Convocation de Macron : quand des présidents marionnettes nous dirigent

Si Macron convoque les chefs de l’Etat des pays du G5-Sahel à Pau, c’est parce que la France a longtemps assuré la sécurité de ses anciennes colonies. Pendant ce temps, les dirigeants africains se lancent dans des dépenses de prestige et acceptent d’être les marionnettes de la France. À quand l’affranchissement ? À quand le jour où nous assurerons notre propre sécurité ?

Selon les estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), en 2018, nous Africains, aurions dépensé 40,6 milliards de dollars en sécurité, soit 8,4 % de moins par rapport à l’année précédente. En plus de cela, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Libye ont dépensé plus que les 45 pays de l’Afrique subsaharienne. Il faut noter que l’Egypte n’a pas été inclue, car elle a été catégorisée au Proche-Orient.

La France utilise l’héritage d’un passé colonial pour se permettre d’être présente en Afrique. Les accords de défense ont été utilisés pour justifier l’ingérence militaire dans ses anciennes colonies. Les différentes interventions militaires sont établies sur des conventions bilatérales qui autorisent le déploiement de troupes françaises en Afrique.

Accord de défense ou missions onusiennes, la France peut toujours se justifier de manière légale sur sa présence en terre africaine.

La France a 1450 soldats à la base Djiboutienne, qui est un point d’appui à tous les navires de guerre. La seconde base la plus importante est celle de Côte d’Ivoire avec 900 soldats, puis le Gabon et le Sénégal avec 350 soldats dans chaque base. Quant à la force Barkhane, érigée par la France depuis 2014, elle compte 4 500 soldats, pour soutenir les cinq pays du Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad. Que gagne la France à ériger des bases temporaires et ou permanentes en Afrique ?

Les accords de défense signés avec les anciennes colonies, ne contiennent-ils pas d’autres secrets ?

Dans son livre blanc, la France nous informe que « l’intervention extérieure de nos forces s’inscrit dans un triple objectif : assurer la protection de nos ressortissants à l’étranger, défendre nos intérêts stratégiques, comme ceux de nos partenaires et alliés, et exercer nos responsabilités internationales. Dans cette logique, la France entend disposer des capacités militaires lui permettant de s’engager dans les zones prioritaires pour sa défense et sa sécurité : la périphérie européenne, le bassin méditerranéen, une partie de l’Afrique – du Sahel à l’Afrique équatoriale -, le Golfe arabo-Persique et l’océan indien. Ces capacités lui permettent d’apporter sa contribution à la paix et à la sécurité internationale dans d’autres parties du monde. »

Une décolonisation inachevée

Ayant maintenu depuis longtemps ces bases militaires permanentes en Afrique – en Côte d’Ivoire, à Djibouti, au Gabon, et au Sénégal. Il existait de facto une cinquième base constituée du déploiement opérationnel à long terme au Tchad (opération Épervier au Tchad depuis 1986). Les questions d’assise dans les quatre États d’Afrique continentale sont régies par des accords de défense bilatéraux, qui incluent certaines dispositions obligeant la France à défendre ces États contre les agressions extérieures.

En Côte d’Ivoire, le statut de la base française était dû à l’instabilité en Côte d’Ivoire et de ses caractéristiques nettement anti-françaises. Les Français avaient alors déclaré qu’ils ne resteraient pas dans des endroits où ils ne sont pas voulus et l’ex-président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, avait même indiqué qu’il ne s’opposerait pas à un départ de la France. Avant le conflit de 2002 qui divisait le pays, la présence militaire de la France était d’environ 550 soldats. Une fois que la crise a commencé, les Français ont renforcé leur présence sous la forme de l’opération Licorne, d’environ 2 000 soldats, qui avait pour but de soutenir la mission de maintien de la paix de l’ONUCI. L’opération Licorne a en effet compensé la présence permanente de la France en Côte d’Ivoire.

La base de Djibouti est la plus grande de France en Afrique, avec à un moment presque 3 000 soldats, mais ce chiffre est de 1 450 en 2019. Ils peuvent opérer en mer, sur terre et dans les airs. Ces forces utilisaient deux installations, à Djibouti et à Arta et comprenaient deux régiments d’infanterie, un bataillon d’hélicoptères, des forces spéciales de l’armée, des commandos de la marine et un élément naval. Les forces françaises à Djibouti servaient principalement à soutenir l’accord de défense bilatéral. La France a fourni des renseignements et un soutien logistique et médical aux forces djiboutiennes lors du différend frontalier opposant le Djibouti à l’Érythrée. En outre, la base sert de point de pré-positionnement pour une intervention au Moyen-Orient et en Afrique.

