Sonko, brillant soleil ou étoile filante ?

Karim et Khalifa absents du terrain politique, Sonko est en roue libre – Il prend une longueur d’avance sur Gakou, Alassane Sall, Hamidou Dème, Bougane Guèye, Boubacar Camara et Idy dans une moindre mesure 

Ousmane Sonko, technocrate de formation (Ecole nationale d’administration (Ena), section Inspection des impôts et domaines), incarne le renouveau dans le champ politique. Ce qui fait ce renouveau, c’est d’abord le discours et la méthode de faire la politique. En moins de cinq ans dans l’espace politique, il est parvenu à galvaniser les foules et à faire adhérer plusieurs Sénégalais à son projet politique.

La nouveauté aussi, c’est qu’il n’est pas un apparatchik issu de l’establishment des partis classiques (PS et PDS), familles politiques des quatre présidents du Sénégal. C’est pourquoi, il se définit comme un hors-système au point de vouloir incarner l’anti-système qui ambitionne de donner un visage new-look à l’administration sénégalaise.

L’homme du renouveau politique

Ce qui attire aujourd’hui beaucoup de Sénégalais chez Ousmane Sonko, c’est la politique rénovatrice qu’il propose. Avec lui, c’est un renouvellement de la pratique politique et des idées afférentes. Les électeurs sont las de la ménopause idéologique dans la vie politique sénégalaise et du clivage binaire socialistes/libéraux. C’est un quadragénaire dynamique, nouveau, qui a des idées et une vision. Il porte une envie de changement. Les Sénégalais en ont tous ras-le-bol du même système, des mêmes têtes, des mêmes catalogues de promesses jamais tenues, des mêmes propositions jamais matérialisées de cette petite racaille politicienne qui se substituent au pouvoir. Les Sénégalais ont envie d’autre chose.

Son livre « Solutions » qu’il a patiemment mûri et rédigé durant deux mois est le fruit de son observation de la marche du pays depuis longtemps et donne les grands axes de sa vision qui accoucheront bientôt de son véritable programme de campagne. Sonko-Solutions n’est pas n’est un catalogue de promesses mais la déclinaison d’une vision politique. Incarner une vision politique (qui a manqué à beaucoup de nos gouvernants), c’est être capable d’une compréhension synthétique du pays et de ses grandes évolutions qui doit se traduire notamment par des décisions formulées informées et guidées par des valeurs et principes dans le cadre d’une action cohérente.

Aujourd’hui, force est de constater qu’une certaine dynamique autour de sa candidature semble se confirmer. Comment expliquer cet intérêt soudain à l’égard de ce jeune politique dont la communication n’accrochait pas grand monde, il y a de cela trois ans ? En grande partie, grâce à une stratégie discursive novatrice qui imprime le rythme da la machine politique du pays et suscite de nouvelles logiques d’adhésion à un projet politique.

Récemment lors des élections législatives, son parti a obtenu un seul siège de député grâce au plus fort reste. D’ailleurs, ses adversaires de la mouvance présidentielle se gaussent de sa popularité en évoquant ses derniers résultats électoraux de l’ordre de 37 535 voix. Pour eux, quelqu’un qui ne doit son existence parlementaire qu’au plus fort reste ne peut donner une insomnie à celui qui est à la tête d’une coalition qui a obtenu aux législatives 1 637 761 voix. C’est pourquoi quand ses partisans et sympathisants le considèrent comme le soleil qui brillera sur leurs espoirs déçus et déchus, les gens du pouvoir le prennent comme une bulle médiatique qui explosera sous l’effet du vent des réalisations du PSE ou une étoile filante qui s’éclipsera très vite à l’instar d’un météore.

Certains observateurs de la vie politique sénégalaise soutiennent qu’il est prématuré que Sonko remporte la présidentielle. Ce qui n’est pas une vérité politique immuable. En un an de présence sur la scène politique (6 avril, lancement du mouvement En Marche), Emmanuel Macron a renversé la table, bouleversé les codes et a renvoyé la Gauche et la Droite aux poubelles de l’histoire idéologique. Les Goliath de la gauche et de la droite française raillaient le David politique du mouvement En Marche (Emmanuel Macron) qui voulait jouer dans la cour des grands. Pour eux, les balbutiements de ce bébé d’EM dans la politique ne le prédestinaient pas à jouer les premiers rôles dans la dernière élection présidentielle française. La suite, on la connait. Les Français l’ont préféré le 7 mai 2017 aux candidats des socialistes, libéraux, frontistes, écologistes et communistes.

