C’EST OFFICIEL ! L’A380 ne sera plus produit à partir de 2021, près de 3500 postes en jeu

Une page se tourne pour Airbus. Le constructeur  aéronautique  européen annonce, jeudi 14 février, l’arrêt de la production de son gros porteur A380. Les dernières livraisons auront lieu en 2021.

Fin de course pour l’A380: concluant ses discussions avec la compagnie aérienne Emirates, ce jeudi matin, le constructeur Airbus a annoncé la fin de la production de son avion star, l’A380, dont les livraisons cesseront en 2021. Cette décision intervient à la suite d’un accord sur la flotte de très gros porteurs A380 conclu entre les deux acteurs: Emirates va réduire sa commande de 39 appareils A380, et devrait recevoir une dernière livraison en 2021. En échange, elle a commandé 40 A330neo et 30 A350, un contrat d’une valeur de 21,4 milliards de dollars. Dans la foulée, la direction d’Emirates a expliqué être «déçue» de devoir convertir sa livraison d’A380, mais que l’avion resterait un «pilier de sa flotte» jusqu’en 2030 au moins.

Selon plusieurs sources internes, cet appareil n’est plus considéré comme adapté au marché actuel des long-courriers. Les compagnies aériennes ont en effet quasiment tiré un trait sur les avions dotés de quatre réacteurs, pour leur préférer des biréacteurs tels que l’Airbus A350, ou les Boeing 787 ou 777, qui possèdent le même rayon d’action que l’A380.

3.000 à 3.500 postes susceptibles d’être affectés

L’avionneur indique qu’il « engagera des discussions avec ses partenaires sociaux dans les semaines à venir concernant les 3.000 à 3.500 postes susceptibles d’être affectés par cette décision dans les trois prochaines années ». Mais selon le constructeur, « l’actuelle montée en cadence (de production) de l’A320 et la nouvelle commande de gros-porteurs d’Emirates offriront de nombreuses possibilités de mobilité interne. »

Cette décision était attendue, alors que le sort de l’A380 était lié à la décision l’an dernier de la compagnie du Golfe d’acquérir 36 A380 supplémentaires, ce qui donnait à Airbus « une visibilité pour au moins les dix ans à venir », avait assuré Tom Enders à l’époque.

Mais Airbus ne s’était pas caché qu’en l’absence de cette commande, le programme était voué à s’arrêter. « Très honnêtement, si nous n’arrivons pas à un accord avec Emirates, il n’y aura pas d’autre choix que d’arrêter le programme », avait déclaré avant l’annonce de cette commande, l’ex-directeur commercial d’Airbus, John Leahy. Emirates est de loin la principale cliente du Super Jumbo, avec 178 appareils commandés dont plus d’une centaine a déjà été livrée. Au total, l’A380 a été commandé à 321 exemplaires, selon le site internet d’Airbus.

IAG voulait une baisse des prix pour commander

L’A380 doit beaucoup à Emirates, qui lui avait déjà redonné de l’oxygène en novembre 2013, en passant une nouvelle commande XXL pour 50 A380, lors du salon aéronautique de Dubaï. En 2015 et en 2018, l’avenir du programme était à nouveau suspendu à la signature d’une nouvelle commande d’Emirates. Entre-temps, Airbus avait engrangé très peu de nouveaux contrats pour son avion star. Depuis des années, le constructeur avait espéré séduire les compagnies chinoises et avait organisé plusieurs grandes campagnes commerciales. Seule China Southern, qui vient de signer un accord de partage de code avec Emirates, est montée à bord du superjumbo.

Début février 2019, une bonne nouvelle semblait possible en Europe. Willie Walsh, le président d’IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus et Level) a confirmé son intérêt pour l’A380 dont le groupe exploite 12 exemplaires. IL doit prochainement donner un successeur à ses vieux Boeing 777. L’A380 est l’avion idéal à opérer sur un aéroport aussi saturé que Heathrow. Mais Willie Walsh veut un meilleur prix. «Airbus n’a pas été capable de nous donner un meilleur prix jusqu’à présent. Il doit se monter plus agressif commercialement», a expliqué le dirigeant britannique. L’avionneur n’est guère en position d’imposer son tarif catalogue – plus de 400 millions de dollars – et consent déjà de gros rabais. Mais le client est, ici, en position de force.

Aujourd’hui, le carnet de commandes est assez maigre: comme elle l’avait annoncé en 2016, Qantas a annulé, la semaine dernière, le solde de sa commande de 2006. Soit 8 appareils sur un total de 20 commandés. Airbus a désormais moins de 80 A380 à livrer. Or, d’autres annulations sont anticipées , notamment 20 A380 commandés en 2017 par le loueur américain Amedeo. Airbus s’est adapté à la situation en abaissant les cadences. La chaîne d’assemblage de l’A380 tourne au ralenti, à raison de 6 appareils par an.

400 millions de pertes par an

Alors que le Boeing 747 fête cette année ces cinquante ans, l’A380 risque de ne jamais sortir de l’enfance, avec ses 12 ans d’exploitation au compteur. L’avion a été mis en service, pour la première fois, par Singapore Airlines, sa compagnie de lancement, en octobre 2007. Quelques années plus tôt, Airbus qui n’était alors qu’un avionneur régional, avait épaté le monde entier en décidant de lancer un avion à double pont intégral, prévu pour transporter jusqu’à 800 passagers.

Présenté comme un avion star – l’appareil avait été reçu sur le plateau de Michel Drucker – , ses concepteurs et surtout ses vendeurs ont fait rêver en inaugurant une nouvelle façon de voyager. Mais le développement de l’appareil a été chaotique. Le programme a connu retards et surcoûts en raison de problèmes d’industrialisation, en particulier de câblage dans les usines de Hambourg. La crise de l’A380 a explosé au milieu des années 2000 . Sauvé in extremis, l’avion de tous les superlatifs aurait coûté, selon de bonnes sources, 30 milliards d’euros au total à Airbus. Et, malgré tous les efforts de rationalisation mis en œuvre, compte tenu d’une production trop faible, le programme génère chaque année 400 millions de pertes.

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