Au Gabon, la base française de Libreville comptait environ 800 soldats, dont un élément aérien (deux C 130 et un hélicoptère) et une unité de forces spéciales équipée d’un hélicoptère. Ce chiffre est de 350 en 2019. Durant l’incursion des rebelles en février 2008, deux compagnies de parachutistes stationnées au Gabon ont été envoyées au Tchad.

Au Sénégal, la base française de Dakar comptait environ 1 150 soldats, dont un bataillon d’infanterie et des unités aériennes et navales. Ce chiffre est de 350, car la base française au Sénégal est beaucoup moins axée sur les opérations que la base gabonaise.

Au Tchad, les Français ont déployé l’opération Épervier sur une base temporaire depuis 1986, en réponse à la provocation libyenne dans la région. Compte tenu de sa longévité, il est devenu de facto une base permanente, mais ce statut ne lui avait jamais été accordé. La présence militaire française a fourni un soutien au régime de Deby ainsi qu’au régime de Bozizé en République Centrafricaine, impliquant parfois des opérations de combat contre des groupes rebelles. L’appui au combat a, en principe, cessé sous le président Sarkozy, qui avait ordonné, dans le cadre de sa politique de partenariat égal entre la France et l’Afrique, que les troupes françaises ne tirent plus sur des Africains.

Environ, presque 1 300 soldats ont servi dans l’opération Épervier, une force opérationnelle de l’armée composée de quatre compagnies d’infanterie, six F1 de Mirage, quatre hélicoptères Puma, un ravitailleur C 135 et trois avions de transport C 160. Presque 1 700 soldats français supplémentaires ont participé à l’opération de maintien de la paix de l’Union européenne déployée au Tchad.

Les Français maintenaient aussi une mission navale permanente dans le golfe de Guinée, l’opération Corymbe, généralement avec deux navires en patrouille, qui permet de réagir rapidement aux crises, de protéger les intérêts pétroliers français et de soutenir les opérations de maintien de la paix en cours. En outre, les Français ont déployé des forces militaires sur une base ad hoc ailleurs en Afrique. Par exemple, des unités militaires françaises ont été déployées au Togo pour soutenir l’opération Licorne en Côte d’Ivoire et les forces françaises ont aussi participé à des opérations en RDC et au Rwanda, sous mandat de l’ONU. Au total, si l’on exclut les forces françaises stationnées à la Réunion, on pouvait compter plus de 10 000 soldats français déployés en Afrique subsaharienne.

Nouvelle politique déguisée

La nouvelle politique africaine de la France pourrait avoir son impact le plus immédiat sur la présence militaire de la France en Afrique. La France a changé sa stratégie et a fusionné sa présence militaire en Afrique en deux pôles, l’un sur l’océan Atlantique et l’autre sur l’océan indien. L’autre priorité a été la renégociation des accords de défense conclus par la France avec huit pays africains, qui contenaient des dispositions obsolètes de l’ère coloniale. Bien avant que Nicolas Sarkozy ne prenne le pouvoir, il estimait que les relations devaient être révisées en réponse à la mondialisation, aux changements de circonstances et au déclin des périodes coloniales. Les relations devaient être plus transparentes et de mener des relations d’affaires. La France pensait qu’il était nécessaire de procéder à des changements organisationnels en liaison avec sa nouvelle politique.

Cette nouvelle politique prévoit une réduction et une consolidation de la présence militaire de la France pour l’aligner plus étroitement sur les structures régionales africaines, des relations plus économiques remplaçant le modèle France-Afrique, des rôles plus larges de l’UE et de l’ONU et des attentes accrues en termes de transparence, bonne gouvernance et résultats des Africains bénéficiaires de l’aide française. Alors que les avantages de France-Afrique ont permis à ce modèle de perdurer pendant des décennies, son importance s’est affaiblie au fur et à mesure que l’ère coloniale s’éloigne et que les coûts politiques et économiques pour soutenir la France des anciennes colonies sont devenus plus difficiles à supporter.

En modernisant et en normalisant les relations avec l’Afrique, les Français risquent de perdre de l’influence tout en réduisant un certain nombre de charges. C’est un compromis qu’ils croient qu’ils doivent faire, et ils sont convaincus que la France, engagée dans ces nouvelles conditions avec les Africains, constituera un partenaire attrayant capable de maintenir les relations anciennes et d’en cultiver et entretenir de nouvelles sur le continent.

Malgré tous ces nouveaux accords signés et ce désir de changer les relations avec ses anciennes colonies, on voit toujours une présence de la France en Afrique. Doit-on comprendre par cela qu’il y a des non-dits dans les accords de défense ? Pourquoi la France qui traverse des moments de turbulences économiques, se permet-elle de dépenser des milliards pour assurer la sécurité de ses anciennes colonies ? Dirigeants africains ou marionnettes de la France, celui qui paie les violons choisit la musique !

Mohamed Dia


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom