STRASBOURG : 10 personnes, gravement brûlée lors d’une simple prise de sang, ont porté plainte

Plusieurs personnes ont été victimes de brûlures lors d’une prise de sang dans un laboratoire de Strasbourg vendredi et samedi. Une partie d’entre elles a porté plainte hier pour « blessures involontaires ». 

Une dizaine de personnes ont été victimes de brûlures, dont certaines au troisième degré, lors d’une prise de sang dans un laboratoire strasbourgeois du Neudorf, vendredi et samedi. Une partie d’entre elles a porté plainte pour « blessures involontaires ». Dont Caroline* (son prénom a été modifié à sa demande) qui nous livre son témoignage.

Le produit responsable des brûlures serait un désinfectant qui aurait été mélangé à de la soude. Une personne du laboratoire a été mise à pied après ces incidents. Une enquête judiciaire est en cours.

Caroline : « Samedi 6 octobre, vers 8 heures, je suis allée au laboratoire pour faire faire une prise de sang. J’ai été prise en charge par une dame qui a désinfecté le creux de mon bras avec un coton, coton qu’elle a repris et scotché après la prise de sang sur mon bras, pour empêcher le sang de couler. »

« Puis, je suis passée en salle d’attente, pour attendre mon compagnon qui devait lui aussi se faire faire une prise de sang. Comme il faisait froid ce matin-là, je portais plusieurs couches de vêtements. Je les ai donc toutes remises après la prise de sang. »

« Au bout de quelques minutes, ça a commencé à chauffer »

« Ça a commencé à chaufer, mais je pensais que c’était normal. Ça ne m’inquiétait pas plus que ça. Quand mon compagnon est passé à son tour, on est partis au marché. Et là, au bout de dix minutes, ça a commencé à chauffer beaucoup. Comme on était à jeun, on a décidé de prendre un petit-déjeuner et en enlevant mes vêtements et le coton,  j’ai vu que c’était tout noir, on a tout de suite repris la voiture pour retourner au labo. »

« Il s’était passé une heure en tout entre la prise de sang et le retour au labo. La femme qui m’avait fait la prise de sang a dit que j’étais la troisième personne à revenir. Elle m’a mis une sorte de papier dessus, comme de l’essuie-tout, je ne sais pas ce que c’était, et m’a dit d’aller rapidement dans une pharmacie. Chez mon compagnon, elle n’avait pas trouvé la veine au creux du bras. Elle lui a donc fait la prise de sang sur la main et ne lui a pas scotché de coton imbibé, mais un coton sec, une fois la prise de sang effectuée. »

« L’aspect est bizarre pour une brûlure, mieux vaut aller aux urgences… »

« Aller aux urgences ou voir un médecin, c’est le conseil qu’on m’a donné à la pharmacie. Je suis donc allée chez mon médecin traitant, il m’a parlé de nécrose et m’a prescrit une crème antibactérienne. M’a recommandé de bien surveiller la plaie et de la prendre en photo, pour voir si elle grossirait au cours des deux heures suivantes. Si c’était le cas, je devais aller aux urgences. »

« Mais à 12h15, le laboratoire m’a appelée pour que je revienne. J’y suis donc retournée. Le Samu était là et j’ai vu une personne qui m’a été présentée comme étant une dermatologue ainsi que le directeur du laboratoire. Le médecin du Samu m’a immédiatement mis le bras sous l’eau et m’a demandé de le maintenir sous l’eau. Ça a duré longtemps, je ne sais pas combien de temps. Sur ce, les pompiers sont arrivés et j’ai appris que je devais me rendre aux urgences au NHC. »

« Moi je suis enceinte, je voulais savoir si mon enfant ne risquait rien. On ne savait toujours pas ce que c’était. Les médecins parlaient entre eux, nous on n’avait aucune information. On m’avait dit brûlure, on m’avait dit nécrose,  moi je voulais juste savoir s’il n’y avait pas de danger pour le bébé. »

« Aux urgences, une salle était réservée aux victimes du laboratoire »

« Nous étions une dizaine. Il y avait une infirmière, une aide-soignante, un interne et un chirurgien qui s’est préparé pour intervenir rapidement. J’ai eu une anesthésie locale et, devant tout le monde, mon bras sur sa jambe, avec un scalpel, le chirurgien a découpé tout le contour de la plaie et a gratté en profondeur pour être sûr d’avoir tout enlevé. Il m’a expliqué qu’il ne devait rester que de la chair saine. Aux urgences, ils nous ont dit qu’il s’agissait d’une brûlure à la soude et qu’il n’y avait pas de danger pour le bébé. »

« Dimanche, je suis allée déposer plainte à l’hôtel de police de Strasbourg. Ce matin j’ai vu un autre chirurgien pour voir où en est cette plaie. Dans trois semaines j’ai un nouveau rendez-vous et il me faudra une greffe de peau, qui se fera en fonction de la cicatrisation. Ma plaie mesure environ 4 centimètres sur 4 centimètres. Ça fait mal et j’ai du mal à bouger le bras. Moralement, ça ne va pas fort non plus. »

Je dois refaire une prise de sang bientôt et j’appréhende

« Je ne retournerai pas dans aucun labo du groupe. Je ne sais pas encore où j’irai. Il ne me serait jamais venu l’esprit que je pourrais en arriver là pour une simple prise de sang. Je ne vois pas comment de la soude peut être stockée près d’un produit désinfectant. Dorénavant, s’il n’y a pas d’étiquette sur le produit, je pars. C’est difficile maintenant de faire confiance. Peut-être que j’apporterais moi-même mon produit désinfectant. »

Un « désinfectant » qui brûle la peau

Le produit responsable des brûlures serait un désinfectant qui aurait été mélangé à de la soude.« C’était une brûlure de type produit chimique, une tache rouge, noirâtre selon les patients » explique la biologiste. « La soude s’est trouvée dans le flacon désinfectant. Je n’ai jamais vu ça, ça fait trente ans que je travaille, ça n’était jamais arrivé. » L’employé a été mis à pied.

Investigations de la police 

Dès les premiers dépôts de plainte déposés, une procédure judiciaire a été déclenchée. Une unité de recherche judiciaire de la sûreté départementale, s’est rendue sur place ce week-end. Objectif: faire les constatations dans le laboratoire incriminé. Il s’agit dans ce cas d’une équipe de policiers spécialisés dans « l’atteinte aux personnes et aux biens ». (La sûreté départementale se compose en tout d’une centaines de personnes, dont une trentaine appartient à l’unité de recherche judiciaire). L’analyse du produit à l’origine des brûlures est en cours. Elle devra déterminer s’il s’agit d’une erreur ou d’une malveillance. Le directeur du laboratoire sera entendu prochainement par la police.

Dépôt de plaintes

Toute personne qui veut déposer plainte auprès de la direction départementale de la sécurité publique peut se présenter dans n’importe quel bureau de poste ou gendarmerie. Dans le cadre du guichet unique, le dépôt de plainte sera transmis au service compétent de la direction départementale concernée. (Ce qui signifie que le dépôt de plainte peut se faire ailleurs que dans la ville où le préjudice a été subi).