Carlos Ghson de nouveau arrêté au Japon, Voici pourquoi …

Ce jeudi matin, plus d’une dizaine d’hommes du bureau du procureur se sont présentés au pied de l’immeuble où Carlos Ghosn vit depuis sa libération sous caution le 6 mars. Peu après, ils l’ont placé dans un véhicule, dont les fenêtres avaient été obstruées par des rideaux gris, pour le conduire vers les locaux du parquet dans le centre de Tokyo.

Les rumeurs se sont avérées justifiées. Ce jeudi matin peu avant 6 heures, plus d’une dizaine d’hommes du bureau du procureur se sont présentés au pied de l’immeuble où Carlos Ghosn vit depuis sa libération sous caution le 6 mars. Ils étaient attendus par des dizaines de journalistes qui guettaient leur arrivée depuis l’aube. Et après plusieurs dizaines de minutes dans le petit appartement, ils ont placé Carlos Ghosn dans un véhicule, dont les fenêtres avaient été obstruées par des rideaux gris, pour le conduire vers les locaux du parquet dans le centre de Tokyo.

Déjà mis en examen à trois reprises depuis son arrestation le 19 novembre, l’ancien patron de Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, qui a déjà fait 108 jours de détention, devait ensuite être présenté au procureur pour se voir signifier une quatrième mise en accusation. A la mi-journée, il était toujours dans les locaux du parquet et son placement en détention, qui nécessite d’être validée par un autre juge, n’avait pas été encore annoncé.

Budgets marketing énormes

Les médias nippons affirment que cette arrestation a été ordonnée dans le cadre d’une  enquête portant sur des virements suspects effectués par Nissan mais également Renault vers un distributeur des voitures des deux marques installé à Oman au Moyen-Orient.

Selon nos informations, le parquet s’interroge sur la légitimité de budgets marketing énormes alloués pendant sept années consécutives à cette entreprise Suhail Bahwan Automobiles (SBA). Le parquet soupçonne Carlos Ghosn d’avoir ordonné des transferts de plusieurs millions de dollars par le biais de la « CEO Reserve » de Nissan qui n’était normalement mobilisée que pour des dépenses à caractère exceptionnel, ne pouvant pas avoir été budgétées par les différentes filiales régionales du constructeur.

Des transferts similaires auraient été organisés, sur moins d’années, depuis la réserve du président chez Renault. L’enquête évoque 35 millions de dollars déplacés depuis Nissan et près de 10 millions depuis les comptes du constructeur français.

Abus de confiance aggravés

Pour le procureur, SBA aurait ensuite de nouveau transféré, par le biais d’un intermédiaire, l’essentiel de ces sommes, allouées théoriquement pour des opérations marketing, vers une entreprise au Liban, contrôlée par un ami avocat de Carlos Ghosn aujourd’hui décédé.

Cette entité libanaise, Good Faith Investments, a été identifiée dans l’achat en 2015, par une structure basée aux Iles vierges britanniques, d’un yacht luxueux, de plus de 12 millions de dollars. Or, assure l’accusation, ce bateau (un Navetta 37) baptisé « Shachou » – « patron » en japonais – a ensuite été utilisé par Carlos Ghosn et ses proches. Par ailleurs, GFI aurait effectué des investissements dans la société Shogun, une start-up cofondée en Californie par Anthony Ghosn, le fils du dirigeant franco-libanais.

Pour les procureurs, tous ces mouvements correspondraient, dans le droit pénal nippon, à des « abus de confiance aggravés » et justifieraient pleinement une nouvelle mise en accusation.

Complot

Dans les minutes qui ont suivi son arrestation, Carlos Ghosn a fait diffuser un communiqué de presse où il clame de nouveau son innocence et explique que cette affaire fait partie du complot monté par Nissan, qui cherchait, selon lui, depuis des mois à l’écarter de la direction du groupe. « Mon arrestation ce matin est révoltante et arbitraire. Elle fait partie d’une nouvelle manoeuvre de certains individus chez Nissan qui vise à m’empêcher de me défendre en manipulant les procureurs », écrit-il. « Pourquoi venir m’arrêter alors que je n’entravais en rien la procédure en cours sinon pour me briser ? », dit encore l’ancien président de l’alliance Renault-Nissan, qui rejette toutes les accusations portées contre lui.

Redoutant une arrestation imminente, Carlos Ghosn avait annoncé, mercredi midi, qu’il tiendrait une  grande conférence de presse le 11 avril à Tokyo . « Je me prépare à dire la vérité », avait-il tweeté dans un compte créé pour l’occasion. Il semble toutefois probable que cette promesse d’une intervention publique correspondait plutôt à une campagne de communication anticipant une nouvelle interpellation. L’objectif étant de nourrir la thèse d’un complot. Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes faisaient d’ailleurs, ce jeudi matin, le lien entre sa promesse de vérité et son arrestation soudaine.

« Justice de l’otage »

Dans la matinée, son avocat japonais s’est déclaré scandalisé par cette nouvelle arrestation et a dénoncé une nouvelle opération de « justice de l’otage ». Pour lui, cette nouvelle interpellation viserait à casser moralement son client afin de l’inciter à avouer l’ensemble des charges avancées contre lui par le parquet.

Jusqu’ici, Carlos Ghosn faisait face à trois mises en examen. Deux concernent les compensations qu’il avait « omis » de déclarer dans des rapports remis chaque année par Nissan aux autorités boursières nippones. Et une troisième porte sur sa gestion, après la crise financière de 2008, de contrats de swaps de devises qu’il avait contractés personnellement mais qui s’étaient retrouvés garantis temporairement, dans des conditions floues, par Nissan.

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