Oui c’est pas non ! (Par charle FAYE)

Penons le pour dit. Enfin quelqu’un qui fait du rentre dedans. La place en plein dans le mille. Dans le sorgho pour ne pas dire le lard, pour un dégagement en règle de notre jeu favori : la tromperie érigée en exercice national. Le faux Oui. Ou le oui qui devient non, jamais. Le Oui dit à tout-va, sur lequel des années passent sans que rien ni personne ne vienne en faire un plat.

Nous avons notre Oui de circonstance envoyé en mode rafale même à l’impossible. Le Oui du tout possible.  De l’omniprésent, l’omnipotent, « l’omnisavant » senegalensis dont le champ d’action ne dépasse pas souvent la pointe des marakiss (babouche).

Chez nous, on dit toujours « waaw ». Jamais « Dedd ».

Oui rekk, jamais Non !

Pourvu seulement que l’on ne croise pas sa promesse et si c’est le cas, bonjour la convocation des « justifs ». «Ma femme est malade … », «J’ai amené mon père à l’hôpital », «ma tante est décédée». Litanie des saints. Concert funèbre. Mais Dieu est grand ! N’est-ce pas.

A cet exercice sans relâche où l’on n’a nullement besoin de convoquer la conscience, si elle existe d’ailleurs, vient s’ajouter l’inévitable flegme impérissable. Ah oui, pour ça il a la peau dure. Indécrottable de notre disque dur. Nous sommes formatés ainsi, hors de question de changer ce qui nous réussit si bien. Disons Oui, sans rechigner, sans l’air de rien, avec certitude. Tant pis si l’autre a cru au Oui. De toutes les façons, il n’y a pas de truands, il n’existe que des naïfs. Ceux qui croient au Oui, c’est leur affaire.

Je ne sais plus si c’est Pytagore qui a dit que les deux mots les plus brefs et les plus anciens, en l’occurrence oui et non, sont ceux qui exigent le plus de réflexion, il est évident que nous autres Sénégalais, le raccourci ne souffre d’aucune réflexion. Hors de question de troubler notre quiétude après avoir prononcé un mot aussi court que bref : oui. Du moment qu’il ne nous fait pas de mal. Que l’enfant ait cru ou encore un ami, un membre de la famille, voire même un adversaire. Ce n’est pas notre problème. Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux mêmes. Ce d’autant que tout le monde le fait ici. Belle moralité !

Tout le monde étant donc averti que notre Oui est bon pour être oublié, il ne faut pas aller à perpette pour venir nous faire un brin de moral. L’exercice au oui facile est national.

Enfin, jusqu’à ce que le Monseigneur Benjamin Ndiaye, archevêque de Dakar, ne monte au créneau pour dire tout le bien qu’il pense de notre Oui articulé à la légère.

Certes, il faut situer son message dans un contexte religieux. Le lundi de Pentecôte, à l’occasion de la 130 édition du pèlerinage marial de Popenguine.

Il parlait du Oui que les chrétiens – pour être plus précis les catholiques, oui parce que les protestants ne vénèrent pas la Vierge Marie – doivent dire à la mère du Christ.

Un OUI véridique. Non pas ce oui tenu du bout des lèvres.

Mais, le oui que veut l’archevêque de Dakar peut s’entendre comme un oui que le Sénégalais dit à son temps. Un Oui qui l’engage. Qu’il s’agisse du pouvoir, de l’opposition,  de la société civile, lds populations.

Leçon de l’archevêque : nous avons besoin de nous arrêter sur cette réflexion pour convoquer la raison et la philosophie en vue du changement qui s’impose pour notre propre salut et la réalisation de nos objectifs.

Il est temps de tourner le dos à notre Oui auquel cent non feront moins de mal, pour parler comme les Chinois.

Bon de savoir, comme le disait feu Mitterrand, que pour dire oui il faut savoir dire non. Encore qu’il est plus facile de ne pas dire oui quand on peut dire non tranquillement. Mais bon !

Voilà tout de même un truc que nous autres Sénégalais devrions apprendre. Parce que à trop dire oui à tout le monde, comme on le fait toujours, on finit par n’être personne. Oui ou non !

 

Charles FAYE / IGFM