Aussi ne faut-il point se méprendre du cas sénégalais. Entre les législatives et aujourd’hui, le phénomène Sonko a pris de l’ampleur réelle. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et le discours qu’il distille à travers les médias, les foras, les meetings convainc de plus en plus les indécis et les sceptiques. Aujourd’hui, le phénomène Sonko explose les réseaux sociaux au point de reléguer Karim Wade et Khalifa Sall qui dominent l’espace web dans le monde politique sénégalais. Aujourd’hui, l’effet Sonko a créé des secousses telluriques au sein de Bennoo Bokk Yaakaar (BYY). En atteste la réaction de leurs responsables qui versent dans la surenchère des insanités et des insolences,des affiliations salafistes au lieu de montrer intellectuellement les limites et les faiblesses politiques et économiques de Sonko-Solutions. Même la gent féminine de BYY n’est pas en reste. Finalement chaque sujet veut montrer à travers les médias son zèle à défendre le bilan du prince.

Sonko : Une menace pour le pouvoir et l’opposition

Le dimanche 16 septembre dernier, le leader de Pastef a rompu dans la façon de présenter un programme politique au peuple sénégalais. Il a produit un livre dans lequel il décline sa vision stratégique. Ensuite, la manière de présenter son programme a séduit plus d’un Sénégalais. Convier la presse, les militants et sympathisants du Pastef et les Sénégalais tout court pour présenter un programme dans un lieu public mythique comme la place de l’Obélisque est une démarche novatrice dans le landerneau politique sénégalais.

Se soumettre au feu brûlant des questions critiques des journalistes et autres économistes, donner la parole aux militants est un exercice périlleux risqué pour tout candidat qui veut solliciter les suffrages de ses concitoyens. Sonko l’a fait et a tiré son épingle du jeu nonobstant les remarques critiques fondées sur son livre-programme. Il a encore défié et convié le pouvoir pusillanime à un débat d’idées fertile, à la confrontation des visions plutôt que d’engager un débat au ras de pâquerettes que répugne le peuple.

De par sa méthode et démarche novatrice dans la façon de faire la politique, le leader de Pastef jette aussi un pavé dans la mare politique de l’opposition où la bataille du leadership est devenue un enjeu fondamental à quelques encablures de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, Sonko prend une longueur d’avance sur Malick Gakou, Thierno Alassane Sall, Hamidou Dème, Bougane Guèye, Boubacar Camara et dans une moindre mesure Idrissa Seck.

Là où l’ex-inspecteur des Impôts et Domaines maitrise les codes de la communication politique et étale son aisance verbale, Gakou pèche par une élocution lourde qui oblitère la pertinence de son discours. On pourrait dire la même chose s’agissant de Thierno Alassane Sall qui éprouve des difficultés à s’affranchir de son style de communication trop rigide.

L’ex-magistrat Hamidou Dème patauge dans le trop politiquement correct là où Sonko est incisif pour mieux faire entendre son discours percutant. Si le patron de Pastef est perçu comme un homme politique juste, honnête, transparent, pétri de constance, il n’en est pas ainsi pour Idrissa Seck que plusieurs Sénégalais n’apprécient guère à cause de ses prises de position fluctuantes surtout sous le régime de Wade.

Les pontes Karim Wade et Khalifa Sall absents du terrain politique, Sonko est en roue libre. Par conséquent, le leader de Pastef est devenu un réel danger d’abord pour l’opposition avant de l’être pour le pouvoir. Et à mesure que l’on s’avance vers l’échéance fatidique du 24 février 2019, la bataille intra-oppositionnelle en sourdine s’exacerbera parce qu’elle déterminera le leader qui doit, dans le cadre d’un éventuel second tour, faire face au candidat Macky Sall.

Aujourd’hui, au vu de la méthode Sonko, les électeurs-décideurs exigeront aux candidats-solliciteurs de leurs suffrages dont certains sont manifestement à court d’idées substantielles de se départir de la politique spectacle/communication à laquelle ils nous ont habitués et de confronter publiquement leurs visions sous l’arbitrage du peuple souverain alerte et vigilant.

Par conséquent, la confrontation de ces visions claires ou sombres aura le mérite de donner du dynamisme à notre démocratie et d’éclairer les choix des électeurs, lesquels délibéreront en fonction du projet politique qui semble prendre en charge leurs aspirations et leurs préoccupations.

Par SERIGNE SALIOU GUÈYE