Discours de Macron sur l’Afrique à Ouagadougou : au menu colonisation, franc CFA, libye, …..

L’atmosphère était tendue en marge de la visite d’Emmanuel Macron à l’université de Ouagadougou ce mardi. Des affrontements entre étudiants et forces de l’ordre ont éclaté dans les rues de la capitale burkinabé et le convoi de la délégation française a été la cible de jets de pierre.

Cela n’a pas empêché le président français de prononcer un discours-fleuve consacré au continent africain. Il a ensuite répondu aux questions de certains des 800 étudiants invités, dans une ambiance très houleuse sur la fin, toujours sous le regard de son homologue burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, spectateur silencieux sur l’estrade. Voici les principales déclarations du chef de l’Etat français.

Sur le franc CFA

Interrogé par un étudiant sur cette monnaie, Emmanuel Macron s’est dit « favorable » à un changement du « nom » ou à un élargissement du « périmètre » du franc CFA si les Etats qui l’utilisent (14 au total) le souhaitent. Cet été, le militant controversé Kemi Seba a ravivé le débat sur cette devise considérée par ses détracteurs comme un outil d’influence française.

«Personne n’oblige quelque Etat que ce soit à en être membre [de la zone CFA]. Le président Kaboré décide demain ‘je ne suis plus dans la zone franc’, il n’y est plus», a-t-il déclaré.

Le président français a toutefois jugé que le franc CFA apportait « une bonne chose, la stabilité monétaire ».

Sur la colonisation

Emmanuel Macron, né en 1977, s’est présenté comme étant « d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique coloniale » et pour laquelle « les crimes de la colonisation européenne sont incontestables ». En même temps, il a souligné qu’il y avait eu aussi « des grandes choses et des histoires heureuses » dans ce passé.

Il a dit vouloir que « d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain ».

Emmanuel Macron l’a martelé, il n’était pas venu « dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire ». Lorsque certains étudiants l’ont interrogé sur des sujets burkinabés, il les a ainsi renvoyés vers le président burkinabé, à plusieurs reprises, et même avec des traits d’humour commentés et critiqués par certains auditeurs.

« Vous m’avez parlé comme si j’étais le président du Burkina Faso […] comme si j’étais toujours une puissance coloniale », s’est-il emporté après une question sur l’approvisionnement en électricité dans le pays. « Je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso ! C’est le travail du président ! » s’est-il exclamé, avant de lancer, tandis que son homologue quittait la scène : « il est parti réparer la climatisation. »

Sur les flux migratoires

Le chef de l’Etat français va « proposer une initiative euro-africaine » pour « frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs » qui exploitent les migrants subsahariens en Libye. Il a aussi annoncé « un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger » en Libye et a qualifié de « crime contre l’humanité » la vente de migrants comme esclaves.

« Ce ne sont pas les Français qui sont en train de faire les passeurs en Libye. Ce sont les Africains. […] Il y a aujourd’hui en Afrique des Africains qui esclavagisent d’autres Africains. »

Sur le terrorisme

Emmanuel Macron a aussi dénoncé « l’obscurantisme religieux », « menace bien plus redoutable parfois que le terrorisme car massive, diffuse, quotidienne, qui s’immisce dans les foyers, les campus ». « Nous ne pouvons plus accepter que des puissances financent des fondations ou des écoles qui nourrissent l’obscurantisme ou le terrorisme. Ce sera l’enjeu de la conférence sur le financement du terrorisme à Paris l’an prochain », a-t-il poursuivi.

Une fois n’est pas coutume, il a rendu hommage à son prédécesseur François Hollande, saluant sa décision d’intervenir militairement au Mali. « C’était la bonne décision », a-t-il estimé.

Sur la démographie

Le président français tient à ce sujet. Il est revenu sur ses propos sur la forte natalité et la pauvreté en Afrique qui avaient été critiqués cet été, et a maintenu sa position, relancé par les questions des étudiants. « Quand vous avez une croissance démographique durablement supérieure à la croissance économique, vous n’arrivez jamais à lutter contre la pauvreté », a-t-il insisté, regrettant seulement d’avoir employé cet été le terme de problème « civilisationnel ».

Il a ce mardi insisté sur la fécondité à travers le prisme de l’émancipation des femmes. « La démographie ça ne se décrète pas mais avec 7, 8 ou 9 enfants par femme, êtes-vous sûrs que c’est le choix de cette jeune femme ? Je veux être sûr que partout en Afrique ce soit bien le choix pour cette jeune fille ou femme. Cela m’a poussé à faire de l’égalité femmes-hommes la grande cause de mon mandat. »

Sur l’éducation des femmes

Trois jours après son discours de Paris sur l’égalité entre les femmes et les hommes, Emmanuel Macron a prôné l’émancipation des femmes africaines devant les étudiants burkinabés. Il a dit vouloir que « partout en Afrique une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans ». « Je serai aux côtés des dirigeants africains qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles », a-t-il ajouté, précisant qu’il souhaitait que des programmes de bourses scolaires financés par la France « soient donnés en priorité à des jeunes filles ».

Emmanuel Macron a au passage affirmé être inquiet de voir « dans des quartiers de mon propre pays la déscolarisation des jeunes filles progresser ».

Sur l’affaire Sankara

C’est un dossier qui préoccupe beaucoup les Burkinabés et en particulier la jeunesse qui s’est réapproprié l’héritage de l’ancien président du Burkina Faso assassiné en 1987 dans des circonstances encore troubles. Devant les étudiants, Emmanuel Macron a confirmé ce qu’il avait dit un peu plutôt au président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré : il a promis que tous les documents français concernant l’assassinat de Thomas Sankara seraient « déclassifiés ». Il a aussi rendu hommage à cet homme d’Etat panafricaniste et anti-impérialiste en le citant en ouverture de son discours.

Sur l’extradition de François Compaoré

Autre sujet sensible, le cas de François Compaoré, frère de Blaise Compaoré, l’ancien président du pays chassé par une insurrection en octobre 2014. Il a été arrêté en France fin octobre 2017 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo. Le Burkina Faso réclame son extradition. « Il appartient à la justice française de prendre sa décision, je ferai tout pour faciliter celle-ci », a répondu Emmanuel Macron.

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