ETATS UNIS : Le « Shutdown » pèse de plus en plus lourd sur le quotidien des américains

C’est certainement l’image de la semaine aux États-Unis : Donald Trump accueillant, lundi 14 janvier, une équipe universitaire de football américain à la Maison-Blanche avec un buffet de plusieurs centaines de hamburgers et autres plats de fast-food payés de sa poche.

Privé de personnel en cuisine pour cause de fermeture partielle du gouvernement (« shutdown »), causée par un bras de fer avec le Congrès autour de la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine, le président américain n’avait pas mieux à offrir aux jeunes sportifs…

Le shutdown le plus long de l’histoire américaine

Au-delà de la Maison-Blanche, la fermeture des administrations – désormais la plus longue de l’histoire des États-Unis – commence à peser sur le quotidien des Américains. Les déchets s’accumulent dans les parcs nationaux non-supervisés. Privée de 60 % de ses employés, la Food and Drug Administration, chargée de la sécurité alimentaire, a réduit ses contrôles. Dans les aéroports, les files d’attente s’allongent faute d’agents chargés de vérifier les bagages et d’effectuer les fouilles. Certains tribunaux fédéraux d’immigration, déjà surchargés, ont dû fermer leurs portes. Et la recherche scientifique dans les laboratoires, financés par l’argent public, pourrait prendre du retard, faute de fonds.

Les acteurs économiques aussi rongent leur frein. Certaines petites entreprises, notamment agricoles, attendent toujours le versement de prêts et de subventions de la part d’agences publiques. D’autres n’ont toujours pas reçu les autorisations nécessaires à la commercialisation de leurs produits.

C’est le cas de Jason Sherman, patron d’une société de distribution de bières. Il voulait transférer sa licence d’alcool de Rochester, ville où il a fondé l’entreprise, à New York, où il veut ouvrir un magasin. Seulement, « plus personne ne répond au téléphone » au bureau fédéral chargé de délivrer le précieux document, explique le jeune homme de 31 ans. « Nous perdons environ 2 000 dollars par jour. Bientôt, il ne nous restera rien. J’ai investi l’argent hérité de mes parents dans l’affaire. C’est dur. »

Mais de toutes les victimes du shutdown, les populations dépendant d’aides sociales diverses sont plus particulièrement vulnérables. Parmi elles, les tribus amérindiennes largement subventionnées, les mères célibataires pauvres, les anciens combattants, les handicapés ou encore les 39 millions de bénéficiaires de « food stamps », un programme d’assistance financé par Washington pour aider les plus démunis à se nourrir. Si les aides ont été versées normalement en janvier, plusieurs États ont d’ores et déjà appelé les récipiendaires à contrôler leurs dépenses car elles ne le seront peut-être pas en février.

Assèchement progressif des crédits

Autre source d’inquiétude : l’arrêt progressif des programmes d’aide au logement pour les plus pauvres proposés par plusieurs agences, dont le Department of Housing and Urban Development. Seuls 300 employés de cette agence chargée du logement, sur 7 000, travaillent (sans paie) actuellement, ce qui est notamment synonyme de subventions non-versées ou retardées.

« J’ai dû puiser dans mes économies pour m’assurer que je pouvais payer le loyer de janvier », témoigne Jay Brooks, qui n’a pas reçu son versement mensuel. Pour cet ancien condamné qui multiplie les petits boulots dans la banlieue de Washington, le shutdown est un coup dur de plus. Il craint d’être expulsé de son appartement. « Je me tourne vers les aides de mon État et de ma ville. Je n’ai pas le choix si je ne veux pas finir à la rue. »

Malgré la prise en charge de certaines dépenses par les États, qui constitue l’échelon inférieur au système fédéral, la situation devrait se détériorer avec l’assèchement progressif des crédits. « Comme les aides sont fragmentées entre plusieurs ministères, elles ne cessent pas toutes en même temps, explique Jamila Michener, professeure spécialiste de la pauvreté à l’université Cornell. La plupart des filets de sécurité sont encore financés, mais si l’impasse se prolonge, cela ne sera plus le cas. »

Le discours sur l’état de l’Union menacé

En raison du shutdown, Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a demandé à Donald Trump de repousser son discours sur l’état de l’Union, prévu le 29 janvier. Chaque début d’année, cette intervention est l’occasion pour le président de présenter devant le Congrès ses priorités pour les douze mois à venir. Cet épisode est une nouvelle passe d’armes entre les responsables du parti démocrate et la Maison-Blanche. Selon un sondage de l’institut Quinnipiac publié lundi, 56 % des Américains estiment Donald Trump et ses alliés responsables du shutdown, tandis que 36 % en font porter la responsabilité sur le parti démocrate.

Source : La croix

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