FRANCE : Emmanuel Macron et Édouard Philippe peinent à constituer un gouvernement

Pendant que Emmanuel Macron prenait tout son temps pour arrêter le casting de sa nouvelle équipe gouvernementale, droite et gauche ont rivalisé de critiques à l’encontre du président de la République et de sa longue séquence de réflexion. L’Élysée a finalement annoncé dans la soirée que le remaniement ne sera finalement pas dévoilé mardi soir.

«Tragi-comédie!» et «mascarade» au sommet de l’État. Le ton a été donné mardi aux questions d’actualité à l’Assemblée par le président du groupe LR, Christian Jacob. «En quinze mois, ce n’est pas moins de sept ministres, dont vos trois ministres d’État, qui ont quitté le gouvernement», a raillé Christian Jacob. «Quand les premiers soutiens désertent ou n’y croient plus, c’est une bérézina annoncée», a-t-il ajouté dans une allusion directe à la démission de Gérard Collomb.

«Vous êtes aujourd’hui incapable de proposer un gouvernement crédible à la France, tant c’est le vide autour de vous !»

Christian Jacob, président du groupe LR

Fustigeant «l’étroitesse pour ne pas dire le vide de l’assise politique de (la) majorité», le président du groupe LR à l’Assemblée a aussi dénoncé la politique d’Emmanuel Macron: «Un échec.» «Le chômage, les impôts, le pouvoir d’achat… Tous les indicateurs sont au rouge», a-t-il asséné. «Vous êtes aujourd’hui incapable de proposer un gouvernement crédible à la France, tant c’est le vide autour de vous!», a-t-il encore raillé. Réponse du tac au tac du premier ministre Édouard Philippe: «Il n’y a dans cette majorité et dans ce gouvernement aucune fébrilité, aucune impatience, a assuré le premier ministre. Il y a la volonté de tenir les engagements qui ont été pris par le président de la République, la volonté d’assurer la sécurité des Français.»

À gauche aussi, on est monté au front pour s’étonner du délai employé par l’exécutif pour mener à bien le remaniement. «La capacité d’attraction d’Emmanuel Macron est assez faible. Beaucoup se disent: “Mais qu’allons nous aller faire dans cette galère?” Ils n’ont pas envie d’être carbonisés en devenant ministres d’un gouvernement qui risquerait d’être en crise dans moins d’un an», a jugé sur BFMTV le député Insoumis Alexis Corbière. «Le fait que le président patauge depuis une semaine démontre la faiblesse du banc de touche de la macronie qui n’arrive pas à trouver un remplaçant à Gérard Collomb», raille le sénateur PS Rachid Temal.

Dans la soirée, l’Élysée indiquait qu’Édouard Philippe et son gouvernement ne démissionneraient pas dans le cadre du remaniement à venir

Face à ce flot continu, Emmanuel Macron a fait comme si de rien n’était. Mardi soir, il s’est rendu comme prévu à la Station F, une pépinière de start-up, pour rencontrer un millier de jeunes entrepreneurs et discuter avec eux pendant presque une heure et demie. Calme. Détendu. Détaché en tout cas de l’agitation politique et médiatique autour du remaniement.

Reprenant ses accents d’ancien ministre de Bercy, Emmanuel Macron a loué l’«esprit de responsabilité» des «leaders», vanté l’écosystème probusiness de la France et l’«intransigeance» de son gouvesiternement face aux lobbies (énergie, automobile, etc.). «Je continuerai à bousculer toutes les habitudes comme depuis le premier jour», a assuré le chef de l’État.

Dans la soirée, l’Élysée indiquait qu’Édouard Philippe et son gouvernement ne démissionneraient pas dans le cadre du remaniement à venir. Comme si l’exécutif souhaitait éviter de trop dramatiser le changement d’équipe. «Pourquoi provoquer la démission du gouvernement si le cap politique ne change pas?», abondait un ministre. En tout cas, cette option a été évoquée au cours du déjeuner hebdomadaire entre le président et le premier ministre, lundi, à l’Élysée.

Quant au casting, il s’est révélé complexe. «Plusieurs poids lourds de droite n’ont pas donné suite à des propositions d’entrée au gouvernement, croit savoir un observateur averti. Le premier ministre cherchait à pousser des personnalités de son ancienne famille et a installé un rapport de force sur le sujet avec le président.» Pendant ce temps-là, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, pourtant donnée sur le départ, défendait la loi sur les «fake news» dans l’hémicycle. De la cruauté des remaniements.