COP24 : Un accord de compromis finalement trouvé, les règles d’application de l’accord de Paris adoptées

La conférence, qui s'est achevée avec plus de 24 heures de retard sur le planning prévu, n'a en revanche pas donné lieu à de nouveaux engagements des Etats.

Le coup de marteau du président a été accueilli par une standing-ovation. Les délégués de quelque 200 pays réunis à la COP24 de Katowice ont adopté samedi 15 décembre une série de règles permettant de mettre en œuvre l’accord de Paris contre le réchauffement climatique de 2015.

La communauté internationale a adopté samedi soir, à Katowice (Pologne), l’accord de la 24e Conférence Climat de l’ONU, appelée COP24. Un texte technique, qui ne satisfait pas grand monde.

Un accord déjà critiqué

La conférence, qui s’est achevée avec plus de 24 heures de retard sur le planning prévu, n’a en revanche pas donné lieu à de nouveaux engagements des Etats à relever prochainement leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre, insuffisants à ce stade face aux dérèglements du climat. Il y a quelques semaines, les scientifiques du Giec tiraient la sonnette d’alarme: dans un monde à +2°C, objectif minimal du pacte climatique de 2015, les impacts seraient bien plus importants que dans un monde à +1,5°C, limite idéale de l’accord.

Mais pour rester sous +1,5°C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de près de 50% d’ici 2030 par rapport à 2010, alors que les engagements actuels des Etats annoncent un monde à +3°C avec son lot de tempêtes, sécheresses, inondations… Sans surprise, l’accord a été rapidement critiqué par les ONG environnementales. Dans un communiqué, l’antenne française de Greenpeace dénonce le « triste spectacle d’une incompréhension entre des pays qui défendent leurs intérêts économiques et industriels, et des pays vulnérables qui jouent leur survie ». L’ONG regrette qu’un « fossé se creuse dangereusement entre la réalité du changement climatique et l’action politique ».

Qu’est-ce que la COP24 ?

Sur une centaine de pages, c’est le mode d’emploi qui doit permettre aux pays signataires de l’accord de Paris (COP21), signé en décembre 2015, de le mettre en application et, surtout, de suivre la réalité des avancées mises en œuvre par les Etats. C’est pourquoi la négociation était tout à la fois technique et politique. Il a fallu trois ans de travail, puis treize jours et nuit d’intenses négociations. Pour finalement signer samedi à 22 heures cet accord, alors que la Conférence devait s’achever vendredi en fin de journée.

Que contient l’accord ?

Le texte détaille un suivi des engagements de réduction de gaz à effets de serre. Plus de 160 pays ont déposé des engagements depuis 2015. Les autres doivent le faire d’ici 2020. A partir de cette date, ces engagements nationaux devront être mis à jour tous les cinq ans.

Les règles d’application précisent comment compter les émissions, et ce à partir de 2024, et quoi compter, en suivant les directives du Giec. Un bilan mondial des efforts est prévu tous les cinq ans à partir de 2023.

Pourquoi est-ce un texte de « compromis » ?

L’accord insiste sur l’urgence d’une ambition accrue, mais il n’y a aucun calendrier à l’appui d’objectifs posés. Comme si rien n’avait bougé depuis trois ans. Le Giec, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, attendait pourtant des 200 pays participants qu’ils révisent à la hausse, d’ici 2020, leur engagement de réduction des gaz à effet de serre.

« Dans les circonstances actuelles, continuer à construire notre bâtiment est déjà une réussite », a excusé la ministre espagnole de l’Environnement Teresa Ribera. « Le chemin est encore long et difficile mais nous sommes maintenant collectivement mieux armés pour le parcourir », a jugé de son côté le ministre pour la Transition écologique François de Rugy.

Les ONG environnementales sont évidemment consternées. Ne pas essayer de contenir la hausse générale des températures, c’est garder la planète dans un état de fièvre. Et cette « maladie » ne peut que causer des tempêtes, des inondations, des sécheresses, des vagues d’exil… « Vous ne pouvez pas vous réunir après ça, et dire que vous ne pouvez pas faire plus ! », a tempêté Jennifer Morgan, de Greenpeace. Les petites îles, menacées de submersion avec la fonte des pôles et la montée du niveau de la mer, sont reparties déçues. « On ne peut pas menacer ou forcer qui que ce soit à faire ce que l’on veut », a souligné le Premier ministre fidjien, Frank Bainimarama.

Pourquoi les grands en prennent pour leur grade ?

En dépit de la présence de la secrétaire d’Etat Brune Poirson (François de Rugy avait fait le déplacement la semaine dernière, pour une journée), la France n’a pas brillé trois ans après l’accord de Paris, l’Europe s’est montrée absente. La Pologne, pays hôte, a défendu bec et ongles son industrie du charbon, un comble. Les Etats-Unis, qui ont décidé de quitter l’accord de Paris, continuent à défendre les énergies fossiles. Avec l’Arabie saoudite et la Russie, ils ont empêché que les conclusions du Giec – visant à sonner l’alarme sur le réchauffement climatique — ne soient inscrites comme « accueillies favorablement » dans l’accord.

La Turquie a tenté de passer de donneur de financements à receveur. Quant au Brésil, il a fait retarder à la prochaine COP l’adoption de règles sur les mécanismes d’échange de quotas d’émissions carbone, qui devaient empêcher que des réductions ne soient comptées deux fois.

Quelques pays seulement en sortent grandis

Atelier du monde, donc énorme pollueur, la Chine a, semble-t-il, agi avec pragmatisme et « est passée à la vitesse supérieure », a salué la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna. La Norvège, l’Allemagne et la Banque mondiale ont annoncé une hausse de leur contribution au Fonds vert, l’aide destinée aux pays pauvres du Sud.

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