Repos Capitaine ! (Par Charles FAYE)

Non mais je rêve ou quoi. Suis dans un pays civilisé, avec un ordre, des règles et des lois, ou dans le Farwest de mon enfance cinématographique ?

Qu’on me dise.

Parce qu’il y a bien longtemps que j’ai fini de jouer à cowboy-bandit. Ce n’est plus de mon âge. Je veux bien aller à l’aventure avec Capitaine Corto Maltesse, mais il ne faut pas exagérer.

Faut savoir ranger les bandes dessinées et ne pas me faire des films débiles. Alors quoi ! On grandit ou pas.

J’aime bien le capitaine Dièye. Je comprends qu’il ne veuille plus de l’armée. Qu’il en ait sa claque, qu’il ait envie d’aller voir ailleurs.

Ok, il a fait Saint Cyr, cette école spéciale militaire dans laquelle j’ai toujours rêvé, gosse, de flâner sous les regards aussi virtuels et admirateurs de jeunes filles en extase déjà de mes futurs exploits.

Très bien, l’armée s’est gourée en le sélectionnant. Ce n’était pas le bon profil comme me le dit ce chenapan de Mine.

Mine de rien, vous et moi, pauvres contribuables que pressurise notre Etat « salairetivore » avons quand même participé à la formation coûteuse du Capitaine Dièye.

Et le voilà qui décide à quitter l’armée, parce que gnagna-gnigni.

Je ne vais pas m’en faire plus. Sa place aurait fait le bonheur d’un vrai de vrai. Prêt à la fermer, se mettre au garde-à-vous, rentrer dans les rangs. Une vie de militaire quoi.

Bien sûr que je sais qu’elle n’est pas toujours rose l’armée. Tiens-tiens, l’exemple de nos 496 soldats embarqués en 1991 pour la guerre du Golfe, et dont 93 ont péri dans leur avion coupé en deux par un missile Sam, si je ne me trompe. Où est leur argent ?

Le ministre des Forces armées avait appelé en plein Jakkaarlo pour dire qu’il recevrait dare-dare le collectif de ces anciens combattants afin de tirer l’affaire au clair. Qu’en est-il devenu ? Hein M. le ministre !

Oui, revenons à nos moutons, pardon à notre capitaine Dièye, qui, non content de claquer la porte, claque maintenant la langue pour dire des choses, que vous ni moi n’oserons cracher, au risque de nous retrouver allongés secs par terre, devant l’appétence des durs à cuir de Rebeuss.

Je veux bien qu’il ne se soit pas senti à l’aise chez la grande muette. Je veux bien qu’on se soit gouré sur le mec et le profil. Qu’on ait jeté l’argent par la fenêtre. Qu’un autre jeunot ait raté une chance d’aller à Saint Cyr. Mais de là à entendre le désormais ex-capitaine me sortir des trucs du genre : «on allait foutre en l’air ce pays », ah non !

Cela, je ne peux l’entendre ou le lire sans que mon sang de républicain ne fasse un tour.

Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais je ne suis pas de ceux qui se terrent. Je préfère dès à présent dire ce que j’en pense.

Faut qu’il se taise le gars. Je ne sais pas si l’armée n’a pas voulu le garder parce qu’il coûterait cher en internement psychiatrique, et ça ce serait vache de la part de nos hauts gradés si c’est le cas, mais le libérer pour l’entendre proférer des conneries du genre, non !

Pas du tout compatible avec mon humeur. Et sur ce point, croyez-moi, je n’ai aucun humour.

Ces histoires à la 4-4-2 rappée de patriotisme en bandoulière ne m’émeuvent nullement.

Je ne vais pas donner une leçon de patriotisme, mais je ne crois pas qu’un capitaine patriote fût-il déchu de ses grades s’exprimerait ainsi.

Il y a un minimum de courtoisie. Pour l’armée formatrice et nous autres Sénégalais payeurs de la formation. Que diable.

Qu’il ait formé des soldats ou gens qui lui sont attachés et croient en ce qu’il fait, ne m’étonne puisque c’était son job d’officier. Rien de surprenant donc.

Maintenant, qu’il vienne nous dire que ses « formés » sont prêts à prendre la poudre pour que personne ne viole ses droits, pardon ! Non mais oh, on est où là ! Qu’il y aura des problèmes ! Et puis quoi encore.

Et là je le rejoins, il n’est ni Khalifa Sall ni Karim Wade. Ca ce voit non ! Qu’il coupe avec sa famille, je veux bien. Je m’en tape. Croyez-moi ! Qu’il quitte l’armée s’il veut, s’isole de sa famille, c’est sa façon de voir et de faire. Je respecte. Mais qu’il ne vienne pas m’indisposer avec ses menaces.

Ma quiétude j’y tiens.

Certes, je ne suis pas un gégène, mais une bonne vieille quille à qui on ne la raconte pas. Repos capitaine !

Charles FAYE