Encore un incendie au marché Zinc de Kaolack : pourquoi les marchés au Sénégal sont inflammables ?

En l’espace d’un mois, trois grands marchés du Sénégal ont pris feu : celui de Tilène de Ziguinchor, à Thiaroye la semaine passée et ce jeudi le marché Zinc de Kaolack.A kaolack, c’était la panique générale à Kaolack, rapporte le correspondant de Radio Sénégal, qui donne l’information. Mais pourquoi les marchés brûlent-il si fréquemment au Sénégal ?

A Kaolack, Les sapeurs-pompiers sont sur place mais ne sont pas encore parvenus à maîtriser le feu après une heure de temps. Ils se battent donc contre les flammes.

L’accès est difficile, ce qui leur complique la tâche, souligne la source. Qui souligne que l’incendie est partie de la partie du marché où l’on vend les denrées de première nécessité, et que les commerçants soupçonnent un court-circuit.

Heureusement, signale le journaliste de Radio Sénégal, aucune victime n’est encore notée dans la mesure où cette partie du marché était presque vide au lendemain de la Tabaski.

Pourquoi les marchés brûlent ils si fréquemment ?

Les incendies de marchés sont loin d’être un phénomène nouveau. Ils ont fait l’objet de plusieurs conseils interministériels en 1996, 1997, 1998 et 2002 et d’un séminaire en mars 2003. Ces différentes rencontres avaient abouti au constat que les marchés ne remplissaient pas les conditions de sureté et de sécurité définies par la réglementation en vigueur. Cela explique la récurrence des incendies qui ont les mêmes 2 principales causes : d’une part, les explosions de gaz ou l’éclosion de feux dans les restaurants implantés à l’intérieur des marchés, et d’autre part, les court-circuits provenant des installations et branchements électriques défectueux.

Pourtant, la simple observance de la règlementation prévue par l’arrêté n° 00231 du 12 janvier 1998 aurait permis de renforcer la résilience des marchés face au risque d’incendie ou d’en atténuer les conséquences. La réglementation définit les conditions d’implantation et d’isolement.

Les conditions d’implantation 

« L’implantation des marchés doit faire l’objet d’une étude préalable des sites retenus par les services compétents. Cette implantation doit être conforme aux dispositions notamment du code de l’urbanisme et du code de l’environnement.

Les marchés sont accessibles au moins sur 03 façades par des voies d’une largeur minimale de 8 mètres. Une distance d’au moins 2 mètres doit être observée entre les cantines et les voies d’accès ou de dégagements ».

Les conditions d’isolement : 

« Dans toutes les parties où il joint des constructions ou locaux occupés par des tiers, le marché doit être isolé par des murs ou planchers coupe feu de degré trois (3) heures au moins.

L’isolement doit être réalisé par des murs coupe feu de degré 4 heures lorsque le marché est contigu à un établissement réglementé en raison des dangers d’incendie ou considéré par la commission concernée de la protection civile comme présentant des risques d’incendie. »

Les dégagements 

« Chaque dégagement : sortie, issue, escalier, couloir, etc., doit avoir une largeur

proportionnelle au nombre de personnes appelées à l’emprunter. Le calcul d’une largeur de dégagement se fait sur la base de 0,90 mètre sans être inférieure à 1,40 mètre.

Les circulations reliant les escaliers entre eux, les escaliers aux sorties et les sorties entre elles, ont une largeur minimale de 1,40 mètre.

Ces circulations ne doivent comporter aucun aménagement pouvant réduire leur largeur (étals, emballages, maçonneries, etc.), ni des obstacles pouvant entraver la libre circulation des personnes. »

Désenfumage : (Article 9) 

« Les circulations, si celles sont couvertes, doivent comporter sur les deux tiers (2/3) de leur surface, des exutoires de fumées d’un (1) mètre carré, judicieusement répartis.

Ces exutoires sont actionnés par au moins deux commandes manuelles situées en des points différents dont l’une est au service de surveillance contre l’incendie des marchés ».

Ces différents incendies ont entrainé d’importantes pertes matérielles évaluées à plusieurs milliards de francs CFA.

