La foi et le choix citoyen (Par Cébé)

C’est quoi ces litanies éculées du « nous l’accompagnons pour qu’il achève ses projets » ? Aucun chef d’Etat « n’achève » ses projets et, c’est pour cela que l’on parle de la « continuité » de l’Etat 

Lourde semaine avec des tempêtes entre ciel et terre, entre l’inévitable fin de vie, la mort, (Bruno Diatta paix à son âme) ; une tentative désuète et ridicule d’embarquer toute une confrérie dans un choix mercantile, retour d’un ascenseur collectif, parce que édifié avec l’argent de tous les Sénégalais, qu’ils soient musulmans ou non, tidjane  ou non, de Tivaouane ou de Fongolembi, de la forêt sacrée casamançaise  au désert du Fouta ! De quoi se mêle donc ce porte-parole qui, à n’en pas douter, ne porte pas la parole, les vœux,  les souhaits, les choix citoyens de tous les habitants encore moins des tous les  tidjanes, qui tous, ne sont pas Tivaouane.

Dans ce monde religieux-confrérique, il faut, semble-t-il, marcher sur les œufs pour dire son fait à ceux qui sont censés nous guider… religieusement. Leur répéter et rappeler, que nous acceptons leur « guidance » de notre foi et non de nos choix citoyens et de vie en société et en République ; que nous pouvons faire la différence entre l’utilisation de fonds publics pour « moderniser et développer » toutes les cités du pays dont les cités dites religieuses ; que l’homme qui est provisoirement à la tête du pays l’est par la volonté populaire de tous les Sénégalais et non seulement d’une confrérie. Bref, dans un Sénégal supposé être «  de tous et pour tous », ses deniers sont aussi à tous et doivent être utilisés partout dans une égale équité.

C’est quoi ces litanies éculées du « nous l’accompagnons pour qu’il achève ses projets » ?  Aucun chef d’Etat « n’achève » ses projets et, c’est pour cela que l’on parle de la « continuité » de l’Etat. Ce n’est pas une formule en l’air, mas un marqueur dans une République où les dirigeants se succèdent,  poursuivent les projets et actions des prédécesseurs tout en proposant de nouveaux. La République marche ainsi et pas autrement. Sinon, on aurait des dirigeants à vie,  pour « achever » leurs projets.

La réponse la plus forte est donc venue de certains éléments de la famille de Tivaouane,  elle-même, par la voix puissante de celui qui est sans doute le plus éclectique, le plus « rebelle » : Serigne Mansour Sy Djamil. Membre de la famille et du sérail, érudit islamique et ex-membre des « forces spéciales luttes des classes » étudiantes sénégalaises et africaines. On ne lui « ferme pas la bouche » ni prendre en défaut sur l’histoire et l’historique politique de sa famille et de sa confrérie.

Alors, qui pour le démentir quand il affirme que « Macky Sall ne bénéficie que du soutien d’une infime partie de Tivaouane  ? Qui, parmi les nouveaux Hérauts du Président Macky, le contredira quand il affirme que « si Macky a réalisé une chose dans la cité, c’est grâce  à moi ; je l’ai introduit à Tivaouane ; mieux, je l’ai orienté sur les priorités ». Bref, Djamil revendique une partie, sinon une plus grande partie des choix du président pour la ville. En réalité, de ça aussi on s ‘en tape. Macky a fait ce qu’il doit faire en tant que président de tous les Sénégalais : répondre à leurs besoins en résolvant leurs problèmes. C’est son boulot ; c’est pour cela qu’en 2012, 65% des sénégalais inscrits ont voté pour lui au deuxième tour contre son ex-mentor, le président Wade. Qu’on arrête de le prendre pour ce qu’il n’est pas et ne sera jamais : un messie venu des cieux pour sauver le pays.

Deux défections de « présidentiables » cette semaine écoulée, au lieu de « mortifier » certains analystes  et observateurs politiques devraient plutôt nous faire pousser un ouf de soulagement parce qu’ils allègent un « paysage présidentiel » passablement encombré.

