Aya Nakamura au firmament

Aya Nakamura, 23 ans, sacrée nana issue des quartiers, porte haut la fierté au féminin et touche la jeunesse à coups de millions de vues sur YouTube pour ses clips.

Alerte tsunami ! Vous l’avez peut-être vue samedi soir aux NRJ Music Awards sur TF1. Aya Nakamura c’est LE phénomène de l’année, sans que l’expression ne soit galvaudée. Avec ses quelque 400 millions de vues sur YouTube… dont 225 millions pour le seul « Djadja », le tube au refrain addictif, cette beauté sculpturale d’1m74, aussi altière que directe avec son public, est devenue une star chez les jeunes filles. Son nouvel album « Nakamura », sorti il y a une semaine, explose déjà tous les records en streaming, talonnant même la superstar du rap Booba, plutôt fortiche à ce jeu-là.

Sa potion magique : sa voix « un mélange d’Afrique et de banlieusarde », des histoires de trahisons amoureuses et une fierté au féminin qui parlent aux jeunes femmes. L’artiste de 23 ans, maman d’une petite fille de trois ans, s’est imposée par la force des réseaux sociaux. « J’ai commencé par des vidéos sur Facebook et Instagram. Les voisins me suppliaient d’aller au studio. J’étais la petite chanteuse connue du quartier », raconte la jeune femme moulée dans une combinaison Adidas évoquant la tenue de Kill Bill, l’héroïne vengeresse de Quentin Tarantino.

Ambitions secrètes

Son quartier : ce sont les « 3000 » à Aulnay-sous-Bois, une gigantesque cité de Seine-Saint-Denis à la réputation difficile… mais qui n’a pas pour autant pesé sur la petite Aya Danioko. Cette aînée d’une fratrie de cinq enfants (dont un seul garçon) y grandit en rêvant au destin de ses illustres aînées. « Petite, j’ai été marquée par des filles comme Amel Bent dans les télécrochets, des filles qui me ressemblaient. Je me disais Quand je serais grande, j’aimerais trop y aller. » L’ado s’imprègne du style musical de Usher, le chouchou de ses dames de l’époque. « Je chantais dans ma chambre en pyjama, je saoulais ma sœur et j’ai commencé à écrire des morceaux. »

Elle arrête vite l’école, car « elle n’aimait pas » et se biberonne à tous les genres de musique, « du rock, de la soul, tous les styles afro, antillais, et du zouk, beaucoup de zouk… » en écrivant tout ce qui lui passe par la tête. Mais garde secrètes ses ambitions de carrière. « Personne ne m’aurait prise au sérieux, ni soutenue, ni la famille, ni les profs. On m’aurait dit que Ce n’est pas un métier, puis demandé T’as une maison de disques, tu connais quelqu’un, tu as un studio ?»

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L’artiste de 23 ans s’est imposée par la force des réseaux sociaux./LE PARISIEN/Frédéric DUGIT

«Ce n’est pas à moi de m’adapter»

Agée de seulement quelques mois quand elle arrive en France de son Mali natal, elle appartient à cette génération qui joue de son héritage culturel pour le moderniser. D’autant que sa maman connaît bien aussi la chanson. Au sens propre. « Elle a sorti les 40 premiers euros pour ma première séance de studio, car elle aussi est artiste à sa façon en tant que griotte », confie Aya Nakamura. Comprenez : une personne qui a un statut élevé dans la culture africaine, car messagère de culture orale.

Dès cette époque, la diva des quartiers s’impose avec son style d’écriture et ses expressions bien à elle désormais entrées dans le langage commun chez les ados. « On me demande tellement souvent ce que veut dire En catchana Baby (NDLR : position sexuelle de la levrette) ou bombarder (employées dans ses tubes « Djadja » ou « Copines ») que peut-être les gens font exprès, s’amuse l’artiste. Je parle comme cela tous les jours avec mes copines et je ne vais pas me mettre des barrières car c’est ma personnalité. Ce n’est pas à moi à m’adapter. »

Populaire au-delà des frontières

Une assurance qui lui a donné des armes pour s’imposer dans un milieu masculin. « Le rap, c’est un milieu d’hommes, c’est hyperdifficile. Quand tu es une fille c’est dur. Au studio d’enregistrement, je suis souvent la seule meuf, au début c’est choquant et puis après tu t’habitues. Il faut avoir plus de caractère pour t’imposer et savoir vraiment pourquoi tu es là. Pour percer dans ce milieu, il faut juste croire en soi. »

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Et cela a marché. « Aujourd’hui, on me reconnaît de dos même quand j’ai des lunettes de soleil et une casquette », s’amuse-t-elle. Et de rajouter : « Quand je vais prendre du pain, les gens sont choqués en me voyant. Ma première réaction, c’est de me dire, Mais qu’est-ce qu’ils ont ? Et puis après je me souviens que je suis connue. » Une popularité qui dépasse les frontières, notamment aux Pays-Bas où elle a été numéro un des ventes… une première depuis Édith Piaf en 1961. « Il y a aussi la Roumanie, le Portugal… Je ne sais pas pourquoi ils m’aiment autant, ils ne comprennent pas les paroles mais je pense que cela vient de la sonorité de mon argot. »

Et avec un Olympia complet en deux heures (le 31 mars) et une tournée qui arrive, le tourbillon ne risque pas de se calmer de sitôt.

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