Coronavirus : New York est devenu l’épicentre de la pandémie selon l’OMS

Avec sa chemise frappée du blason du gouverneur de l’Etat de New York, il fait chaque jour un point sur la crise du coronavirus. Mardi, Andrew Cuomo avait la mine sombre, lançant un message d’avertissement à ses concitoyens : avec 25.000 cas de coronavirus confirmés – la moitié du total aux Etats-Unis – et 210 morts, New York fait face « à une augmentation drastique du taux d’infection ».

Et avec un « doublement tous les trois jours » malgré le confinement, la métropole américaine, qui représente près des deux tiers des cas dans l’Etat, est engagée dans une course contre la montre pour éviter un drame sanitaire.

Comme partout dans le monde, l’objectif principal est de « flatten the curve ». Et selon Cuomo, l’Etat de New York est très loin d’avoir « aplati la courbe » des contaminations. L’apogée devrait être atteint d’ici « deux à trois semaines », et il sera « plus haut » qu’anticipé : 140.000 lits pourraient être nécessaires et il n’y en a que 53.000 de disponibles à l’heure actuelle. Selon le gouverneur, un premier hôpital de secours avec 1.000 lits en cours d’installation dans un convention center de Manhattan devrait être opérationnel dans une semaine.

Il y a toujours un manque critique de respirateurs. New York a un stock de 10.000, mais il en faudra encore au moins 30.000 de plus, selon Cuomo. Et les services d’urgence mobilisés par Donald Trump (l’agence Fema) en ont envoyé… 400. « Et vous voulez de la gratitude pour ça ? Vous passez à côté de l’ampleur du problème. Nous avons des chiffres astronomiques », s’est agacé le gouverneur. Dans la foulée, le vice-président américain Mike Pence a annoncé l’envoi de 2.000 respirateurs supplémentaires.

90 % des patients aux urgences pour le Covid-19

Aux premières lignes du front, les médecins urgentistes sont déjà à flux tendu. Sur Twitter, Craig Spencer, qui a survécu à l’épidémie d’Ebola après avoir été infecté en Afrique de l’ouest en 2014, raconte son quotidien au Presbyterian hospital. « Enfin rentré à la maison après une garde de 13 heures. Plus de 90 % de mes patients sont des cas confirmés ou probables de Covid-19. La plupart sont très malades, certains ont la trentaine comme moi. Les sirènes dans un New York vide n’arrêtent pas. Je suis fatigué. Mais très honoré de retourner aux urgences demain matin », écrivait-il dimanche.

Des hôpitaux de campagne vont être mis en place

Plusieurs hôpitaux de campagne sont en cours de montage. Dans un centre de convention, la Garde Nationale et les ingénieurs de l’US Army acheminent les lits, ventilateurs, etc, pour un hôpital de 1.000 lits dès la semaine prochaine, 1.000 autres de plus seront livrés la semaine suivante. Il y a un gros problème aussi avec les ventilateurs. Il en faudrait des dizaines de milliers, la Maison Blanche en a livré quelques centaines, le gouverneur de New York tape du poing sur la table, quelques milliers d’autres sont en cours d’acheminement, mais ça ne suffira pas.

Le gouverneur de New York monte au créneau

Cuomo, est le fils d’un ancien gouverneur. Certains lui prêtent des rêves de Maison Blanche. Ses conférences de presse, diffusées sur toutes les chaînes, sont l’exact opposé du discours fluctuant du président Trump. Vraiment, il est rassurant, et même des Républicains, des gens qui ont été dans l’équipe Trump, disent que Cuomo est l’homme aujourd’hui à la hauteur de la tache en Amérique. Pourtant il n’annonce rien de gai, mais il est comme “un phare dans la nuit” titre la presse. C’est grâce à lui que beaucoup de New-Yorkais trouvent le sommeil le soir.

Il ne cache pas que ça va être très dur, mais néanmoins il apparait comme le contre-modèle à l’optimisme pro-business du président Trump qui annonce déjà la fin du tunnel, qui veut que les affaires reprennent d’ici Pâques, dans deux semaines et demi. Il y aura des morts, mais il y a aussi des morts de la grippe et des accidents de la route sans qu’on arrête l’économie.

Le gouverneur Cuomo répond que ce calcul est brutal. Déclarer “Ils sont vieux, ils sont vulnérables, ils vont mourir de toute façon, donc pourquoi interrompre l’économie ?”, il trouve cela scandaleux. Il a d’ailleurs appelé son plan de bataille “Mathilda” du nom de sa mère, 89 ans. Cuomo explique : “On ne va pas mettre un prix en dollars sur une vie humaine”.


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