Affaire Diary Sow : Un “délire” d’adolescente finit en affaire d’Etat

Après plus d’une quinzaine de jours de peur et de stupeur, Diary Sow refait surface sans donner la moindre explication « rationnelle » sur sa « fugue » oups… sa “retraite spirituelle”, ce “répit salutaire” dans sa vie. Au-delà des intrigues dignes d’un roman à l’eau de rose, cette disparition qui a retenti jusqu’au Quai d’Orsay et à l’Hôtel de Beauvau, n’en était pas une.

Dans sa lettre adressée à son parrain de toujours, l’actuel ministre de l’Eau et ancien ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, la “meilleure élève du Sénégal”, sans doute chouchoutée un peu trop à son goût, précise :

« La jeune fille que tu connais n’aurait pour rien au monde raté un jour d’école. La pression ? Non. La pression n’a jamais été un frein pour moi. Au contraire. Je ne suis victime d’aucune sorte de pression de la part de qui que ce soit, dans mon entourage. Je n’ai pas disjoncté à cause du confinement ou de la prépa. Ma vie était telle que je l’avais voulue, telle qu’il fallait qu’elle soit. Les doutes ? Je n’ai jamais douté de mes capacités ni de ma force. Mon départ n’est pas aveu de faiblesse ».

Un “délire” d’ado finit en affaire d’Etat

Au-delà des faits, tout dans cette affaire relève de la démesure. De la manière dont cette jeune fille a été choyée, favorisée au détriment de tous les milliers d’autres génies ou encore simples élèves et étudiants du Sénégal qui méritent autant qu’elle cette considération de la part de l’Etat, en passant par la gestion hyper étatique de sa fugue (même si elle juge le mot trop péjoratif), ont été des faits bien outranciers. Pourtant avant elle, plusieurs autres génies ont marqué les examens et concours du Sénégal, et ont pu réussir dans des établissements élitistes, sans tambour ni trompette.

Et sur ce point, d’aucuns pointent du doigt la responsabilité de son parrain Serigne Mbaye Thiam. La propension de ce dernier à exposer sa petite protégée issue de “son” lycée d’excellence de Diourbel (créé sur l’initiative de Serigne Mbaye Thiam) au feu des projecteurs, a longtemps été décriée. On se rappelle l’épisode du concours général de 2018 où le ministre de l’Education de l’époque avait pesé de tout son poids pour que le titre de meilleure élève revienne à sa protégée alors que les élèves Samba Khary Sylla et El Hadj Abdoul Aziz Dabakh Kane avaient raflé tous les premiers prix.

Une sorte de « promotion de l’empowerwomen » décriée par son homologue ministre de l’Enseignement supérieur d’alors, Mary Tew Niane qui déclarait dans un post Facebook : « Peut-être suis-je archaïque car je ne conçois pas qu’une médaille d’or puisse être supplantée par des médailles d’argent, de bronze ou de vermeille, etc ». Soulignant que son choix de cœur pour le titre de meilleur lycéen va « à deux élèves : Samba Khary Sylla qui a remporté deux premiers prix en Mathématiques et en Physique. Il est élève au lycée d’Excellence de Diourbel. El Hadj Abdoul Aziz Dabakh Kane qui aussi a remporté deux premiers prix en Philosophie et en Histoire et un troisième prix en Français ».

Le culte de l’élitisme au détriment de l’excellence

Cette affaire lève aussi le voile sur les limites de l’encadrement dans nos écoles d’excellence comme Mariama Ba, Prytanée militaire, Lycée d’excellence de Diourbel où les élèves sont à la limite pouponnés. C’est d’ailleurs à se demander s’ils sont suffisamment préparés à évoluer sans un encadrement serré. Autrement, à se débrouiller seuls dans certaines situations comme tous les membres de leur cohorte comme c’est le cas dans les lycées d’excellence et les universités occidentaux.

L’acte de Diary pousse certains à se demander s’il n’est pas temps de cultiver l’excellence tout en évitant de verser dans l’élitisme, c’est-à-dire donner tous les moyens à un petit groupe déjà favorisé au détriment de la masse contrainte à se débrouiller sous des abris provisoires ou des amphis pleins à craquer. Aussi, pourquoi pas, investir dans des universités et écoles d’excellence au Sénégal au lieu de toujours envoyer nos meilleurs élèves à l’étranger si l’on sait que la plupart ne revient pas et que tout l’investissement que l’Etat a fait pour les mettre dans les meilleures conditions tombe à l’eau.


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