Acheter le Groenland, une idée moins ridicule qu’il n’y paraît

L’intérêt du président américain pour l’île glacée n’a rien d’une nouvelle « trumperie ». Elle permet à la fois à son pays de revenir dans le jeu arctique et à Trump d’occuper la place médiatique, au moment où les démocrates lancent leur campagne des primaires.

Nouvelle folie ou coup de génie ? La volonté de Donald Trump d’acheter le Groenland peut prêter à sourire. En vérité, elle est plutôt rusée d’un point de vue géostratégique.

Pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, à défaut d’avoir pu acheter l’île en 1946*, possèdent une base militaire et un “hub” aérien au Groenland. Mais, ces quinze dernières années, n’y voyant que peu d’intérêts économiques, ils s’étaient désengagés du territoire. Alors, un acteur en a profité pour poser ses pions sur cet immense territoire glacé : la Chine.

Pékin, qui espère notamment profiter de la route du Nord raccourcissant le trajet entre les océans Pacifique et Atlantique, “voit l’Arctique comme un territoire absolument stratégique à l’avenir”, explique Mikaa Mered, professeur de géopolitique, spécialiste des pôles. Au Groenland, la Chine a investi, notamment dans des sociétés minières, et a proposé son aide pour développer les télécoms, des aéroports, le tourisme, la pêche… Un ancrage chinois auquel les Groenlandais sont plutôt favorables. En avril 2018, le Premier ministre sortant, particulièrement enclin à une pénétration chinoise dans son pays, a été réélu.

Une nouvelle qui a effrayé les Américains : la Chine prend leur place sur l’île qu’ils voudraient pourtant voir comme un “rideau de défense” pour le nord-est de leur territoire, au même titre que l’Alaska, à l’ouest.

Alors, depuis cette date, “le département d’État comme celui de la Défense ont développé de nouvelles stratégies pour pouvoir réengager les États-Unis en Arctique. Trump fait donc tout simplement de la tactique politique dans le but de soutenir l’effort stratégique qui a été engagé depuis maintenant 18 mois. Il essaye de permettre aux États-Unis de reprendre la main sur l’agenda arctique”, décrypte Mikaa Mered.

Éclipser les démocrates et leur primaire

Et puis, même s’il en décontenance plus d’un, Trump sait bien gérer sa communication et… l’élection présidentielle n’est pas loin ! “D’un point de vue de politique intérieure, le Groenland est un cas absolument génial parce qu’aux États-Unis, personne n’y connaît rien. Donc personne n’est capable de contredire Trump quand il accumule des fake news sur le sujet”, assure Mikaa Mered. En se posant en conquérant, il impressionne ses électeurs et surtout… fait beaucoup parler, éclipsant totalement ses concurrents démocrates, pourtant en plein lancement de leur campagne des primaires !

Au final, le rachat du Groenland par les États-Unis a peu de chances d’aboutir, estime Mikaa Mered. En tout cas dans un futur proche, puisque ni le Groenland, qui ne veut pas se libérer de la tutelle du Danemark* pour une autre, ni le Danemark qui perdrait sa place dans le jeu arctique, n’y ont intérêt. Or, l’accord des deux peuples, via référendums, serait indispensable.

Mais, selon le spécialiste des pôles, le but, in fine, des États-Unis, serait peut-être simplement de prendre possession d’un bout du territoire groenlandais pour y installer, par exemple, une deuxième base militaire. De quoi reprendre une bonne place dans le jeu régional en prévision de mai 2021, lorsque les Russes prendront la présidence tournante du conseil de l’Arctique…


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