Les marchés constituent de véritables poudrières. Ils sont, pour la plupart, dans un état de délabrement très avancé. Les cantines sont faites avec des matériaux combustibles comme le bois et le zinc. Les marchés abritent des restaurants, des dépôts de gaz et matelas mousse, etc. qui constituent autant de produits inflammables. Les marchés n’ont ni heure d’ouverture ni heure de fermeture comme prévu par l’arrêté interministériel portant règlement de sécurité. Certains marchés sont même transformés en dortoirs, voire en ateliers artisanaux de fabrique de savon, huile, détergents et autres produits prohibés.

Les marchés ne disposent pas d’un service permanent de surveillance contre l’incendie. Alors que non seulement ledit service est indispensable, mais il doit être assuré au moins par « 3 personnes entrainées à la manœuvre des moyens de secours aux risques. Ces moyens de secours comprennent : des moyens d’extinction technique (robinets d’incendie armés), bouches ou poteaux d’incendie, appareils mobiles (seaux-pompe, extinctifs portatifs ou sur roue), dispositifs divers (réserves de sables avec pelle de protection, couvertures, seaux d’eau, etc.) « Si la règlementation est aussi précise et exhaustive, il n’existe aucun marché qui en respecte les dispositions. Pas même ceux reconstruits après des incendies ou les centres commerciaux qui ont poussé de terre au cours de dernières années. Célèbre pour son extrême vulnérabilité, le marché Sandaga est souvent présenté comme une véritable poudrière. Pourtant le marché central de Kaolack est loin d’être plus résilient. Sur les 4 bouches d’incendie existantes, 2 ne sont plus fonctionnelles : une cantine est construite sur l’une et l’autre sert d’air de stationnement à des taxis urbains. Les dégagements n’existent pas sur les façades qui ont toutes été transformées en cantines. Les camions transportant des produits hautement inflammables en direction des pays limitrophes ou d’autres régions, se garent sans aucune précaution particulière de sécurité. Et nul n’ignore que le transport de matières dangereuses obéit à des règles bien définies.

Au total, l’application dans toute sa vigueur de l’arrêté interministériel portant règlement de sécurité des marchés est une urgence pour réduire la vulnérabilité de ces établissements recevant du public (ERP) qui exposent les occupants et les populations de façon permanente à des risques d’incendie. Est-il besoin de le rappeler ici pour enfin faire conscience de l’ampleur du mal. Des statistiques avancent le chiffre de 10 000 000 000 de francs CFA pertes par an dues aux incendies dans les marchés.

Les incendies récurrents dans les marchés préoccupent les sénégalais en particulier l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal/Jappo (Unacois/Jappo). 

Pour mettre un terme à ces sinistres à répétition, ils appellent leurs collègues à un changement de comportements. Ils invitent également l’Etat et les autorités locales et administratives à prendre leurs responsabilités afin d’apporter des solutions idoines.

Le vice-président de l’organisation Moustapha Tall affirme que le meilleur remède est de réorganiser les marchés. ‘’C’est-à-dire faire en sorte que l’on ait des marchés modernes du troisième millénaire. L’on ne peut pas se permettre, en cette période, de créer des marchés flottants avec des branchements anarchiques qui peuvent occasionner des incendies. C’est inadmissible’’, dénonce-t-il.

Cet opérateur économique estime qu’il se pose un problème de sécurité. Il pense qu’il est du ressort d’abord des services de sécurité de procéder à un contrôle avant d’autoriser à quiconque d’ouvrir un magasin. Ensuite, ajoute-t-il, il faut vérifier de temps à autre les installations. ‘’La sécurité revient aux autorités, ce n’est pas à nous en tant qu’organisation de jouer ce rôle. Nous demandons solennellement à ces dernières de revoir leur copie. Il faut qu’elles assument leurs responsabilités’’, interpelle Moustapha Tall.

Le Secrétaire général Alla Dieng estime pour sa part que la responsabilité est partagée face à ces incendies menaçants. ‘’Nous ne pouvons pas extraire nos responsabilités dans cette affaire. Au sein de l’Unacois/Jappo, nous avons vécu l’expérience. La responsabilité est partagée et nous l’assumons’’, concède-t-il. Une problématique qui, d’après lui, va de pair avec les bâtiments en ruine. Hormis le changement de comportements, les commerçants sont d’avis  que les autorités et les agents de la protection civile doivent faire leur travail comme il se doit.


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