Dialogue ! quel dialogue ? pour quoi faire et pourquoi seulement maintenant

Dialogue ou plutôt cinéma ?

C’est cela le dialogue, bien différent du cinéma qui a été organisé dans la Salle des Banquets de la Présidence de la République, le 28 mai 2016. Et puis, le président-politicien a raté plusieurs fois le coche pour dialoguer sérieusement avec l’opposition sur des questions majeures, notamment avant le Référendum du 20 mai 2016 et la signature des contrats qui ont donné notre pétrole et notre gaz à des entreprises étrangères dans des conditions nébuleuses.

Le président-politicien nous doit quand même respect et considération. Ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. La preuve, c’est sa volonté exprimée d’associer les anciens présidents Diouf et Wade au dialogue auquel il appelle. Que devrions-nous raisonnablement attendre de ces deux-là ? Après avoir gouverné l’un 19 et l’autre douze ans le pays, ils sont allés s’installer en France après la perte du pouvoir, nous laissant avec nos problèmes. Leur retraite l’un à Paris l’autre à Versailles nous coûte déjà trop cher. Le temps est venu de tourner définitivement leur page.

Je profite de cette opportunité pour répondre à certaines interpellations d’amis, de parents et de simples compatriotes qui s’étonnent de ne m’avoir lu ni entendu après l’élection présidentielle du 24 février 2019. Ce silence, qui est un choix mûrement réfléchi, peut encore durer quelques mois, voire quelques années, si je suis encore en vie. Cela fait plus de quarante (40) ans que je suis dans l’espace politique. Depuis lors, je fais du mieux que je peux pour cultiver modestement ma part du Jardin national en donnant, chaque fois que de besoin, ma modeste opinion  sur la manière dont mon pays est gouverné. Celle-ci est favorable, chaque fois que la gouvernance va dans le bon sens, c’est-à-dire dans l’intérêt supérieur de la Nation. Elle est défavorable, très critique, si c’est le contraire. Cette opinion, il fait le reconnaître, a été bien plus défavorable que favorable.

Des injures et des attaques « courageusement anonymes »

Cette posture m’a valu de vives critiques, parfois des injures indécentes et ‘’courageusement anonymes’’. Cette expression est du Président Senghor. Ce dernier, après avoir éliminé et arrêté le Président Mamadou Dia le 18 décembre 1962, soumit au peuple sénégalais un projet de Référendum le 3 mars 1963. Le projet fut approuvé à une très large majorité et, le 7 mars suivant, il promulgua la nouvelle constitution qui consacra l’hypertrophie de la fonction présidentielle. D’ailleurs, durant toute la campagne pour le Référendum du 2 mars 1963, son slogan préféré était : « Bopp du am ñaari mbaxana. » En d’autres termes, il n’y a pas de place pour deux coiffures sur la même tête. Il était donc désormais le seul maître à bord et le système qu’il mit alors en place est pratiquement le même que nous avons vécu, à quelques variantes près, jusqu’au 24 février 2019. Ce sont les tares de ce système que j’ai toujours dénoncées, avec plus de vigueur encore depuis le 1er avril 2000.

Avec le président-politicien réélu ce sera, jusqu’à preuve du contraire, la continuité du même système, avec la même gouvernance meurtrie. En tout cas, tout indique qu’il en sera ainsi car le candidat sortant n’a fait état, nulle part pendant la campagne électorale, de refondation si nécessaire de nos institutions, de lutte contre la corruption et la fraude, des détournements de deniers publics, de dépolitisation de notre administration. Il n’a fait nulle part cas des huit (8) milliards de ‘’fonds secrets’’, peut-être plus, qui préoccupent tant le contribuable sénégalais. Huit (8) milliards ou plus laissés chaque année à sa seule discrétion, et qu’il utilise de la manière qui n’échappe désormais à personne : à s’enrichir lui-même et à enrichir les siens, à acheter sans état d’âme des consciences. Personne ne l’a entendu, non plus, dire un seul mot sur les organes de contrôle qu’il s’engageait à renforcer.

Tant qu’il y aura des tares dans la gouvernance…

Au contraire de son engagement, il les a pratiquement tous muselés. Ces questions qui nous préoccupent tant et sans le traitement desquelles la bonne gouvernance ne sera jamais au rendez-vous, il les a royalement ignorées pendant toute la campagne électorale. Jusqu’à preuve du contraire donc, avec ce président-politicien, ce sera la continuité dans la mal gouvernance. Et je ne suis vraiment pas prêt à continuer de dénoncer les mêmes tares, les mêmes forfaitures que je dénonce depuis les années 1978-1980, avec nombre d’autres compatriotes, pour pratiquement rien.

Ce choix réfléchi ne signifie point que je vais mettre fin à mon militantisme. A ses parents et amis qui s’évertuaient à lui faire abandonner la politique, notre très regretté Président Mamadou Dia répondait que le militantisme n’avait pas d’âge. Je ne renonce donc point à mon militantisme, mais je l’oriente ailleurs. Par exemple, je me suis toujours intéressé aux problèmes d’environnement qui ont occupé une place importante dans mes contributions. Il y a aussi que la recherche effrénée de l’argent et des honneurs a  relégué au second plan toutes nos valeurs de référence.

La corruption au grand jour est en train de faire des ravages chez nous, notamment par l’achat indécent des consciences lors des différentes élections, avec l’argent du contribuable. Un vote ne se vend pas. C’est un attribut citoyen qui ne devrait pas avoir de prix. Certains Sénégalais, certaines Sénégalaises valent désormais moins qu’un poulet. Notre SEIGNEUR, QUI nous a créés à Son Image, ne devrait pas être FIER d’eux. Nous ne LUI sommes surtout pas reconnaissants, si nous nous comportons en baayima. Il convient donc que d’importantes actions de formation, d’information, de sensibilisation soient menées en direction de nombre de nos compatriotes, dont des politiciens sans foi ni loi exploitent sans état d’âme l’ignorance et la pauvreté. J’orienterai donc aussi, chaque fois que j’en aurai l’opportunité, mon militantisme vers ces actions qui s’inscrivent toutes, dans le cadre de l’élévation notable du niveau de leur instruction et de leur conscience citoyenne.

Pour conclure, je précise que cette posture, ce changement d’orientation de mon militantisme n’exclut point que, si d’ici en 2024, émerge un homme ou une femme qui incarne les valeurs que j’ai toujours prônées et pour la promotion desquelles je me suis toujours battu, je lui apporte sans réserve mon soutien actif.

Par Mody Niang


[1] Deux gros bassins électoraux dont nous savons comment il leur a préparé le terrain pour qu’ils y fussent aisément élus, tous les prétendants sérieux ayant été auparavant neutralisés. Nous étions en 2014 et il était déjà dans la mise en œuvre de ses stratégies.

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