Actionnaire, Philip Bonn rate son coup d’état pour prendre la tête de la compagnie Aigle Azur

Aigle Azur est au cœur d’un imbroglio incroyable. Ce lundi, l’un de ses actionnaires, Gérard Houa, s’est autoproclamé président de la compagnie aérienne en difficulté, évinçant le PDG Frantz Yvelin. Une manoeuvre dénoncée par les autres actionnaires qui annoncent lancer une action en justice.

Scénario incroyable chez Aigle Azur. En difficulté financière, la compagnie aérienne française (1.200 salariés) a vécu ce lundi 26 août une journée surréaliste dans la vie des entreprises : un renversement de la direction mené par l’un des actionnaires sans passer par la voie légale d’un vote au conseil d’administration et en assemblée générale comme cela se passe généralement.

Un actionnaire minoritaire s’autoproclame président

Lundi, alors que se tenait un comité central d’entreprise extraordinaire, Gérard Houa, propriétaire de Lu Azur, détenteur de 19% des actions d’Aigle Azur aux côtés du groupe chinois HNA (49%) et de l’homme d’affaires américano-brésilien David Neeleman, a investi le siège d’Aigle Azur pour « destituer » le PDG de la compagnie, Frantz Yvelin, et trois autres dirigeants, avant d’envoyer un communiqué (à en-tête d’Aigle Azur) aux salariés pour les informer qu’il prenait la présidence et que Philippe Bohn, un ancien d’Airbus en charge du marché africain, récemment directeur général d’Air Sénégal, devenait directeur général. Il a ajouté avoir réuni 15 millions d’euros.

Comme s’ils cherchaient une légitimité du côté du corps social, Gérard Houa et Philippe Bohn (co-signataire du courrier) ont déclaré s’être « appuyé sur des salariés déterminés » pour effectuer « leur travail préparatoire » et ont « rendu hommage » à certains syndicats, notamment le SNPNC-FO.

50 millions de pertes en moins de deux ans, selon Houa et Bohn

Gérard Houa et Philippe Bohn ont dénoncé « les errements stratégiques » au cours des deux années de présidence de Frantz Yvelin qui se sont soldées, selon eux, par une perte de 50 millions d’euros. Alors que Frantz Yvelin pointait mi-août la responsabilité des actionnaires pour expliquer les difficultés d’Aigle Azur, les accusant de l’avoir « abandonnée« , Gérard Houa et Philippe Bohn ont affirmé que « les actionnaires ont longtemps été tenus dans l’ignorance » de la situation de l’entreprise « alors que dans le même temps la direction annonçait l’objectif d’un résultat à l’équilibre, voire légèrement excédentaire ».

La manoeuvre n’est visiblement pas du goût des deux autres actionnaires, HNA et David Neeleman. Dans un e-mail envoyé à ses avocats que La Tribune a pu consulter, David Neeleman « nie le pouvoir et les allégations de Gérard Houa déclarant à tort qu’il est le président d’Aigle Azur » et « nie aussi le pouvoir et la nomination de Philippe Bohn ».

« Frantz Yvelin est toujours le PDG d’Aigle Azur », écrit-il, précisant que le groupe HNA, avec qu’il s’est entretenu, « est également en désaccord avec l’action de Gérard Houa ». David Neeleman entend intenter une action en justice contre Gérard Houa « pour avoir usurpé la présidence de la compagnie ».

Selon certaines sources, des plaintes devraient être déposées ce matin. A Bercy, on ne faisait pas de commentaire. La compagnie est pourtant placée sous la protection du CIRI, le comité interministériel pour les restructurations industrielles. Gérard Houa et Philippe Bohn veulent remettre en cause son plan de sauvetage qui passe, à court terme, par la vente des vols entre Orly et le Portugal à la compagnie espagnole Vueling pour une vingtaine de millions d’euros. Un accord que redoutent d’ailleurs des pilotes d’Air France, inquiets pour le développement de Transavia à Orly.

Cette affaire risque de tourner au casse-tête : d’un côté, on trouve les « putschistes » comme on les appelle dans le camp de Frantz Yvelin, qui annoncent vouloir remettre un peu de cash dans la compagnie, et qui font montre d’un soutien d’une partie du corps social. De l’autre des actionnaires « légitimes », très éloignés du théâtre des opérations, accusés par beaucoup, (autres que Frantz Yvelin), d’avoir également leur part de responsabilité dans les difficultés d’Aigle Azur, et qui rechignent, comme ils l’ont toujours fait, à mettre la main au portefeuille pour sauver une compagnie qui n’est pas au coeur de leur stratégie.

Au milieu, il y a Frantz Yvelin dont la décision de céder une partie de son activité à Vueling et de vouloir améliorer la productivité du personnel en agace plus d’un en interne (et en externe).

Aigle Azur dispose d’une flotte de 11 avions – dont neuf A320 et deux long-courriers A330 en leasing – et a transporté 1,88 million de passagers en 2018.  Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2018 mais « perd de l’argent depuis 2012 », selon Frantz Yvelin. En août, elle disposait de près de 25 millions d’euros de trésorerie.

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