Crash de l’avion Ethiopian Airlines : Tous les Boeing 737 MAX 8 du monde sont cloués au sol

Après le crash du Boeing d’Ethiopian Airlines dimanche, qui a fait 157 victimes d’au moins 35 nationalités différentes, la compagnie éthiopienne a cloué au sol ses Boeing 737 MAX 8 « jusqu’à nouvel ordre ». La Royal Air Maroc ainsi que les compagnies chinoises et indonésiennes ont pris la même décision.

Quelques heures après le crash d’un avion d’Ethiopian Airlines, la compagnie éthiopienne a annoncé lundi 11 mars qu’elle avait immobilisé ses six autres Boeing 737 MAX 8 « jusqu’à nouvel ordre ». Les enquêteurs de l’Agence éthiopienne de l’aviation civile, actifs sur le lieu de l’accident depuis dimanche après-midi pour récolter le maximum d’indices et trouver les boîtes noires de l’appareil, récupérées lundi, devraient être prochainement rejoints par une équipe technique de Boeing.

Le vol ET 302, qui avait décollé dimanche à 08H38 (05H38 GMT) d’Addis-Abeba, a disparu des radars six minutes plus tard. Selon un témoin, l’arrière de « l’avion était déjà en feu lorsqu’il s’est écrasé au sol ». L’appareil, livré courant 2018 à la compagnie, avait fait l’objet d’une maintenance le 4 février.

Le PDG d’Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, a indiqué que l’enquête serait menée conjointement avec des enquêteurs américains. La compagnie, détenue à 100% par l’État éthiopien, a connu une très forte expansion ces dernières années. Sa flotte compte plus de 100 appareils, ce qui en fait la plus importante en Afrique.

Les Boeing 737 MAX 8 immobilisés en Chine

Cet accident est un nouveau coup dur pour Boeing. Le même modèle de la compagnie américaine, version modernisée du best-seller 737, s’était lui aussi écrasé quelques minutes après le décollage, le 29 octobre, au large de l’Indonésie, faisant 189 morts. Une des boîtes noires de l’appareil appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air avait signalé des problèmes d’indicateur de vitesse.

Pékin a demandé lundi aux compagnies aériennes chinoises de suspendre les vols de leurs Boeing 737 MAX 8. Leur utilisation pourra reprendre après confirmation par les autorités américaines et Boeing « des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols », a indiqué le Bureau chinois de l’aviation civile.

Selon les informations du média marocain TelQuel la Royal Air Maroc a décidé d’envoyer en maintenance son Boeing 737-800 MAX. La compagnie marocaine l’exploite depuis le 1er janvier, et un deuxième appareil du même type serait en phase d’autorisation, souligne le média, qui précise que deux autres Boeing 737-800 MAX devraient être prochainement livrés à la RAM.

L’Indonésie, qui a connu le 29 octobre dernier une tragédie similaire impliquant le même type d’appareil et ayant coûté la vie à 189 personnes, a décidé lundi d’immobiliser temporairement sa flotte de Boeing 737 MAX 8, a annoncé le responsable des transports aériens.

« Il s’agit du même avion. Comme pour Lion Air, l’accident se passe très peu de temps après le décollage et les pilotes ont émis des messages pour dire qu’ils étaient en difficulté puis il y a eu perte de l’avion. Il est difficile de dire que cela ne ressemble pas au premier accident », concède un expert aéronautique, qui a requis l’anonymat.

Les autorités chinoises ont, elles aussi, noté des « similitudes » entre les deux accidents. L’exploitation du 737 MAX 8 pourra reprendre lorsque les autorités américaines et Boeing attesteront « des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols », ont-elles précisé.

Pour l’heure, « le pilote a mentionné qu’il avait des difficultés et qu’il voulait rentrer » et « il a eu l’autorisation » de faire demi-tour et de repartir vers Addis Abeba, a indiqué le PDG d’Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, lors d’une conférence de presse à Addis Abeba.

On sait en outre que les conditions météorologiques étaient bonnes dimanche matin à Addis Abeba. Et dans le paysage aérien, Ethiopian Airlines est considérée comme une compagnie sérieuse.

« Il s’agit seulement de similitudes et la comparaison s’arrête là »

De son côté, Michel Merluzeau, directeur d’Aerospace & Defence Market Analysis, a mis en garde contre un effet de précipitation. « Il s’agit seulement de similitudes et la comparaison s’arrête là dans la mesure où nous n’avons pas d’information fiable à ce stade », a-t-il estimé.

Seules les données du vol et les conversations dans le cockpit contenues dans les deux boîtes noires de l’appareil pourront en effet donner des éléments tangibles sur les causes exactes de l’accident : problèmes techniques, erreur de pilotage ou la combinaison de plusieurs facteurs.

Depuis l’accident de Lion Air, le 737 MAX suscitait néanmoins de nombreuses interrogations dans la communauté aéronautique alors que ce programme avait rencontré des problèmes lors de son développement. L’avionneur Boeing avait même décidé de suspendre en mai 2017 les vols tests en raison d’un problème de qualité de fabrication du moteur produit par CFM, co-entreprise de l’Américain General Electric et du Français Safran.

Pour Boeing, les prochaines 24 heures seront « clés »

Ce nouvel accident est un coup dur pour Boeing dont la famille des moyen-courriers MAX est la version remotorisée du 737, best-seller de tous les temps avec plus de 10 000 exemplaires produits.

« Le MAX est un programme essentiel pour Boeing pour la prochaine décennie. Il représente 64 % de la production totale du constructeur jusqu’en 2032 et il a des marges opérationnelles significatives », explique Michel Merluzeau.

« C’est un outil essentiel au transport mondial et au commerce international », ajoute-t-il.

Il souligne que pour Boeing, les prochaines 24 heures seront « clés » d’un point de vue de la gestion de crise, car le constructeur va devoir rassurer aussi bien les voyageurs, les compagnies que les investisseurs sur la fiabilité de son avion.

Dimanche, Boeing s’est déclaré « profondément attristée d’apprendre la disparition des passagers et de l’équipage du vol Ethiopian Airlines 302 », précisant qu’une équipe technique était mise à disposition pour aider l’enquête.

À la suite de l’accident du premier 737 MAX de Lion Air le 29 octobre 2018, la communauté aéronautique s’était interrogée sur le manque d’information des compagnies et des pilotes sur son nouveau système antidécrochage. La fédération des pilotes américains avait alors mis en lumière un problème d’informations erronées des capteurs d’incidence (AOA, Angle of Attack sensor) « qui pourraient être le système causal de l’accident de Lion Air ». Un dysfonctionnement sur les AOA peut conduire l’ordinateur de bord, pensant être en décrochage, à mettre l’appareil en piqué alors qu’il faudrait au contraire le redresser.


A voir également : Crash d’Ethiopian Airlines : le Boeing 737 MAX 8 au coeur de l’enquête

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