Il y a d’abord la défection du très tristement célèbre Mamadou Lamine Loum. Parce que tout de même,  l’histoire politico-économico-sociale  du pays, s’est inscrite dans un marbre sanglant de politiques antisociales les plus dures,  les plus dévastatrices que notre pays ait jamais eu à appliquer sur les instructions-injonctions des institutions de Breton Woods. Les travailleurs et syndicalistes de l’époque aujourd’hui, sans doute sexagénaires, ne peuvent pas avoir oublié cette tranche sociale historique de notre pays.

Ne pas remuer le couteau dans la plaie ne signifie nullement oublier ces potions mortelles pour les travailleurs, les services et secteurs sociaux sommés de se serrer la ceinture au nom de la rigueur économique (l’austérité d’aujourd’hui,  c’est le bonheur pour demain). Des conneries que personne n’a oubliées, le saccage et/ou la privatisation de pans entiers du secteur public national. Le pays ne s’est jamais relevé de ces crimes contre les plus faibles. Sakho-Loum, et leur plan tristement célèbre, n’a pu être effacé par la défaite des socialistes (son parti, voire sa mouvance) de 2000, ni par l’immersion quasi-fanatique, pour la rédemption, dans les travaux des Assises nationales sous l’ère Wade. Le Ps voulait  alors la peau de leur tombeur et chercha des alliés et des initiatives pour isoler le camp libéral. La vérité, l’inavouable raison de ce renoncement, c’est que toute une génération qui n’a pas oublié lui aurait rappelé les cadavres sociaux.

Le renoncement de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (sous Diouf et les socialistes aussi), ancien patron de l’Uemoa, pose moins de regrets et de polémiques : son âge l’excuse et sa moindre notoriété en fait une moindre perte. Il reste que ses compétences économiques et son expérience, peuvent servir un présidentiable de son choix, ou être un « cabinet conseil d’utilité publique ». On peut servir son pays sans être au Palais.

La haine de certains hommes (et femmes d’ailleurs) du pouvoir à l’égard de Ousmane SONKO n’ont d’égal que la nullité poilitico-idéologique  de plusieurs spécimens de notre classe politique. Sinon, comment comprendre cette déferlante de nullités sur le livre de Sonko avant même qu’il ne soit mis en vente ! On peut (et doit) critiquer toute production politique ou littéraire de n’importe qui (comme le premier tome du président sur ses « convictions républicaines ») mais faut-il encore critiquer dans le texte; opposer des arguments pertinents à des propositions d’adversaires politiques ! Mais non, la meute marron-beige, les bleus-ternes ralliés, les nouveaux suppôts, plus que supporters, tous se sont rués comme des fauves affamés sur le corps d’une proie encore vivante !

Ces carnivores voulaient manger cru un adversaire qui a eu le culot de faire ce que tout bon politicien, sérieux, même sans être candidat doit faire : coucher sur papier ses convictions, ses propositions, sa future politique, ses sources de financements etc. Evidemment, quand le reniement est devenu le marqueur politique de la gouvernance d’un ancien candidat, les traces écrites sont dangereuses, parce qu’elles peuvent constituer les éléments de preuves contre vous demain. Contre vos reniements et renoncements, contre vos trahisons et mensonges…

Quelle trouille pousse donc le camp des prétentieux d’une victoire au premier tour, pour que ses partisans aillent jusque dans les postes de polices pour voler des cartes d’identité (quelle vigilance cette police quand elle ne bouffe pas du manifestant !); des gendarmes pour aller réclamer les listes de parrainages de Sonko jusque chez sa maman !

Quand on prétend gagner dès le premier tour ; quand on proclame vouloir 3 millions de parrains (deux fois ce qu’il faut de voix pour remporter l’élection) ; quand on abuse des moyens de l’Etat pour battre campagne (DG de sociétés nationales et d’Agences, ministres, députés, bref tous ces parasites de la République qui abusent de leurs fonctions pour utiliser indûment les ressources de l’Etat à des fins politiques et partisanes), on ne comprend vraiment  pas qu’on puisse se livrer à ses petites combines ni des rapines, et autres achats de parrains. Mais c’est parce qu’ils sont d’un syndrome maléfique : l’impossible second mandat du président sortant.

 

Demba NDIAYE, Journaliste