Affaire Khalifa Sall : le procès aura bien lieu

La justice sénégalaise a fixé au 14 décembre le début du procès pour « détournement de fonds publics » du maire de Dakar et de cinq de ses collaborateurs.

C’est acté. Accusé de détournement de fonds publics et incarcéré depuis mars, élu député quatre mois plus tard, Khalifa Sall aura tout fait pour échapper au procès. Mais la justice sénégalaise en a décidé autrement. Le parquet de Dakar a fixé au jeudi 14 décembre le début du procès pour « détournement de fonds publics » du maire de Dakar et de cinq de ses collaborateurs, a indiqué vendredi un des avocats de l’opposant au président Macky Sall.

Khalifa Sall à la barre dès le 14 décembre

En prison depuis mars 2017 pour des malversations financières portant sur 1,8 milliard de francs CFA, Khalifa Sall et ses coinculpés (Mbaye Touré, directeur administratif et financier de la ville de Dakar, Ibrahima Diaw, chef de la Division financière et comptable, Amadou Moctar Diop, coordonnateur de l’Inspection générale des services municipaux, Yaya Bodian, chef du Bureau du budget, Fatou Traoré, Assistante du directeur administratif et financier) sont poursuivis pour association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, escroquerie portant sur des deniers publics, faux et usage de faux dans un document administratif.

La caution de 1,8 milliard francs CFA (soit 2,7 millions d’euros) de Khalifa Sall a été rejetée par l’Agent judiciaire de l’État, arguant qu’elle n’était pas en espèces.

Dissident du Parti socialiste (mouvance présidentielle) à la veille du Référendum sur la réforme constitutionnelle du 20 mars 2016 pour lequel il avait appelé ses partisans à voter « Non », Khalifa Sall dirige depuis 2009 la ville de Dakar. « Une citation à comparaître jeudi (14 décembre) lui a été notifiée à la prison par le parquet », a déclaré à l’AFP l’avocat Me Demba Ciré Bathily.

Plus tôt dans la journée de ce vendredi 8 décembre, Me Bathily avait indiqué que le doyen des juges d’instructions de Dakar, Samba Sall, avait ordonné jeudi soir le renvoi devant le tribunal correctionnel de Khalifa Sall et de ses collaborateurs à la mairie de la capitale sénégalaise. Tous devront répondre de dépenses « non justifiées » de plus de 2,7 millions d’euros prélevés pendant plusieurs années, selon la justice, dans les caisses de la mairie, ce que Khalifa Sall nie.

Pour les avocats de l’État, « le Sénégal a subi un préjudice ». « Nous allons demander réparation », promettent-ils.

Le destin bien contrarié du maire de Dakar

Maire de Dakar depuis 2009, Khalifa Sall est en détention provisoire depuis le 7 mars, ce qui ne l’a pas empêché d’être élu député lors des législatives du 30 juillet. L’Assemblée nationale a levé le 26 novembre son immunité par un vote majorité contre opposition, ouvrant la voie à un procès. Toutes les démarches de ses avocats entreprises depuis des mois pour qu’il soit remis en liberté ont échoué. Jeudi, le doyen des juges a refusé le dépôt d’une caution qui lui aurait permis de comparaître libre à son procès, selon son avocat.

Me Bathily a précisé que les avocats du maire avaient fait appel de la décision du juge d’instruction de clôturer son enquête. « Nous sommes à la limite de la forfaiture car le juge d’instruction a refusé l’audition de témoins et la réalisation d’expertises », a expliqué l’avocat.

Les conseils de Khalifa Sall souhaitaient notamment que soient entendus ses prédécesseurs à la mairie de Dakar et que soit examinée par des experts la manière dont les fonds de la « caisse d’avances » ont été gérés depuis sa création en 2003, selon Me Bathily.

Il a ensuite dénoncé la « précipitation » avec laquelle la justice veut organiser le procès, « moins d’une semaine après la fin de l’enquête ». Ces décisions confirment le « caractère politique du dossier », a-t-il ajouté.

Opposant au président Macky Sall – avec lequel il n’a pas de lien de parenté –, le maire de Dakar est considéré comme l’un des principaux concurrents pour la présidentielle de 2019, à condition qu’il puisse se présenter.

Ses soutiens estiment qu’il paye pour son statut de dissident du Parti socialiste, membre de la coalition au pouvoir.

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