Au Sénégal, l’état d’urgence et le couvre-feu ont réduit les accidents de plus de 80 %

En deux semaines avant le couvre-feu, 320 accidents de la avaient été enregistrés sur l’ensemble du territoire national. Ils avaient fait 14 morts. Et depuis l’instauration du couvre-feu interdisant la circulation interurbaine ou interrégionale, il n’y a eu que 125 accidents avec 13 décès seulement avec une tendance à la baisse de ces chiffres. Chez les motos-taxis Jakarta, zéro accident, zéro décès. 

Courant 2018 sur la route de Kaffrine (Kaolack), une collision entre un camion et un autobus avait fait 23 morts et une quarantaine de blessés. Face à l’hécatombe, le ministre des Transports terrestres d’alors, Abdoulaye Daouda Diallo, s’était rendu au chevet des blessés à l’hôpital El Hadj Ibrahima Niasse de Kaolack. A l’issue de sa visite, il avait manifesté son sentiment de désolation. « Vu la récurrence des accidents survenant souvent la nuit, il est temps que le gouvernement prenne des décisions d’interdire la circulation interurbaine entre 22h et 06h du matin. Je vais voir avec le ministre de l’Intérieur comment faire pour instaurer une telle mesure visant à réduire les accidents dans le milieu du transport en commun » avait envisagé le ministre des Transports terrestres. Un projet que le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, avait jugé pertinent au vu des nombreux accidents causant chaque année près de 700 morts au Sénégal. Depuis lors, et comme toujours, rien n’a été fait !

Une chose est sûre : « Le Témoin » quotidien est en mesure de donner raison aux autorités étatiques qui avaient envisagé d’interdire la circulation nocturne des véhicules de transport en commun. Pour preuve, depuis l’instauration du couvre-feu « sanitaire » interdisant la circulation interurbaine ou régionale, les accidents de la circulation ont considérablement diminué de plus de 80 %. Cette baisse spectaculaire découle des mesures forçant les populations, les automobilistes, les véhicules de transport en commun à limiter leurs déplacements et voyages non-essentiels pour éviter la propagation du coronavirus. Car, si le couvre-feu a ses « inconvénients » chez les populations, il présente bien des avantages et autres bienfaits au niveau de la circulation routière.

Selon les chiffres obtenus auprès de la division communication de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers (Bnsp), à titre de comparaison, deux semaines avant l’état d’urgence, 320 accidents avaient été enregistrés sur l’ensemble des routes nationales. Des accidents qui ont fait 14 morts et des centaines de blessés. Et une semaine après cet état d’urgence assorti d’un couvre-feu allant de 20 heures à 6 heures du matin, 125 accidents seulement ont été constatés sur le territoire national. Avec, hélas, un bilan de 13 décès quand même.

MORTALITÉ ROUTIERE… Mbaye Amar se confesse !

Cette tendance à la baisse s’est confirmée à 80 % jusqu’à la date du vendredi 10 avril 2020 sur l’ensemble du territoire national. Selon un médecin en service au district sanitaire de Louga, depuis l’instauration du couvre-feu, aucun accidenté de la circulation n’a été évacué ou interné au niveau de sa structure hospitalière. « Ce qui est à la fois inédit et encourageant, c’est qu’aucun accident, encore moins un mort, n’a été enregistré chez les conducteurs de motos Jakarta. En tout cas, pas à notre niveau ! » se réjouit notre interlocuteur, médecin dans ce district sanitaire de Louga.

Pour Mbaye Amar, président de l’Association pour le financement du transport urbain (Aftu) gérant le réseau des bus « Tata », le couvre-feu sanitaire a permis de lutter contre la propagation du Covid-19 mais ce qui retient le plus son attention c’est que le taux d’accidents de la route a considérablement baissé « car 90 % des moyens de transport en commun sont à l’arrêt. Il n’y a pratiquement plus de transport « interurbain » c’est-à-dire de région en région. Et les rares véhicules à rouler ne circulent plus qu’à l’intérieur de leur circonscription régionale. C’est pour cela que les accidents ont diminué de plus 80 % » confirme-t-il. Que pense-t-il des déclarations du ministre de l’Intérieur qui disait que la plupart des graves accidents de la circulation, les plus mortels surtout, surviennent souvent la nuit ? Un ministre qui voulait aller jusqu’à interdire la circulation interurbaine des véhicules de transport en commun entre 22h et 06h du matin, à la demande de son collègue alors en charge des Transports ?

Mbaye Amar ne se fait pas prier pour dire qu’ « aujourd’hui, l’histoire donne raison au ministre de l’Intérieur et celui des Transports terrestres qui incriminaient les voyages de nuit comme étant le principal facteur aggravant des accidents de la route. La preuve par le couvre-feu où il n’y a pratiquement plus d’accident sur les routes nationales. En tout cas, nos camarades et collègues chauffeurs et transporteurs doivent faire leur introspection. Car, tout ce que les autorités étatiques leur reprochaient s’est vérifié en cette période d’état d’urgence » reconnaît Mbaye Amar, transporteur et président de l’Aftu.

Les assureurs vont-ils frotter les mains ?

Abondant dans le même sens, le transporteur Badou Ndiaye dit qu’après avoir consulté de nombreux chefs de gares routières, il lui a été dit que les accidents de la route ont connu une baisse jamais égalée dans le pays depuis l’état d’urgence. « Je peux même dire qu’il n’y a pratiquement plus d’accidents de la circulation. D’ailleurs, un seul accident grave (03 morts) a été enregistré, c’est celui de vendredi dernier à Kébémer. On se demandait même comment les victimes ont pu sortir pour circuler en cette période de couvre-feu. En tout cas, l’après covid-19 peut constituer un baromètre pour reconstituer le secteur du transport et diminuer son cortège de morts et blessés », pense ce transporteur et fils de transporteur (Ndlr, son père n’est autre que le célèbre Cheikh Ndiaye Téranga).

Toujours est-il que la crise sanitaire liée au Covid-19 a eu, au moins, un bénéfice inattendu : celui d’une baisse du nombre de morts et de blessés sur nos routes depuis presque un mois. Déjà, on imagine les assureurs du secteur automobile se frotter les mains.

Source : Le Témoin

 


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom