Le bal des bonimenteurs

Chaque crise politique ou sociale tire de leur torpeur des armées dormantes dans les flancs de la République qui les nourrit des deniers dévoyées de caisses occultes : médiateurs de tous poils mandatés par personne ; ONG multifonctions à l’utilité douteuse ; religieux piégés par des générosités des gouvernants du moment qui sponsorisent leurs multiples manifestations, rénovent ou construisent leurs mosquées ou églises, et, chroniqueurs-éditorialistes à la plume accommodante, pour ne pas dire complice. C’est cette faune la, qui prospère dans nos tropicales républiques à côté (ou à l’intérieur) de gouvernants à la promesse facile et au respect aléatoire.

Le propre du bonimenteur, c’est sa nature lisse qui gomme les aspérités sociales et les causes des crises. Myopes volontaires, ils s’assoient sur leurs causes, mais dissertent sur les conséquences. Ils occultent les fautes et responsabilités des décideurs pour s’appesantir sur la cupidité des victimes de promesses non tenues. Ils pleurnichent sur « l’avenir des enfants » qui sont, réalisent ils « l’avenir » de la nation. Ils fustigent les enseignants comme ceux-ci aussi, n’étaient pas des parents d’élèves. Ils pleurent sur l’école publique dont ils ont extrait depuis longtemps leurs progénitures pour aller enrichir les privés confessionnels comme laïques…

Et si, comme on publie les richesses des gouvernants, on demandait aussi, à nos décideurs de déclarer quelle école, collège, lycées, vont leurs enfants. Si on l’exigeait de ceux qui bavent contre les « enseignants non-patriotes » (Dg, Directeurs, Députés et autres « hauts du haut ». On se rendrait peut-être compte que les patriotes ne sont pas ceux à qui on le dénie ; on saurait enfin pourquoi l’école publique fout le camp et pourquoi les enseignants vivent une double injustice : à la déchéance de leurs lieux de travail, s’ajoute l’ignominie du râleur pro ; du cannibale qui mange à tous les râteliers ; du filou qui coure les heures sup et l’usant « xar matt »…

Aux apôtres du « dialogue » et du « consensus pour sauver l’année scolaire de nos enfants », à ces pourfendeurs du patriotisme des enseignants accusés de « traîtrise à la nation », pourquoi ne mettraient ils pas autant de vigueur à demander au gouvernement de respecter ses engagements ; de cesser de jouer au « muusënte » (au plus malin) avec la quasi-totalité des secteurs sociaux qui réclament qu’il respecte ses engagements en supprimant ses multiples caisses noires et, à ses Dg et Directeurs de cesser de dilapider les deniers publics pour faire la politique de son parti, de son camp. De sa politique !

Que dire de cette police qui de plus en plus se spécialise dans les bavures, qui à force de se répéter, deviennent une ligne de conduite et non des exceptions. Ce qui s’est passé à Thiès est injustifiable, inacceptable de la part d’une police de la République. Les régimes passent, les républiques demeurent. Le gazage des enseignants à Ziguinchor, les bastonnades et autres arrestations intempestives, l’humiliation des interpellés dans les postes de police (dénudés selon le témoignage d’un « y en a marriste » lors du 19 avril, ne peuvent, ne doivent pas être justifiées… Une chose est sûre : si la police a des problèmes logistiques (comme pour aller constater un accident), elle n’a par contre de problèmes de grenades lacrymogènes au regard du nombre qu’elle balance chaque semaine sur les manifestants…

Un État fort, ce n’est pas celui qui massacre ses opposants et ses forces vives ; c’est un État qui protège ses citoyens même s’ils sont en ébullition, surtout s’ils sont en ébullition ; un État fort respecte ses engagements et ses promesses et ôtent ainsi aux citoyens l’habitude de l’occupation de la rue. Un État fort respecte les institutions. Bref, un État fort n’est pas un État qui use de la force pour mater, mais pour éduquer, édifier et fortifier des fondations solides de la République. La République de la trique et de la traque aux « mal-pensants » et autres empêcheurs la mise à mort des principes de la République…

Une question bête : pourquoi le gouvernement matraque ses alliés du moment ? Les élèves qui descendent dans les rues pour exiger la fin des grèves et le retour en salles de classe, sont-ils ou non les alliés du gouvernement ? Pourquoi alors les mutile-t-on à coups de grenades lacrymogènes ? Comprenne qui pourra…

Demba Ndiaye, Journaliste