacés d’être jetés à la rue par les instituts et autres universités privés où la politique de construction d’infrastructures à pas de tortue les avait parqués.

Notre presse, par ce traitement neutre de ces aveux de fautes du ministre, ne manquera pas de conforter les mauvais esprits qui l’avait déjà enfermée dans les grasses et vertes pâturages des nouveaux « latifundiaires » du pouvoir. Surtout que dans ces cercles où tout se sait, se murmure dans les salons feutrés où on traficote en tous genres, il est unanimement admis que notre argentier, est le plus grand anesthétisieur de cette profession qui semble avoir perdu son âme sur l’autel des dures réalités des « goorgoorlous ».

Les étudiants avaient raison : Fallou Sène a été victime d’une chaîne de responsabilités dont les responsables trônent au plus haut niveau de notre gouvernement, à côté du premier responsable d’entre eux. Une « clé de voûte » qui n’ouvre plus aucune  porte. Et il a fallu pour réveiller la République anesthésiée, un discret éternuement d’un ancien Premier ministre.

Et pourquoi diantre, notre classe politique aussi (et surtout) est subitement frappée d’un mutisme abyssal ? Elle vient de perdre une occasion en or de gêner un adversaire de fuir les débats économiques et son bilan resplendissant. Décidément, tout le monde semble être tombé dans un coma profond au pays qui veut pourtant émerger !

Demba Ndiaye, Journaliste  

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