COVID-19 : A Dakar, le nombre de cas de divorce a été multiplié par 6 !

Unhappy couple not talking after argument

Les mesures de lutte contre le Covid-19 ont provoqué 30 demandes de divorce dans la région de Dakar entre avril, mai et juin. Alors que lors du premier trimestre, le ministère de la Justice avait recensé seulement 5 cas. Soit une multiplication des cas par 6 ! La campagne «Restez chez vous» a brisé beaucoup de jeunes couples, qui constituent la plupart des cas de divorce enregistrés dans la capitale par l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo).

Derrière le combat contre le Covid-19, il y a eu des souffrances et des déchirures, qui ont fait voler en éclats des années de vie commune. Le slogan «Restez chez vous» pour couper la chaîne de propagation du Coronavirus a eu un impact sur des ménages dakarois, qui vacillaient avant de s’effondrer durant le «semi-confinement». Dans les ménages, les conséquences de la lutte contre le Covid-19 transcendent le volet sanitaire et économique.

Les mesures restrictives de lutte contre la pandémie ont brisé des couples durant le trimestre avril-mai-juin. D’après les chiffres de l’Action éducative et de protection en milieu ouvert (Aemo), les couples avec enfants ont été «durement impactés» par cette période de semi-confinement. «En 2019, lors du 2ème trimestre, donc avril, mai, juin 2019, on a procédé à 18 médiations familiales. Aujourd’hui, on en est à 30 médiations. Pour dire que cela a presque doublé alors que le mois de juin n’est pas encore terminé», relève Oumar Ndiaye, coordonnateur de l’Aemo dans la région de Dakar.

Finalement, les cas de divorce sont passés de 5 lors du premier trimestre de l’année 2020 à 30, soit une multiplication par 6 ! «Il y a une corrélation très forte entre le confinement et cette recrudescence de demandes de divorce», explique M. Ndiaye. Qu’est-ce qui justifie cette augmentation des cas de divorce ? Il y a eu évidemment le côtoiement permanent des conjoints, d’après les données de l’Aemo, qui a recueilli les témoignages des demandeurs de divorce, qui n’ont pas réussi à profiter de cette période de rapprochement pour taire leurs divergences.

A cause des mesures restrictives comme la fermeture des marchés, le ralentissement du transport, le couvre-feu, certains hommes se sont retrouvés sans transition dans la précarité. Alors que d’autres ont été piégés par leur caractère volcanique. «Si l’homme est confronté à un problème de dépense quotidienne et qu’il devait sortir, aller la chercher et maintenant, il ne peut plus le faire, il est obligé d’affronter la femme. Pour d’autres, c’est un problème d’humeur. Il y a des hommes qui ne supportent pas d’être enfermés», souligne M. Ndiaye informant que le rapport est en cours de finalisation.

La conséquence des mesures restrictives est que les adultes ont subi un «stress» lors de cette période. «Il n’y a pas un jour où on n’a pas noté, durant cette période de confinement, qu’un homme ou une femme ne vienne se renseigner sur les procédures de divorce», indique le coordonnateur régional de l’Aemo à Dakar.

Dans les typologies des ménages dressées par l’Aemo, cette campagne visant à immobiliser les Sénégalais chez eux a eu ses avantages et ses inconvénients. «Dans les familles conflictuelles, la période de confinement a véritablement dégradé les ménages, parce que la présence de l’un des conjoints étouffe l’autre. Cela favorise l’exercice de certaines violences qui, incontestablement, mènent au divorce», explique Babacar Sow, éducateur spécialisé chargé de la protection de l’enfant. Cependant, il souligne que ce confinement partiel a eu l’effet de raffermir les liens conjugaux dans les familles harmonieuses avant l’apparition du Coronavirus.

Les jeunes couples plus impactés

Cette période a fait juste sauter les dernières barrières, qui maintenaient ces couples dans l’illusion, car ils battaient déjà de l’aile. Oumar Ndiaye ajoute : «Le confinement n’a fait qu’exacerber des sentiments déjà latents. Quand le couple traverse certaines crises et que l’homme ou la femme a la possibilité d’aller fréquenter des Grand-places, voir des amis ou en traînant un peu avant de rentrer, cela peut être un moyen de «calmer le jeu». Mais quand on est obligés de se côtoyer en permanence, d’être confinés ensemble, cela peut porter un coup à la vie du couple. C’est ce que nous avons constaté.»

Pourtant, relèvent les services de l’Aemo, «parmi ces gens qui viennent se renseigner pour divorcer, la plupart sont dans leurs 5 à 6 premières années de mariage. Ce sont les jeunes couples qui sont les plus impactés par le confinement».

Lors de la période d’avril à juin, les enfants ont aussi été «rudement impactés». L’affaire de la sextape de Maristes, qui met en scène de jeunes lycéens, qui ont été finalement condamnés à des peines de prison, n’est que la conséquence des mesures mises en place dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, d’après l’Aemo. «Cette période n’a pas empêché les enfants de commettre des délits. Il y a même une nouvelle forme de délit. Des enfants confinés dans leur chambre se prêtent à des jeux peu musulmans (sic). A côté de ces formes de déviance et de délinquance, les enfants ont toujours continué à voler, errer et commettre les délits classiques», souligne M. Ndiaye.
Cette période d’instabilité conjugale n’est pas sans conséquences sur la psychologie de l’enfant, qui se retrouve «en danger moral». Ainsi, la santé, la sécurité, l’éducation et la moralité de cette frange juvénile demeurent compromises.

«Nous essayons de sauvegarder autant que faire se peut la cellule familiale qui est le socle de la socialisation de l’enfant. Dans une famille qui n’est pas stable, l’enfant ne peut pas être socialisé», dit Oumar Ndiaye. Secoués par des conflits, les détenteurs de l’autorité parentale se retrouvent dans l’incapacité d’éduquer, de protéger, de soigner leurs enfants, qui ont besoin de leurs parents pour être en sécurité dans la cellule familiale.


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