Le soufisme à la lumière du Coran et de la Sunna : l’exemple unique du Sénégal

Parler du soufisme au monde occidental est chose plutôt facile, car la sensibilité artistique et culturelle de l’élite occidentale permet une communication notamment à travers les poèmes (Rumî) et la musique ainsi que par les œuvres d’art, la sensibilité soufie bénéficie plutôt d’une bonne audience auprès d’un certain public averti. Au Sénégal, les nombreuses confréries ne s’occupent pas seulement de religions. Elles sont également le ciment de la stabilité du pays.

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Mais parler du soufisme auprès des musulmans de souche est devenu chose très compliquée, pour ne pas dire impossible ou vouée à l’échec tellement la contre-publicité salafo-wahabbi est virulente et surtout exerce une pression qui empêche toute recherche sincère par peur « d’être égaré ». Tous les moyens sont bons pour empêcher les gens de découvrir la réalité du soufisme et, pire encore, c’est même un procès et une accusation qui sont faits avant même de comprendre.

Cette terreur exercée sur la jeunesse musulmane ne peut provenir que de sources obscures qui n’ont pas intérêt à ce que les gens sachent que le soufisme n’est rien d’autre que l’islam dans toute sa grandeur, sa profondeur et dans toute son authenticité.Pour maintenir leur suprématie sur les Lieux saints, le royaume wahabbi des Saoud n’a d’autre choix que de convaincre la majorité des musulmans que leur « version de l’islam » est la bonne. Pour cela les pétrodollars leur sont d’une grande aide (livres, Internet, financement de mosquées, corruption, formation d’imams), car c’est de là que s’exerce le principal combat contre le soufisme pour ne pas dire contre l’islam. Ils ne font qu’appauvrir et que déformer l’image de l’islam et même parfois éloigner ceux que cette rigueur factice ne satisfait pas.

Lire aussi : Qu’est-ce que le Coran ? (Par Raouti Rezali, Directeur de l’Institut d’étude coranique de France)

Les soufis sont, par leur attachement au livre d’Allah et au comportement aussi bien intérieur qu’extérieur de l’Envoyé de Dieu, non pas comme on les accuse si souvent injustement des gens de l’innovation ou bid’a, mais ceux qui suivent le plus scrupuleusement les enseignements de l’islam. Non pas d’un islam sclérosé qui obéirait seulement à la lettre sans avoir le souffle de l’Esprit, tel un tronc déraciné qui ne produirait plus de fruit, mais comme un arbre vivant qui, au contraire, de par la profondeur de ses racines nourrit d’espoir l’humanité en tirant au plus loin l’eau de vie dans un monde qui s’assèche un peu plus chaque jour…Pour preuve, toutes les voies soufies possèdent une chaine de transmission vivante et connue qui relie le maitre spirituel, de maitre en maitre jusqu’au Prophète Muhammad lui-même.

Ainsi, rétablir l’équilibre entre les fausses informations dispensées de-ci de-là et de tirer de leur torpeur afin de réveiller ceux qui souhaitent vraiment comprendre non seulement ce qu’est le soufisme ou du moins ne plus avoir peur de s’intéresser à autre chose que les livres conseillés par des gens qui n’ont de certitude que leur propre peur de l’égarement, ce sera un cadeau fait aux assoiffés de sagesse et de connaissance. Le soufisme tout entier n’est que recherche de cette certitude et de réalisation des trois degrés fondamentaux du chemin vers la Proximité divine − al-Islâm, al-Imân et al-Ihsân −, la conformité à l’Ordre divin, la confiance en Sa Révélation et le chemin de l’excellence (en pensées et en actes). Tout comme il n’y a pas de soufisme véritable sans une conformité aux cinq piliers de l’islam, l’islam ne serait pas total sans sa dimension spirituelle qui a pris au cours de l’Histoire le nom de soufisme mais que l’on pourrait également appelé Voie de la réalisation spirituelle. Dieu est Celui, qui par Sa Providence, conduit à la Vérité.

Au Sénégal, les confréries soufies, socle de la stabilité sociale

Peuplé par près de 90 % de musulmans, le Sénégal est le pays d’Afrique où l’islam confrérique soufi est le plus développé. Il y a, entre autres, les Mourides, les Tidianes, les Niassènes, les Khadres, les Layènes etc. Dans ce pays, les fondateurs de ces communautés ont laissé des traces « indélébiles » qui sous-tendent aujourd’hui la stabilité sociale du Sénégal, comme l’a affirmé Birane Ndiaye, responsable religieux, au cours d’un débat organisé à Dakar le 23 avril passé. Il portait sur « le rôle des confréries religieuses dans la stabilité sociale du Sénégal ».

« Les hommes religieux occupent une place très importante dans la société et contribuent à la stabilité sociale du Sénégal en raison de leurs enseignements », a-t-il soutenu. Il a rappelé que « des responsables religieux comme Serigne Touba, El hadj Malick Sy, Mame Limamou Laye, Ibrahima Niasse, Seydou Nourou Tall, nous ont appris la bonne gouvernance, c’est-à-dire comment diriger, en veillant à l’équilibre entre gouverner un pays et tenir un daara (école coranique) ».

« Paroles de paix et de concorde »

Selon Serigne Mbacké Mohamed Lô, arrière-petit-fils du fondateur de la confrérie mouride, les confréries qui jouissent toujours d’une très forte influence, s’imposent pour plusieurs raisons. « Les paroles de paix, de concorde laissées par ces dignitaires ont beaucoup marqué l’histoire du pays. C’est pourquoi, les populations se plient aux recommandations de leur guide religieux, toujours prompt à intervenir quand la situation prend une pente dangereuse. C’est une question de foi en ces hommes qui nous ont enseigné le respect de la différence. Parce que c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. »

Le marabout Serigne Assane Guèye affirme quant à lui que ce sont les « sages paroles léguées et respectées » par des Sénégalais qui font que le Sénégal est devenu, selon lui, « un havre de paix dans la région ouest africaine ».

« Nous sommes tous issus de la même famille »

C’est d’ailleurs la conviction du Père Jacques Seck, très proche de la communauté musulmane, et qui se définit comme un « prêtre musulman et imam chrétien ». « Je ne sais ce que serait notre société si les Tidianes, les Mourides, les Layènes et autres n’étaient pas là. Mais, grâce à Dieu, que nous soyons musulmans ou catholiqu

es, nous sommes tous issus de la même famille », soutient-il.

« L’essentiel, c’est le cœur, ajoute le prêtre. La religion est comme la sauce dans un plat… Donc, étant ce qu’elle est, la religion qui nous permet de nous humaniser, doit nous unir plutôt que de nous diviser, insiste-t-il. Et grâce à Dieu, ici au Sénégal, les imams comme les prêtres et autres, nous sommes tels que, partant de nos familles (mon neveu et mon beau-frère sont imams), nous voulons être des modèles et nous le sommes en Afrique… ».

 

Sources : Oumma et La croix africa

 

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