CALIFORNIE : En filmant l’arrestation d’un jeune noir, une rappeuse lui « sauve la vie » (Vidéo)

Un homme noir agenouillé, les mains derrière la tête, tenu en joue par des policiers qui pointent au moins six armes sur lui : la vidéo diffusée en direct sur Instagram le 7 juin est devenue virale aux États-Unis. Autant pour ce qui est perçu comme un comportement abusif de la part des forces de l’ordre que pour la réaction de la femme qui a décidé de filmer la scène : pour beaucoup, l’intervention de Sky Holsey a peut-être sauvé la vie du jeune homme. Elle raconte pourquoi elle a décidé de filmer.

Sky Holsey est une jeune rappeuse vivant à Hawthorne, en Californie. Le 7 juin un peu avant 7 h, elle fait le plein dans une station-service de sa ville lorsqu’elle entend hurler les sirènes des voitures de police qui foncent vers le croisement de Prairie avenue et d’El Segundo boulevard.

 

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La vidéo qu’elle a alors filmée a été vue plus d’un million de fois sur Instagram, et près de 3 millions de fois sur Twitter. Contactée par notre rédaction, elle raconte :

J’étais assise dans ma voiture, je m’apprêtais à repartir. J’ai aperçu un jeune homme traverser la route et tout à coup, alors que je mettais le contact, j’ai vu quatre voitures de police arriver en face de moi. Les policiers ont surgi de leurs véhicules et le garçon s’est mis à paniquer, comme s’il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer.

Je me suis sentie obligée de sortir et commencer à filmer. Je ne voulais pas que la situation dégénère et que ni cet homme, ni les flics, ne soient blessés.

Il s’est mis à genoux, il a placé ses mains derrière sa tête, des policiers sortaient un par un, de tous les côtés. Ils lui hurlaient dessus.

« Le voir paniquer m’a rendue nerveuse »

Dans la vidéo de cinq minutes, d’abord diffusée en direct sur Instagram, puis postée sur le compte de la rappeuse le lendemain, Sky Holsey décrit la scène comme pour documenter l’arrestation et interpelle les policiers : « Ils ont leurs armes pointées sur ce jeune homme noir ! Pourquoi faites-vous ça ? Il n’a pas d’arme sur lui (…) Vous allez lui tirer dessus ? Est-ce que tous ces pistolets sont vraiment nécessaires ? »

On entend le jeune homme, William Ewell, 24 ans crier aux policiers qu’il n’a pas d’arme. Sky Holsey s’adresse aussi directement à lui : « Reste calme, parce que sinon, ils vont te tirer dessus ! Ne bouge pas, ne bouge pas ! »

Très émue, la jeune rappeuse, ne peut plus contenir son émotion : « Êtes-vous sur le point de tuer cet homme ? Regardez-le ! Vous ne pouvez pas juste poser vos armes pour que quelqu’un vienne l’arrêter ? »Le voir paniquer m’a rendue nerveuse. C’est une question très sensible pour moi parce que mon petit ami a été tué par des policiers en décembre 2015.
Le père de ses trois enfants, Leroy Browning, avait été arrêté pour conduite en état d’ivresse et, selon l’enquête menée par le bureau du procureur de Los Angeles, le policier qui lui a tiré dessus aurait agi en « légitime défense » alors que Browning essayait de s’emparer de son arme.

« Nous n’avons pas de preuve si nous ne filmons pas ce qu’ils font »

Selon la police d’Hawthorne, un employé de la station-service est allé indiquer à un agent en patrouille qu’il venait de se faire dévaliser et a pointé William Ewell du doigt alors qu’il traversait la rue. Au même moment, un autre témoin a appelé la police pour signaler le même cambriolage, indiquant « que cela pourrait impliquer la présence d’armes ». Un autre suspect a été arrêté.

Pourtant, pour Sky Holsey, rien ne justifiait que les policiers pointent simultanément au moins six armes sur lui :
À partir du moment où il était à genoux, les mains derrière la tête, et qu’il ne portait pas d’arme, il n’était plus une menace. Donc il fallait l’arrêter, sans lui manquer de respect, plutôt que de lui faire craindre pour sa vie.Je n’ai pas l’impression de lui avoir sauvé la vie. Si je n’avais pas filmé, je ne pense pas qu’ils l’auraient tué, mais je suis certaine qu’ils l’auraient blessé. Ils auraient très bien le plaquer au sol, lui tordre le bras sans raison.Nous n’avons pas de preuve si nous ne filmons pas ce qu’ils font. Je pense que c’est nécessaire pour pouvoir montrer qu’ils n’ont pas respecté les procédures.Pour moi, il a été traité comme un criminel simplement parce qu’il était Noir.
Plus de deux minutes après le début de la vidéo, les agents de police ont baissé leurs armes et William Ewell a été arrêté et menotté, relativement calmement. Un des agents se dirige vers Sky Holsey et lui explique que le jeune homme « correspondait à la description » donnée par le témoin.Dans un communiqué publié deux jours plus tard, la police d’Hawthorne indique que William Ewell a eu une dispute avec la caissière du magasin. Celle-ci l’a forcé à sortir et il lui a alors jeté une poubelle dessus.Pour de nombreux internautes, la réaction jugée excessive de la police est due à la couleur de peau de William Ewell.Selon cette avocate spécalisée dans la défense des Noirs victimes de violences policières, « l’argument ‘il correspondait à la description’ est le prétexte le plus courant pour arrêter les Noirs. C’est du harcèlement ».

Cette arrestation peut être perçue comme s’apparentant à du « stop and frisk » [« interpellation et fouille »], cette méthode policière qui permet au policier de contrôler toute personne « raisonnablement soupçonnée » d’être sur le point de commettre un crime, dénoncé comme permettant de la discrimination raciale.

La police d’Hawthorne s’est d’ailleurs défendue sur Twitter en niant le caractère racial de l’arrestation, dans une ville qui fût une « sundown town », ces localités que les Noirs, à l’époque de la ségrégation, n’avaient pas le droit de fréquenter après le coucher du soleil.

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