Carlos Ghosn : Dans l’intimité d’un super patron

Depuis le 19 novembre dernier, celui qui est appelé l' »imperator » est détenu par la police japonaise. Accusé de fraude fiscale et d’utilisation des fonds de l’entreprise à des fins personnelles, Carlos Ghosn n’a pas été épargné lors de sa garde à vue. Il est l’un des patrons les plus puissants de la planète. Mais qui le connaît vraiment ? 

Carlos Ghosn, soupçonné de dissimulation de revenus et de malversations à la tête de Nissan, est crédité du redressement du constructeur japonais et d’avoir bâti un géant mondial de l’automobile avec Renault et Mitsubishi. Il a été arrêté lundi 19 Novembre 2019 à Tokyo.

Âgé de 64 ans, le patron est reconnu pour avoir porté l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi au sommet de l’industrie automobile mondiale. Au Japon, Carlos Ghosn est vénéré pour avoir redressé Nissan, passé sous le contrôle de Renault en 1999. A la tête de Renault et Nissan, le chef d’entreprise a élargi en 2016 son alliance à Mitsubishi Motors, propulsant le groupe en tête des ventes d’automobiles avec 10,6 millions d’exemplaires vendus en 2017.

Sa rémunération, l’une des plus élevées parmi les patrons français, lui a valu en 2015 des accrochages avec l’État français, actionnaire à 15% de Renault. En tant que PDG de Nissan, il a touché pour la période d’avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d’euros au cours de l’époque).  Il gagne en outre plus de 7 millions d’euros par an au titre de PDG de Renault, qu’il dirige depuis 2009. Il en était directeur général depuis 2005).

En juin 2017, l’agence Reuters assurait que l’alliance réfléchissait à un système de bonus cachés pour ses dirigeants, via une société installée aux Pays-Bas. M. Ghosn avait démenti. En février 2018, M. Ghosn a accepté de baisser sa rémunération de 30%, une condition imposée par l’État afin qu’il lui apporte son soutien à sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans. Sous l’impulsion de M. Ghosn, Renault et Nissan ont été les premiers à investir massivement dans la voiture électrique, dont il est leader mondial.

Avant de partager sa vie entre deux entreprises, Carlos Ghosn Bichara (c’est son nom complet) a vécu entre plusieurs langues et cultures. Il est né au Brésil dans une famille libanaise maronite. Ses parents l’ont rapatrié à Beyrouth lorsqu’il avait 6 ans pour soigner une santé fragile. Ils l’ont inscrit à l’institut jésuite Notre-Dame dirigé par un père suédois.

À la maison, on parlait surtout français, un peu arabe, parfois portugais. Après le bac, le jeune Carlos s’est installé en France pour suivre une classe préparatoire scientifique au lycée Saint-Louis à Paris. Une fois admis à Polytechnique, il a adhéré à l’association qui organisait des dîners avec des élèves américains : « Après le repas, nous terminions la soirée dans les bars et les boîtes de nuit du Quartier latin, ce qui fait qu’il y avait plus d’étudiantes que d’étudiants à notre table », a-t-il raconté dans Citoyen du monde (Grasset, 2003, autobiographie co-écrite avec le journaliste Philippe Riès), l’une de ses très rares confidences personnelles.

Lorsqu’il est entré chez Michelin à sa sortie de l’école des Mines, c’était pour mener une carrière internationale. Directeur de la filiale brésilienne à 30 ans, patron de la division Amérique du Nord à 36, il a néanmoins compris que les Michelin n’étaient alors pas prêts à faire monter sur le trône un manager étranger à la famille, si brillant fût-il. « Petit à petit, a-t-il écrit, mon épouse a commencé à me poser des questions sur notre avenir : “Qu’est-ce que tu vas faire ? Est-ce que tu vas être numéro deux toute ta vie ?” »

Réputé pour se lever très tôt et se coucher très tard, Carlos Ghosn sera décrit en 2006 comme « l’homme qui travaille le plus durement dans le secteur brutalement compétitif de l’automobile » par le magazine Forbes. A la tête d’un empire regroupant dix marques et comptant 470.000 salariés, le chef d’entreprise a été vilipendé pour sa rémunération mais a aussi été courtisé par certains hommes politiques qui l’ont associé à leurs projets.

Il n’est pas de ces patrons qui se mettent en scène. Aussi était-ce une véritable surprise de la voir porter la flamme aux derniers Jeux olympiques de Rio (photo). Amateur de football, il y a regardé en famille la finale du tournoi qui a vu le Brésil s’imposer face à l’Allemagne.

Il dort peu. Il est capable de se lever très tôt pour aller courir seul, incognito. Il ne prend guère de vacances et dort au moins une nuit par semaine dans son jet, en transit d’un continent à l’autre. Il s’offre juste, une fois par an, un week-end dans un lieu secret avec ses trois filles et son fils, qui vivent tous aux États-Unis. Il a divorcé récemment et sa nouvelle compagne, Carole, vit aujourd’hui à New York.

Néanmoins, Rio, où vivent sa mère et ses soeurs, reste sa ville de coeur. Amateur de vin, il a investi avec des amis dans un vignoble au Liban. Une façon de mettre en avant un pays dont il reste très proche. Il jouait autrefois au bridge, mais joue de moins en moins. «L’avantage quand on est un grand patron c’est que l’on peut jouer avec de grands joueurs», dit celui qui a failli faire une partie avec Bill Gates et Warren Buffett.

 

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