Afrique: Lutte contre la Désertification.

Xu Xinwen, chercheur âgé de 56 ans, est un « guerrier », mais pas au sens classique du terme. Depuis 21 ans, il se bat sans crainte contre un ennemi très inhabituel, les sables, dans le désert de la région autonome ouïgoure du Xinjiang, nord-ouest de la Chine, qui couvrent les plus grandes terres arides du pays.

Chercheur à l’Institut d’écologie et de géographie du Xinjiang (XIEG) relevant de l’Académie chinoise des sciences, M. Xu a consacré une grande partie de sa vie à la construction de la Grande Muraille Verte, en Chine, projet initié en 1979 visant à planter une « barrière » de protection du nord-ouest au nord-est, zones vulnérables aux graves risques d’expansion du désert. D’une superficie de 4 millions de km2, le projet a impliqué des dizaines de millions de personnes, telles que M. Xu, dans la lutte contre la désertification.

Après avoir accumulé une riche expérience, M. Xu fait maintenant partie de l’équipe qui coopère dans un projet similaire à l’autre bout du monde, portant le même nom, la Grande Muraille Verte d’Afrique.

En 2007, sous la direction de l’Union africaine (UA), 11 pays africains, dont le Burkina Faso, Djibouti, l’Érythrée et l’Éthiopie, ont adhéré à l’initiative de la Grande Muraille Verte. Elle est décrite comme « une ambition épique de développer une merveille naturelle mondiale de 8 000 km sur toute la largeur de l’Afrique », selon le site officiel du programme. Actuellement, plus de 20 pays africains ont rejoint ce projet

M. Xu a pris part à cette initiative lors de la création du Centre commun de recherche Chine-Afrique en 2013. En tant que participant, le XIEG a créé un bureau à l’aide d’organisations mauritaniennes pour mener des recherches sur la prévention de la désertification. En 2018, l’institut a mis en place un centre de recherche panafricain sur la Grande Muraille Verte afin de fournir un soutien technologique au programme.

Support technologique

Le XIEG, fondé en 1998, est issu de deux instituts de recherche, sur le désert et la géologie, créés dans les années 1960. Depuis, il a accumulé une vaste expérience et de nombreuses technologies en matière de contrôle de la désertification et de développement d’industries écologiques. Sa technologie a été introduite pour la première fois sur le continent africain en 2009. Invité par le gouvernement libyen, le XIEG a fourni une solution complète pour contrôler les risques de difficultés symptomatiques dues aux sables présents le long d’une route bordée par le désert à Murzuq, dans le sud-ouest de la Libye.

En août 2017, le XIEG a dispensé une formation de 14 jours à une vingtaine de stagiaires originaires des pays africains participant au projet. Pendant la formation, les techniques chinoises utilisées dans le cadre du projet de lutte contre la désertification du Xinjiang, ainsi que des études pratiques sur le terrain, ont permis aux stagiaires de mieux comprendre les solutions disponibles.

Un mois plus tard, le XIEG est devenu officiellement le pourvoyeur de soutien technologique dans l’initiative de la Grande Muraille Verte. En effet, l’institut a signé des accords avec les pays apparentés au projet lors de la 13e session de la Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification qui s’est tenue à Ordos, dans le nord de la région autonome de Mongolie intérieure.

Le XIEG travaille maintenant sur un nouveau programme de recherche national, amorcé en 2018, pour aider à la coopération « verte » en Afrique. Le programme est dédié à la recherche de technologies appropriées pour la construction de la Grande Muraille Verte africaine. Il se concentre sur le diagnostic des principaux problèmes techniques posés par la construction de la muraille et sur l’évaluation de la pertinence des technologies, des matériaux et des produits chinois pour la lutte contre la désertification sur le continent.

Le modèle de Kubuqi

Les entreprises chinoises du secteur écologique pourraient être une solution. Fortes de leur succès dans le développement de l’économie du désert en Chine, elles cherchent des moyens d’amener des projets écologiques en Afrique.

En octobre 2018, le groupe Elion, une entreprise écologique basée dans la région autonome de Mongolie intérieure, a signé un protocole d’accord avec le conseil régional de l’Oriental, au Maroc. Les deux parties ont envisagé la restauration de forêts et le développement d’énergies propres, selon le président d’Elion, Wang Wenbiao. Le même mois, Elion a signé un autre protocole d’entente avec la province d’Imo, dans le sud du Nigeria, dans le cadre de projets concernant l’agriculture, la mise en valeur des ressources d’énergie nouvelle et la lutte contre la désertification.

Ces projets de coopération ont été conclus suite au Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine tenu un mois plus tôt, au cours duquel la Chine a proposé le « développement vert », comprenant la lutte contre la désertification, dans le cadre des huit grandes initiatives visant à développer la coopération avec l’Afrique.

Wang a expliqué que l’expérience acquise par Elion dans la lutte contre la désertification au cours de ses 30 années de gestion du désert de Kubuqi dans la région autonome de Mongolie intérieure pourrait être utile en Afrique. Depuis sa création, Elion a contribué à rendre le désert Kubuqi plus vert. Ce faisant, il a développé ce que l’on appelle le modèle de Kubuqi, une approche durable visant à équilibrer l’économie du désert et la protection de l’environnement. En développant des industries adaptées au désert, telles que l’énergie solaire et la plantation de réglisses, ainsi que des projets de grande envergure contre la désertification, l’économie du désert est florissante et les retombées économiques fournissent des fonds pour un effort de contrôle accru. « Ce modèle convient aux régions où l’environnement est dur, vulnérable ou contaminé, comme c’est le cas de l’Afrique », a déclaré M. Wang à CHINAFRIQUE. Trente ans plus tard, Kubuqi est un endroit très différent. En 2016, la couverture végétale du désert est passée de 3 % en 1988 à 53 % aujourd’hui. Les revenus générés ont permis de sortir de la pauvreté plus de 100 000 personnes vivant dans le désert.

L’équilibre est la clé

S’exprimant sur les perspectives de coopération sino-africaine en matière de lutte contre la désertification, M. Xu souligne qu’elle est la conséquence de facteurs naturels, tels que le changement climatique, mais également de l’activité humaine. « Il nous est difficile de changer l’environnement, il est donc impossible de résoudre complètement la désertification à l’heure actuelle », a-t-il fait remarquer. Mais Xu reste optimiste car, avec des mesures de contrôle appropriées, la désertification causée par l’activité humaine peut être enrayée.

Le succès du modèle de Kubuqi en est le parfait exemple.

Il y a longtemps de cela, Kubuqi était une terre fertile et luxuriante. La désertification n’a commencé qu’avec l’afflux de personnes de l’Ouest dans cette région pendant la dynastie des Han (206 av. J.-C. – 25). L’intensification de l’activité humaine a transformé Kubuqi en désert au cours des deux derniers siècles.

Cette histoire est similaire aux événements en Afrique. Des études montrent qu’il y a 10 000 ans, le désert du Sahara était recouvert d’une végétation luxuriante, jusqu’à ce que l’homme s’y installe.

«Dans la lutte contre la désertification, la clé est de trouver un équilibre entre les ressources limitées des déserts, en particulier les ressources en eau, et les besoins humains pour ces ressources », constate M. Xu, avant de conclure. « Si nous planifions raisonnablement, utilisons rationnellement les ressources et vivons en paix avec l’environnement, nous souffrirons moins de la désertification. Autrement, la nature se montra impitoyable»

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