COVID-19 au Sénégal : la piste de l’immunité collective occultée !

Avec 16 000 cas et 332 décès, les médecins sénégalais s’interrogent sur l’existence d’une immunité collective, qui pourrait expliquer ces chiffres.

Alors que l’Europe s’interroge sur le modèle suédois et son probable échec, en Afrique, l’heure est également au bilan. Neuf mois après l’arrivée du coronavirus qui a fait quelque 50 000 décès officiellement, pour 2,1 millions de cas recensés, le continent connaît des résurgences localisées, en particulier en Afrique du Sud et au Maghreb. Mais pas au Sénégal. Le pays fait même figure de bonne élève. Cependant, les mesures de prévention prises rapidement n’expliquent pas à elles seules le fort recul du Covid-19, estiment des responsables sénégalais, qui se demandent si une immunité collective a discrètement vu le jour.

Fort recul du Covid-19

Selon l’Institut Pasteur, l’immunité collective « correspond au pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population ne va plus transmettre le pathogène, car il rencontre trop de sujets protégés, explique la fondation française selon laquelle « cette immunité de groupe, ou collective, peut être obtenue par l’infection naturelle ou par la vaccination (s’il existe un vaccin bien entendu). »

On peut d’ores et déjà éliminer la piste du vaccin, sans avoir affiché une volonté formelle d’atteindre cette immunité collective, le pays ouest-africain de 16 millions d’habitants n’a enregistré environ que 16 000 cas et 332 décès. Seule une poignée de malades sont en soins intensifs, selon le ministère de la Santé.

Si l’épidémie avait suivi les courbes de l’Europe, le Sénégal aurait compté environ 100 fois plus de morts.

Réaction rapide

Dès les premiers cas, le pays d’Afrique de l’Ouest a fermé ses frontières, ses écoles et ses mosquées, et imposé un couvre-feu nocturne, dispositions aujourd’hui levées. Les patients ont été pris en charge et les cas contacts isolés dans des hôtels.

Le Sénégal, « c’est l’un des pays modèles en termes de mise en œuvre des mesures de prévention du Covid-19 et ils en ont récolté les fruits », a récemment reconnu un responsable pour l’Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Nsenga Ngoy.

Pour Abdoulaye Bousso, un des responsables de la riposte au Sénégal, ce sont effectivement les stratégies d’endiguement qui, dans un premier temps au moins, ont permis au système de santé sénégalais de ne pas s’effondrer.

Mais depuis, une « fatigue » s’est installée et plus grand monde ne porte le masque ou ne garde ses distances.

Une « immunité croisée » a-t-elle vu le jour ?

Les Sénégalais ont célébré fin juillet la Tabaski et, deux mois après, le Magal, autre grande fête musulmane brassant les foules.

Or, ces rassemblements n’ont pas déclenché de vagues de contamination, et c’est donc « peut-être la question de l’immunité qu’il faut mettre en avant », estime le Dr Bousso.

« On se rend bien compte qu’en Afrique en général et au Sénégal en particulier, on n’a pas les morts qu’on aurait dû avoir », confirme un spécialiste de terrain, Massamba Sassoum Diop, président de l’organisation SOS Médecins Sénégal.

L’urgentiste avance qu’une « immunité croisée » a vu le jour au Sénégal. Il l’explique par les infections respiratoires qui sévissent régulièrement à travers la population en mai-juin et septembre, périodes où les climatisations tournent au maximum.

Relativement bénignes, elles sont dues à quatre types de coronavirus. Les résidents du Sénégal développeraient donc une immunité contre cette famille de virus, qui se serait également montrée efficace lorsque le Covid-19 est apparu en mars, estime le Dr Diop.

Le nouveau coronavirus se serait ensuite répandu massivement, d’avril à août, au sein d’une population majoritairement jeune et qui n’a généralement pas développé de symptômes graves.

Sans faire de bruit, « environ 60 % de la population » aurait acquis cette immunité, dit-il.

Le fait de vivre en Afrique a joué un rôle bien plus prééminent que l’origine ethnique ou la génétique, dit-il. Il en veut pour preuve que les populations noires meurent de manière disproportionnée en Europe ou aux États-Unis, tandis que les Européens, Libanais ou Chinois vivant au Sénégal meurent beaucoup moins que dans leur pays d’origine.

L’immunité croisée ou collective a « un support scientifique en virologie et en immunologie ». Elle demeure cependant une hypothèse non encore prouvée, admet-il. Une étude sérologique en cours devrait fournir de premières indications sur sa validité dans les prochaines semaines, dit-il.

Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, se veut plus réservé.

Le gouvernement ne parie pas sur l’immunité collective

Si les chiffres sont si bas, « nous pouvons dire sans risque de nous tromper que c’est dû à l’efficacité de la riposte parce que l’immunité collective ne peut pas être une stratégie de riposte. Si l’immunité collective était LA stratégie de riposte, le corollaire serait un nombre de morts extrêmement important parce qu’on ne ferait rien », tempère-t-il.

Pour les spécialistes sénégalais, comme pour l’OMS, pas question en tout cas de céder à l’euphorie qui pointe dans les médias locaux, ne serait-ce que parce qu’on ignore la durée d’une immunité si elle existe.

Transposer l’hypothèse à des régions où les populations sont plus âgées et plus à risque est dangereux. « Si on l’applique directement en Europe, c’est 3 ou 4 millions de morts supplémentaires, et aux États-Unis, peut-être 8 ou 10 millions », avertit Massamba Diop.

En attendant, le président sénégalais Macky Sall exhorte la population à observer strictement les gestes barrières, « seule thérapie pour l’instant contre le Covid-19 ». « Le virus circule encore. La bataille n’est pas tout à fait gagnée », a-t-il dit jeudi. « Nous ne souhaitons pas avoir une seconde vague qui sera insupportable pour notre pays, pour notre économie. »


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom