Ballon d’Or 2019 : Pourquoi Sadio Mané n’a pas gagné

Sadio Mané termine à une décevante quatrième place du classement du Ballon d’Or. Décryptage de cet échec de l’ailier sénégalais de Liverpool.

Un inévitable émiettement des voix

A l’image des joueurs français vainqueurs de la Coupe du Monde en 2018 mais battus par Luka Modric, Sadio Mané a comme ses coéquipiers de Liverpool été victime de l’éparpillement des voix favorables aux Reds. Ces derniers comptaient la bagatelle de sept nommés avec, outre le Sénégalais, Alisson Becker, Trent Alexander-Arnold, Virgil Van Dijk, Georginio Wijnaldum, Mohamed Salah et Roberto Firmino. Soucieux de ne pas briser sa belle unité collective, le club anglais n’avait pas fait campagne pour l’un ou l’autre de ses joueurs. Et c’est finalement Van Dijk qui a remporté le « Ballon d’Or » de Liverpool. Son entraîneur Jürgen Klopp en avait fait son favori la semaine passée, après la clôture des votes. « Si vous donnez le Ballon d’Or au meilleur joueur de sa génération, alors il faut le donner chaque année à Lionel Messi. Mais si vous le donnez au meilleur joueur de la saison dernière, dans ce cas c’était Virgil van Dijk, avait confié le manager des Reds. Je ne sais pas exactement ça marche, mais c’est comme ça que je vois les choses. Le meilleur joueur de tous ? C’est Lionel. Le meilleur joueur de la saison passée ? C’est Virgil. On va voir. » Le technicien allemand connaissait-il déjà le résultat au moment de sa déclaration ? Il n’est pas interdit de le penser.

Un profil d’anti-star, insuffisamment vendeur

S’il existe des contre-exemples, et Luka Modric est le plus récent d’entre eux, le Ballon d’Or consacre le plus souvent des stars planétaires, plus encore depuis son crochet dans le giron de la FIFA. Au-delà des critères, cette prime à l’aura amène généralement le jury à privilégier des joueurs « bigger than life », dans un contexte où la longévité du duopole Lionel Messi-Cristiano Ronaldo conduit à banaliser l’exceptionnel.

Andrés Iniesta, Wesley Sneijder ou Franck Ribéry, qui auraient largement mérité le trophée en d’autres temps, l’ont tous appris à leurs dépens. Vous voulez du bling-bling, des déclarations tapageuses ou des punchlines bien senties ? Vous ne les trouverez pas chez Sadio Mané, qui a un usage très modéré des réseaux sociaux et fuit le conflit. « Manger sainement, prier, se coucher tôt », tels sont les principes de vie de l’ancien de Génération Foot. Ces valeurs l’ont mené au sommet et en ont fait un grand professionnel. Elles lui ont sans doute aussi porté préjudice dans sa quête de la récompense individuelle remise par France Football.

Des critères de vote ambigus

Il est bon de rappeler pour terminer les critères supposés guider les votants dans leur choix. A savoir : 1. Les performances individuelles et collectives durant l’année considérée ; 2. La classe du joueur ; 3. La carrière du joueur. Le premier n’est pas sans ambigüité. Faut-il privilégier l’expression individuelle du talent, autrement dit les statistiques, ou sa mise au service du collectif, autrement dit les titres remportés ? Selon que l’on penche pour la première ou pour la seconde option, notre regard sur Lionel Messi ou Sadio Mané s’en trouvera changé. Lionel Messi n’a gagné « que » la Liga cette année, mais affiche des compteurs individuels impressionnants. S’il a lui aussi réussi douze mois de haute tenue sur le plan statistique, Sadio Mané brille plus encore par la conquête du Graal européen que représente la Ligue des Champions. Qui a raison, qui a tort ? France Football, organisateur du trophée, ne gagnerait-il pas à dissocier dans l’énoncé des critères de vote les prestations individuelles et les performances collectives ? Et à placer ces dernières en tête de liste, car le football est un sport d’association ? L’idée est lancée.

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