Donald Trump attaque la justice américaine et le FBI

Le président des Etats-Unis a autorisé la publication d’une note de quatre pages qui dénoncerait un biais « anti-Trump » dans l’enquête conduite par le FBI.

Un rapport à charge, un président à l’attaque. Donald Trump a autorisé vendredi 2 février la publication d’un rapport controversé rédigé par le président républicain de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Devin Nunes (Californie), mettant en cause l’intégrité de la police fédérale dans l’enquête consacrée aux piratages informatiques pendant la campagne présidentielle. Ces piratages ont été prêtés à la Russie par le renseignement américain.

Confirmant les informations déjà publiées, le rapport, en fait une note de trois pages et demie, se concentre pour l’essentiel sur un point de l’enquête « russe » : l’utilisation d’un dossier controversé rédigé par un ancien agent secret britannique, Michael Steele, pour obtenir en octobre 2016, soit quelques semaines seulement avant l’élection présidentielle, une autorisation de surveillance qui a ensuite été renouvelée à trois reprises. Ces autorisations visent notamment les personnes soupçonnées de travailler pour des puissances étrangères.

La cible en question était un lobbyiste prorusse identifié de longue date et contacté par le FBI dès 2013, Carter Page, qui avait brièvement participé à l’équipe de campagne de Donald Trump. L’entourage du président n’a cessé de relativiser son rôle au cours des derniers mois. Il n’a pas été poursuivi jusqu’à présent par le procureur spécial chargé des investigations, Robert Mueller.

Des républicains embarrassés

Le président de la Commission du renseignement affirme que la police fédérale, le FBI, a masqué à l’autorité administrative l’origine partisane du dossier, commandité initialement par une faction républicaine, puis par un groupe lié au Parti démocrate. La note cite également le numéro deux de la police fédérale, le FBI, selon lequel ce dossier a été essentiel pour l’obtention de cette autorisation. Le document controversé a été rendu public en janvier 2017.

Sans attendre la publication du document, en milieu de journée, Donald Trump est passé à l’offensive sur son compte Twitter, vendredi matin. « Les plus hauts responsables et enquêteurs du FBI et du ministère de la justiceont politisé le processus sacré d’investigation en faveur des démocrates et contre les républicains », a-t-il assuré. Une attaque virulente sans précédent, même selon les critères du président. « Ce qui se passe dans notre pays est une honte », a-t-il insisté plus tard dans la journée. « Beaucoup de gens devraient avoir honte, et même plus que cela », a-t-il grondé.

Ces critiques visent paradoxalement des responsables classés comme républicains et qui ont tous été nommés sous son autorité. Est concerné au premier chef Rod Rosenstein, le numéro deux du ministère de la justice, chargé de ce dossier depuis que son supérieur, Jeff Sessions, proche de Donald Trump, s’est récusé pour cette enquête pour avoir passé sous silence des contacts pendant la campagne avec des responsables russes. Christopher Wray, qui a remplacé à la tête du FBI James Comey, limogé en mai par M. Trump pour son opiniâtreté dans l’enquête « russe », est également en ligne de mire.

MM. Rosenstein et Wray s’étaient vivement opposés à la publication du document. Dans un communiqué très inhabituel, le FBI avait déploré mercredi « les omissions matérielles de faits qui affectent de manière fondamentale l’exactitude du rapport ». Son contenu a d’ailleurs été vivement critiqué par le plus haut responsable démocrate de la commission du renseignement de la Chambre, Adam Schiff (Californie), qui a contesté point par point les affirmations de Devin Nunes. Ce dernier a bloqué pour l’instant la publication d’un contre-rapport défendu par les démocrates.

Surveillance dès 2016

Seule la publication intégrale des documents présentés pour obtenir l’autorisation de surveillance, sans doute classifiés pour la majorité d’entre eux, permettrait de mesurer la pertinence du rapport Nunes. Ce dernier contient cependant un point qui relativise déjà la centralité du dossier Steele : il mentionne en effet un autre conseiller de l’équipe de campagne de Donald Trump lié à la Russie, George Papadopoulos, dans des termes qui donnent à penser que ce dernier était déjà sous surveillance en octobre 2016.

Inculpé par le procureur spécial, qui en a fait l’annonce en octobre, George Papadopoulos, qui a plaidé coupable, coopère avec les enquêteurs de Robert Mueller. Le FBI n’avait pas dévoilé pendant la campagne présidentielle qu’il avait ouvert une enquête sur l’entourage de Donald Trump.

Le sénateur républicain de l’Arizona John McCain, contempteur infatigable du président, a tiré sa leçon de la crise en cours. « Les attaques récentes contre le FBI et le département de la justice ne servent aucun intérêt américain, ni celui du parti [républicain] ni celui du président. Seulement l’intérêt de Poutine », a-t-il déploré sur Twitter.

La publication du rapport et les attaques de Donald Trump ont coïncidé avec un plongeon de Wall Street après plus d’un an de hausse continue. Cette chute est la plus importante depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, qui n’a cessé d’en faire le baromètre de son action.

lemonde.fr

PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom