Côte d’Ivoire – Décès de Aboudrahamane Sangaré : Laurent Gbagbo perd un fidèle compagnon

En Côte d’Ivoire, Aboudramane Sangaré, président par intérim de la frange dissidente du Front populaire ivoirien, est décédé samedi 3 novembre à Abidjan. Ce fidèle de Laurent Gbagbo était entré à l’hôpital dans un état grave il y a 15 jours. Il souffrait d’un cancer. Lui que l’on surnommait parfois le « gardien du temple » incarnait la frange dure du FPI, aujourd’hui dans l’opposition au président Ouattara.

Moins de deux semaines après la disparition de Marcel Gossio, ex-directeur général du port autonome d’Abidjan et pilier du pouvoir de Laurent Gbagbo, décédé d’un arrêt cardiaque le 21 octobre, le Front populaire ivoirien (FPI) est une nouvelle fois en deuil. Aboudramane Sangaré, président par intérim de la frange dirigée par Laurent Gbagbo, est décédé samedi 3 novembre à Abidjan, nous confirment plusieurs sources.

C’est donc une autre grosse perte pour le Front populaire ivoirien (FPI) qui vient de perdre coup sur coup Marcel Gossio, l’ancien DG du Port, et l’ancien ministre Abouo N’Dori Raymond, souligne Afrique sur 7 qui écrit qu’il y a à peine quelques jours, le défunt aurait eu une rencontre avec le leader de l’autre frange du FPI Pascal Affi N’Guessan, pour poser les jalons de la réunification du parti.

Gardien du temple

« En cette douloureuse circonstance, le président Laurent Gbagbo et la direction du parti s’inclinent et saluent avec déférence la mémoire de l’illustre disparu. Ils adressent leurs condoléances les plus attristées aux familles biologique et politique du camarade Sangaré ainsi qu’à toute la Côte d’Ivoire », a réagit Assoa Adou, secrétaire général du FPI.

Fidèle camarade de Laurent Gbagbo, Sangaré était surnommé le gardien du temple. Actuel premier vice-président et président par intérim, il avait tenu les rênes du FPI lors de l’exil de Gbagbo, et depuis l’incarcération de l’ancien président ivoirien et de son épouse Simone. Sa mort est un nouveau coup dur pour le FPI.

Deuxième vice-présidente du parti, Simone Gbagbo s’est rendue à la polyclinique Farah à la mi-journée en compagnie de son avocat Me Rodrigue Dadje. Une réunion du secrétariat général du FPI s’est ensuite tenue à sa résidence de la Riviera Golf.

Une amitié jusqu’à la mort

Depuis leur rencontre sur les bancs de l’université d’Abidjan en 1970, le discret Aboudramane Sangaré sera toujours resté au côté et parfois dans l’ombre de Laurent Gbagbo. Les deux hommes s’inscrivent en politique dans l’opposition au régime de Félix Houphouët-Boigny, ce qui leur vaudra un premier séjour en prison en 1971.

Docteur en droit, Aboudramane Sangaré participe en 1982 avec Laurent et Simone Gbagbo entre autres, à la fondation dans la clandestinité du futur FPI qui voit véritablement le jour en 1988 et dont il est naturellement un membre fondateur. Si le parti est reconnu en 1990, Sangaré fera de nouveaux séjours en prison en 1994 et 1995 pour s’en être pris au président Henri Konan Bédié.

En 2000, Gbagbo président le nomme ministre des Affaires étrangères, poste qu’il occupe deux ans. Sangaré quitte le gouvernement mais l’amitié avec le couple Gbagbo ne faiblit pas. Il est avec eux, le 11 avril 2011 lors de leur arrestation à Abidjan. Quatrième séjour derrière les barreaux pour Aboudramane Sangaré libéré deux ans plus tard.

Lorsque dans les années qui suivent le FPI implose, Sangaré prend la tête de la ligne « Gbagbo ou rien ». Il prône le boycott de toutes les élections jusqu’au retour au pays de l’ancien président emprisonné à la CPI à La Haye. Le cacique du parti d’opposition, qui estimait que son mentor était l’otage de la CPI, a pris la tête d’une frange dissidente au sein de la formation politique avec, pour principal objectif, la libération de Laurent Gbagbo avant d’envisager toute reconquête du pouvoir. Cette faction jusqu’au-boutiste du FPI ne cesse de s’en prendre à Alassane Ouattara, actuel chef de l’Etat, qu’elle estime autoritaire et antidémocratique.

A sa sortie de prison il y a trois mois, Simone Gbagbo avait rendu un hommage appuyé à celui qu’elle qualifiait ce samedi à l’annonce de sa mort « d’ami de tous les jours ».

Jusqu’à son dernier souffle, Aboudramane Sangaré sera resté le proche et le gardien fervent du temple Gbagbo.

Hommage du FPI

Dans un communiqué signé du secrétaire général du parti, Assoa Adou, le Front populaire ivoirien salue la mémoire de Aboudramane Sangaré, premier vice-président et président par intérim du FPI.

« En cette douloureuse circonstance, le président Laurent Gbagbo et la direction du parti s’inclinent et saluent avec déférence la mémoire de l’illustre disparu. Ils adressent leurs condoléances les plus attristées aux familles biologique et politique du camarade Sangaré ainsi qu’à toute la Côte d’Ivoire », peut-on lire.

« Le président Laurent Gbagbo appelle les militants du FPI et l’ensemble du peuple ivoirien à une mobilisation exemplaire pour un hommage mérité à ce digne fils de la Côte d’Ivoire. Le président Laurent Gbagbo informe, par la même occasion, que les activités politiques du FPI sont suspendues jusqu’à la fin des obsèques », conclut le communiqué.

Justin Koua, le porte-parole du FPI, lui a aussi rendu hommage.

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