CONDÉ, Le Soldat Solitaire (Par Cébé)

Quand le 28 Septembre 1958, un obscur instituteur africain d’origine guinéenne, nommé Hameth Sékou Touré, initia et imposa un «NON» franc, massif, catégorique, au chantage de De Gaulle, qui voulait continuer à maintenir l’Afrique dans les liens de la dépendance à la France ; une colonisation «soft» qui allait servir de cadre à une nouvelle histoire du «maître et de l’esclave», il ignorait qu’il allait ouvrir des pages aux visages et destins tragiquement kaléidoscopiques.

Le «Général résistant» (De Gaulle), qui organisa de l’extérieur de l’Hexagone la résistance de son peuple, oublia son histoire de dignité et de refus pour tenter de maintenir les anciennes colonies dans des liens de dépendance avec et dans un empire condamné par l’Histoire à une irréversible extinction.

La Guinée et Sékou Touré, en tant que points de repères d’un projet historique nouveau, endossèrent l’armature (l’habit ?) de « guides » autoproclamés à leur corps défendant.

La Guinée ne rêvait pas de jouer le rôle d’avant-garde à la tête d’une Afrique à l’assaut des fers symbolisant cet esclavage et, Sékou Touré, n’avait certainement pas cerné tous les enjeux et risques de sa «folle impertinence» à l’égard  d’un «Maître» toujours plein de morgue envers ses colonies, malgré la déculottée  subie durant les «deux Grandes Guerres».

Pour survivre à cet acte de rébellion envers l’ancien maître, Sékou Touré devait rallier à sa cause, d’autres pays africains qui tanguaient entre soumission, résignation et veulerie de vaincus avant d’avoir livré bataille.

La fausse-vraie théorie de la forteresse assiégée s’installa dans l’esprit perturbé de Sékou Touré par une politique de «destruction totale» menée par la France à l’égard des ces rebelles impénitents et mauvais penseurs.

La défense de la patrie (forteresse) assiégée justifia la chasse, voire la guerre totale contre tous ceux qui pensaient que la résistance à l’étouffement exercé par la France sur la Guinée, ne justifiait pas la politique de la terreur en œuvre dans la première «République libre» de l’Afrique francophone.

Il y a dans la nature humaine un gène spécifique, un marqueur fondamental qui résiste à la mort. Ils peuvent prendre la forme d’une floraison culturelle qui exprime la résistance nationale. La Guinée de Sékou Touré enfanta des milliers de Bembeya jazz, d’écrivains, de sportifs ; de militants, s’imposa comme repères de tous les damnés de la terre qui rêvaient de liberté. Un kaléidoscope de panafricains, un Etat qui voulait incarner un futur africain rêvé.

Pour célébrer les 60 ans d’indépendance et non comme le disent les affiches les «60 ans de la Guinée» comme si le pays n’exista qu’à partir de cette date qui, somme toute, n’est qu’un dateur historique, dans une histoire humaine et géographique plus ancienne que l’intermède colonial.

Le président Alpha Condé, fait partie des premiers touions d’une armée en construction. Il admira et idolâtra le «Messie» Hameth avant de s’en éloigner, et de s’éloigner complètement du pays comme des milliers, voire des millions de Guinéens.

, formé, moulé, forgé dans le magma géniteur du rêve panafricain, le président guinéen est sans doute aujourd’hui, un des derniers spécimens de cette génération qui abhorraient les frontières et rêvaient d’une Afrique sans frontières, ni institutions étriquées de micro-nations aux peuples imbriqués, métissés, riches cependant d’altérités assumées et jamais stigmatisées.

Aujourd’hui, en portant le panafricanisme, voire une certaine idée du panafricanisme, comme un sacerdoce éculé, voire une relique d’un passé enseveli, le président Condé, joue au général sans troupes, qui rêve pourtant de relèves improbables.

Faisant partie de la race de ceux qui ne renoncent jamais et emporteront leurs convictions dans la tombe, «Alpha» comme on l’appelle avec une affection…intime, l’homme, qui accepte d’endosser l’entière histoire de la Guinée («j’assume», martèle- t-il), refuse de procéder à un inventaire nécessaire d’une histoire qui ne peut absolument pas être assumée telle quelle.

Mais c’est tout l’homme : tragiquement entier. Entièrement martyr d’une histoire qu’il a pourtant tenté en vain, de fléchir la détestable inclinaison à la répression et à l’ensevelissement des libertés de cohortes de « réactionnaires » et autres « mauvais penseurs ».

60 ans après, la Guinée et les guinéens sont fiers de leur pays, du « leader » paradoxal que fut Hameth Sékou Touré. Un patriotisme qui frise le dangereux nationalisme véhiculé par des groupuscules au passé idéologique nauséabond.

Tout compte fait, Alpha Condé donne à voir (horrible expression) comme le dernier des survivants  d’un passé en dissolution.

Le vieux soldat des causes aujourd’hui menacées, cherchent désespérément,  dans notre continent idéologiquement explosé, de nouveaux relayeurs dans cette lutte pour le maintien d’abord, et le réveil ensuite, du vieux et toujours actuel panafricanisme.

Un jeune confrère à qui je faisais la leçon panafricaniste, m’a regardé comme si j’avais dit une incongruité, puis a lâché : «doyen, laissez-nous notre histoire». Je ne lui ai pas demandé quelle était leur histoire (par peur sans doute de la réponse), ni si celle-ci s’écrivait en majuscules ou pas…Et en vérité, je m’en foutais complètement.

Par contre, je m’inquiète grave (comme disent les ados aujourd’hui) de l’avenir d’une certaine idée …du panafricanisme. Et quand l’idée se transformera telle en réalité, comme disait l’autre.

La question est : la révolution informatique et des réseaux sociaux, aura-t-elle raison de nos «vieilles» convictions idéologiques ?

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