Carlos Ghosn : Comment son père Jorge a échappé à la peine de mort au Liban ?

Jamais un patron n’avait autant raconté sa vie que Carlos Ghosn. Sauf que l’ancien patron de Renault et Nissan avait volontairement tu un pan essentiel de son existence : le passé de son père, Jorge Ghosn. Condamné à mort – peine qui ne sera pas exécutée – puis emprisonné de longues années.

Je raconte l’histoire de ma famille, car elle a profondément façonné ma vie et mon identité. » Voilà ce qu’écrivait Carlos Ghosn dans le deuxième article d’une série de trente, écrits à la première personne et retraçant l’ensemble de sa vie, publiés en 2017 dans « Nikkei Asian Review ».

De sa naissance au Brésil, en 1954, à son arrivée au Liban avec sa mère, à l’âge de 6 ans, de son éducation chez les jésuites à Beyrouth à son entrée en maths sup à Paris, l’ancien PDG de Renault et Nissan s’est livré comme sans doute jamais un autre patron avant lui. Autobiographie en japonais et en français, quantités de livres autorisés, un manga sur sa vie pour lequel il avait accordé vingt-quatre heures d’entretien aux auteurs, archives photographiques distribuées à foison aux rédactions…

Pour Ghosn, son histoire faisait sa force : de là, il disait tirer sa compréhension des mécanismes de mondialisation ou sa capacité à diriger des équipes multiculturelles.

Dans le storytelling de sa vie, Ghosn a toujours beaucoup insisté sur le modèle qu’était son grand-père paternel Bichara, parti sans le sou à l’âge de 13 ans des contreforts du mont Liban pour s’en aller trouver meilleure fortune au fin fond de l’Amazonie brésilienne – notamment dans le négoce de matières premières. Il a toujours beaucoup insisté aussi sur sa mère Rose, surnommé Zetta, qui a eu « une influence énorme sur sa vie ». En revanche, sur son père, baptisé « Jorge Ghosn » dans ses récits, le mentionne presque pas. 

L’Obs a dévoilé mardi soir que Georges Ghosn, le père de Carlos, avait été impliqué dans une affaire de meurtre au Liban en 1960. 

«Ce qui me stupéfie, c’est qu’il est sous les caméras depuis vingt ans et que cette histoire n’est jamais sortie.» Le regard de ce camarade de jeunesse de Carlos Ghosn se perd dans le café. Un autre: «Il ne m’en a jamais parlé. Comment aurais-je pu aborder le sujet avec lui?»

À Beyrouth, le père de Carlos Ghosn fait l’objet d’une conversation muette où regards et haussements d’épaules ont remplacé les mots depuis des années. On se passe son récit comme un signe de reconnaissance, avant un haussement d’épaules pour plaindre le fils («il a dû souffrir terriblement»), le maudire («tel père tel fils»), ou les deux.

Né au Brésil, héritier du business familial avec ses frères, le père de Carlos Ghosn a été condamné à mort et a passé de longues années en prison, révèle L’Obs. En 1960, le corps sans vie d’un prêtre du nord de Beyrouth est retrouvé sur le bord d’une route, tué de deux balles. La présence de la voiture appartenant à l’épouse de Jorge Ghosn conduit à l’arrestation de ce dernier ainsi que d’un complice. 

« Père fantôme »

Un destin sur lequel Carlos Ghosn, lui-même père de famille, ne s’est jamais livré. Même si, comme l’écrit L’Obs, « à Beyrouth, où le destin du père de Carlos Ghosn est connu de quelques personnes, il se dit qu’il est impossible de comprendre l’ancien PDG de Renault et Nissan (…) sans connaître la vraie histoire de son père« . Ses confidences aux différents médias ou dans son autobiographie se concentraient plutôt sur la figure de son grand-père paternel. 

Le Monde avait ainsi qualifié son grand-père de « véritable héros de la famille » dans un portrait consacré au PDG déchu. Le journal évoquait même un « père fantôme« . « Au fil des pages et des années, Jorge disparaît des écrans radar, comme effacé des mémoires« , écrivait Le Monde sans parvenir à savoir pourquoi. On sait désormais les raisons de ce silence.

Comment son père a-t-il échappé à l’exécution ?

Au cours des années, l’enquête n’arrivera jamais à établir qui a tiré les coups, les deux hommes s’accusant mutuellement. Ils seront finalement tous les deux condamnés à mort. Mais aucun des deux ne verra sa peine exécutée : Jorge Ghosn voit sa peine réduite, quand son complice s’est enfui en sciant les barreaux de sa cellule.

Son complice a lui aussi réussi à éviter l’exécution en s’enfuyant de sa cellule… après en avoir scié les barreaux. Un épisode dont Carlos Ghosn ne parle que très rarement. L’hommes d’affaires allant même jusqu’à éviter tout simplement d’évoquer son père… !

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