COP25 – Au Sénégal, des vies brisées par la montée des eaux : « Notre monde est un désastre »

À l’occasion de la COP25 à Madrid, Europe 1 a consacré cinq reportages sur cinq continents pour illustrer les conséquences du changement climatique. Pour ce quatrième volet, direction le Sénégal et la région de Saint-Louis, où les populations sont condamnées à fuir leurs villages devant la montée des eaux.

Ameth accoste avec sa pirogue, comme s’il arrivait sur une simple plage. Il ne sourcille pas. Pourtant, à peine a-t-il posé le pied sur le sable qui borde cette portion de mer des environs de Saint-Louis, à plus de 200 kilomètres au nord de Dakar, qu’il s’accoude à un vieux morceau de bois planté là comme un repère. Et d’où il décrit son monde englouti : « Vous voyez, je me trouve vraiment au bord de l’eau. Il n’y a que du sable mais c’est là que se trouvait ma maison », raconte-t-il à Europe 1.

« Cinq mètres plus loin, c’était la maison de mon père. Quand la marée est basse, on voit les ruines », poursuit ce Sénégalais. « Et l’arbre qui dépasse là, à 20 mètres du bord, c’était notre arbre à palabres : la place publique où on se rencontrait pour régler les problèmes du village. Là où j’ai rencontré ma femme aussi. » Le regard d’Ameth se perd vers le large et vers la langue de Barbarie, une bande de sable qui protégeait son village de l’Océan Atlantique. Cette barrière a commencé à céder en 2007 devant la montée des eaux. Cinq ans plus tard, 300 mètres de littoral avaient disparu, et son village avec. Depuis, Ameth s’est déplacé à l’intérieur des terres, sur un terrain donné par un ami.

Des réfugiés climatiques

Abdul Aziz n’a pas eu la même chance. Quand la digue de béton qui protégeait sa maison a lâché, c’est par une échelle qu’il s’est sauvé en grimpant sur le toit de son voisin. Et c’est dans un camp monté à la hâte par le gouvernement qu’il s’est installé, avec ses chèvres et ses enfants. Il y vit, dit-il, comme un réfugié climatique. « Nous sommes les victimes de ce réchauffement que nous prenons de plein fouet. La vie que nous menons n’a plus rien à voir avec celle d’avant », raconte-t-il. « Aujourd’hui quand il y a une tempête de pluie, les bâches qui nous protègent s’envolent. Nous n’avons même pas de quoi congeler notre nourriture. Notre monde est un désastre. »

Un monde que veut fuir Badera. Lui s’est installé sous une tente dans le jardin de sa grand-mère, à 800 mètres du bord de l’eau. Il n’a plus de travail, car avec ces changements, l’économie locale souffre ; les pêcheurs sont à la peine et les surfaces agricoles se réduisent. Badera se dit prêt à sauter dans la première pirogue qui prendrait la direction des Canaries. Il voudrait travailler en Espagne pour envoyer à la famille restée sur place l’argent qui permettrait de reconstruire.

Un chemin qu’a pris le fils d’Amadou, un vieux pêcheur qui constate que le lien se distend avec le jeune migrant. « Nous avons très peu de nouvelles depuis trois ans. Il ne revient pas ici parce qu’il n’y a pas de travail mais aussi parce que notre situation ne lui fait pas envie », déplore-t-il. « Il sait que nous n’avons plus de maison. Il n’a aucune envie de venir vivre dans un camp de réfugiés, sous une tente. »

Aller jusqu’en Espagne pour fuir l’eau qui monte, et gagner la région de Barcelone, les Sénégalais ont une expression pour résumer ce périple : « Le Barça ou la Barsakh », c’est-à-dire le club de foot de Barcelone… ou la mort.

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