Capitale de la Tidianiya au Sénégal : Tivaouane, une terre d’élection de l’Islam

L’Islam est une religion de pur monothéisme, qui n’accepte aucun intermédiaire entre l’homme et son Créateur. Il est cependant quelques éléments qui ont un lien si profond avec Dieu que leur simple vue évoque Son souvenir. Ces éléments ne représentent pas l’Etre Suprême ni ne font l’objet d’une adoration de la part des musulmans, mais ils sont des « symboles de la présence de Dieu ». Parmi ces éléments se trouve justement la « Zawiya » de Tivaouane bâtie par Mawdo.

Les Tidianes du Sénégal savent bien que Dieu n’habite pas dans la « Zawiya » de Tivaouane. Mais, à leurs yeux, celle-ci symbolise Sa Présence et Son Unicité, en même temps qu’elle les unit dans la célébration de leur culte. En fait, Mawdo Malick Sy a posé les fondements de cet « Espace de foi » qu’il a dédié à Dieu. Et au vu de l’attrait que ladite « Zawiya » exerce sur les fidèles musulmans, l’on peut dire que Dieu a agréé cet acte du saint homme car il a fini de rallier à la cause de l’Islam des millions d’adeptes sénégalais qui, à l’occasion du Gamou, s’y retrouvent pour revivifier leur foi, exprimer leur amour à Dieu et communier dans la ferveur et la fraternité. Pourtant, que de chemin parcouru avant d’en arriver à cette vie de dévotion.

Dans un pays sous domination coloniale, en proie à une crise à la fois morale et sociale, le défi de Mawdo Malick Sy, consistant à sortir les populations de l’ignorance et de l’obscurantisme, était immense.

L’histoire nous enseigne que Tivaouane de la moitié du 19e siècle avait hérité des « Ceddos » ou guerriers païens. Partie intégrante du Cayor encore installé dans la féodalité, cette localité d’où allait jaillir la lumière de l’Islam abritait toutes les turpitudes à dimension humaine : actes de débauche honteuse, beuveries et crimes de sang rythmaient la vie quotidienne de la population autochtone. La noblesse, alliée des colons, laissait le peuple s’enfoncer dans la déchéance. Bref, la concupiscence conquiert le peuple qui se laisse aller à la déliquescence. C’est dans cette atmosphère de crise morale que survint Mawdo Malick Sy, investi pour redonner à Dieu Son Trône et remettre les hommes, sans distinction aucune, sur la Voie droite.

Sage et pratique, il attaqua le mal à la racine et surtout là où il faisait le plus souffrir : Tivaouane. Folklore non-stop, bagarres sanglantes, scènes d’amour aussi violentes et illégitimes y avaient cours, à côté des rivières d’eau de feu qui coulaient.

L’enfer, quoi ! Oui, l’enfer. Cet homme de Dieu se proposa de faire de cette contrée sénégalaise, alors adossée au paganisme et au libertinage, un centre islamique tourné vers le paradis, par le règne absolu de la religion musulmane et de ses pratiques salvatrices. Portant la Bonne Parole, il s’attaqua à la concupiscence qui, progressivement, se mua, grâce à l’Islam et à la Tidianiya, en soumission consciente et totale en Allah. La pratique de la Sunna embellit les mœurs. Dans les différents quartiers, les « coins chauds » fermèrent leurs portes aux sentiments corrupteurs des cœurs et des âmes. L’éducation, la formation et le travail pénétrèrent les masses. Voilà tout le sens de la mission de Mawdo Malick Sy.

Un brillant intellectuel de l’époque
Né vers 1855 à Gaé (Dagana), il est l’un des brillants intellectuels de son époque et l’un des chefs religieux les plus puissants et redoutés du Sénégal. Il avait fini d’emprunter le chemin des études, parcourant beaucoup de parties du Sénégal et de la Mauritanie.

Au terme d’études aussi longues que diversifiées, auxquelles s’ajoutent l’étude du « Grand Livre du Monde » dont parle Descartes, et ses multiples voyages, Mawdo Malick Sy est devenu un authentique intellectuel, suffisamment outillé pour accomplir sa mission. Les nombreux ouvrages qu’il a consacrés au prophète Mouhammad (Psl), sa mission sur terre, sa vie et ses stratégies de quadrillage du territoire pour semer partout la bonne graine en témoignent. Il a écrit sur la Charia, démystifié des pratiques alors courantes chez certains religieux en mettant l’accent sur les vertus cardinales de l’homme de foi.

Mawdo Malick Sy était un homme de grande culture, au sens plein du mot. Il a beaucoup voyagé. Il est allé à La Mecque, en Egypte où il est resté très longtemps.
Il a été jusqu’en Chine. C’est à la suite de cette longue pérégrination à travers le monde qu’Elhadj Malick Sy est entré dans le mysticisme.
Dans ses écrits, il énumère les « clés de la maison de Dieu » qui sont, selon lui, la faim, la discrétion, la solitude et la prière. Pour s’en expliquer, il fait remarquer que « les plus grands ennemis de l’homme sont le monde, le plaisir et Satan ».

Aussi, l’homme doit-il lutter contre la faim pour combattre le plaisir des sens. La discrétion permet de contrer le bavardage inutile et les commérages. La solitude fait éviter le mélange avec la foule, lieu d’émergence des mauvais comportements. La solitude dont il parle n’est pas celle de l’égoïste, mais plutôt celle indispensable à l’action créatrice. Pour se prémunir des tentations maléfiques de Satan, Mawdo Malick Sy conseille de penser en permanence à Dieu. C’est là le sens de son mysticisme.

Qualité et quantité des œuvres
Curieusement, l’intention du Mawdo Malick n’était pas de s’installer au Sénégal. C’est d’ailleurs pourquoi il est resté très longtemps à La Mecque où il a participé à tous les débats religieux de l’époque.

Il voulait y rester pour mourir sur la terre natale du prophète Mouhammad (Psl) ». Finalement, un sage de La Mecque lui conseilla de regagner son pays et d’y propager la foi islamique.
Ce qui serait mieux faire pour la religion musulmane, le prophète Mouhammad (Psl) et Dieu, vu la situation religieuse du Sénégal de l’époque. Il suivit donc ce conseil et revint au Sénégal où il décida d’implanter son « daara ». Contre les colonialistes blancs, Mawdo Malick Sy, installé à Tivaouane en 1900, développa la stratégie de la résistance pacifique. Il a accepté de « cohabiter » en refusant de collaborer.

Sa sagesse donnait toujours du poids à ses interventions qui ont très souvent évité au pays des tragédies.  Sa stratégie de la résistance pacifique ne l’empêchait pas de dénoncer l’action démoniaque des colons.  Il opta clairement pour l’éveil des consciences. Le champ-école de Diacksao était un cadre pour délivrer un enseignement à la fois religieux, moral et même politique. D’une extraordinaire curiosité intellectuelle, Mawdo Malick Sy, abonné au journal officiel français, était un homme de son temps. Voilà quelques éléments permettant d’apprécier la dimension exceptionnelle de Mawdo Malick Sy. Sa mission : propager l’Islam et apporter, par le biais de la Tidianiya, des nourritures spirituelles au plus grand nombre. Adorateur de Dieu et serviteur du prophète Mouhammad (Psl), il a, par ses œuvres et son enseignement, servi l’Islam au Sénégal. Bref, sa vie a été très féconde, de par la qualité et la quantité des œuvres produites.

 

APS


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