Cerné de tout bord, Theresa May doit désormais faire face aux menaces de 11 ministres de son propre cabinet

ROYAUME UNI – Le conseil des ministres, qui doit se réunir ce lundi matin, s’annonce à haut risque pour la Première ministre, Theresa May. Onze ministres ont réclamé son départ. Et menacé de démissionner en bloc si elle refusait.

Un million de personnes ont défilé samedi dans les rues de Londres pour réclamer un deuxième référendum sur le Brexit. Et Cinq millions de personnes ont signé, depuis mercredi, une pétition en ligne réclamant le maintien du pays dans l’Union européenne. Mais ce ne sont pas les seuls vents de contestation auxquels a dû faire face ce week-end Theresa May. Car la révolte grondait dimanche chez les députés de son propre camp, et jusqu’au sein même de son gouvernement, pour obtenir sa tête.

Le conseil des ministres qui doit se réunir ce lundi matin pourrait être à haut risque pour la Première ministre. Selon le « Sunday Times », onze ministres ont réclamé son départ. Et menacé de démissionner en bloc si elle refusait.

Poulet sans tête

Leur objectif était de la remplacer par un Premier ministre par intérim. Son bras droit europhile David Lidington aurait reçu le soutien d’au moins six ministres. Le « Mail on Sunday » évoquait aussi le nom du Brexiter Michael Gove, actuellement ministre de l’Environnement.

Le premier a néanmoins indiqué dimanche ne pas être intéressé, tandis que le second disait continuer de la soutenir. Quant au ministre des Finances Philip Hammond, il a averti que changer de leader au beau milieu du gué n’aiderait pas le pays à sortir de l’ornière.

Pour déminer le terrain, les conservateurs hard Brexiters Boris Johnson (ex-ministre des Affaires étrangères), Dominic Raab (ex-ministre du Brexit) et Jacob Rees-Mogg (chef de file des eurosceptiques au Parlement) ont aussi été conviés, dimanche après-midi, dans la maison de campagne de la Première ministre à Chequers, pour participer à une réunion de crise.

L’offensive intervient à un moment de grande fragilité pour la Première ministre, qui depuis quelques jours fait penser à un poulet sans tête, zigzaguant en tous sens sans savoir où il va.  Alors qu’elle devait pour la troisième fois soumettre au Parlement , mardi ou mercredi, l’accord de retrait conclu fin novembre avec Bruxelles, elle a suggéré, dans une lettre écrite vendredi aux députés, qu’elle ne le ferait pas « s’il apparaît qu’il n’y a pas suffisamment de soutien pour l’approuver ». Donnant une nouvelle fois l’impression d’hésiter, voire de reculer.

Discours contre-productif

A la veille du sommet de Bruxelles où  elle a obtenu un report du Brexit jusqu’au 12 avril au moins, elle a fini de cabrer les députés en prononçant mercredi soir  un discours télévisé aux accents populistes, où elle rejetait sur eux la responsabilité de l’impasse actuelle. Une manière, pensait-elle, d’accroître encore la pression pour arracher leur feu vert à son accord de retrait. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit : non seulement elle les a rendus furieux, mais elle a donné elle-même l’impression de craquer. Certains se sont indignés qu’elle joue le peuple contre ses représentants, à un moment déjà délétère où de nombreux élus font l’objet de lettres d’insulte ou de menace, qui font craindre pour leur sécurité.

La dirigeante conservatrice a aussi aggravé la défiance en menaçant il y a dix jours de réclamer à Bruxelles un report long si les députés n’approuvaient pas son « deal »… avant de se rétracter quelques jours plus tard, en jugeant finalement « inacceptable » de demander un tel délai. Un report long obligerait en effet le Royaume-Uni à organiser des élections européennes à la fin mai. Une perspective peu enviable, qui a conduit plusieurs ministres, pour l’en dissuader, à menacer de démissionner.

Solutions alternatives

Le simple fait de demander un délai a ulcéré certains « Tories ». L’un d’entre eux, Peter Bone, l’a ainsi accusée, mercredi au Parlement, d’avoir « trahi le Peuple britannique » en repoussant la date du 29 mars. Elle avait pourtant promis aux Communes de la respecter à 108 reprises !

Theresa May devra-t-elle lâcher du lest pour survivre à ce vent de révolte ? Soumettra-elle son accord de Brexit aux députés dès cette semaine ? Les jours qui viennent promettent d’être agités. Si l’accord de novembre devait finir à la poubelle, le jeu pourrait en tout cas s’ouvrir, cette semaine, quant aux modalités du Brexit. Plusieurs élus dont le conservateur Nick Boles ont prévu de mettre au vote ce lundi un amendement rendant la main au Parlement, dès mercredi, pour départager les différents scénarios alternatifs. Celui consistant à laisser à terme le Royaume-Uni dans une Union douanière avec l’UE pourrait revenir sur le devant de la scène.

Source : Les Echos

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