Famille BEKHALED : Le djihad dans le sang

Les Bekhaled, cinq frères et leur sœur originaires de la banlieue lyonnaise sont renvoyés devant la justice. C’est dans ce dossier qu’un suspect a été remis en liberté en avril, après l’erreur d’un juge d’instruction.

Le djihad en famille. Total. En novembre prochain, la fratrie Bekhaled a rendez-vous avec la justice. Au printemps, deux juges d’instruction antiterroristes ont renvoyé les six frères et sœur de cette famille de la banlieue lyonnaise devant la cour d’assises pour y répondre de leur engagement dans la violence islamique.

Trois d’entre eux -Mohamed, Rafik et Farid- ne seront pas dans le box. Et pour cause, les trois frères se trouveraient toujours en Syrie où ils se sont rendus dès 2013. Leurs deux frères restés en France ne sont pas en reste puisque Reda et Karim, interpellés en septembre 2014, sont soupçonnés d’avoir projeté un attentat sur le territoire. Farida, l’aînée de la fratrie et unique fille, est quant à elle suspectée d’avoir voulu se rendre en Syrie et de partager l’idéologie mortifère de ses petits frères.

Au total, quinze personnes, dont un mineur et plusieurs accusés en fuite, seront jugées dans ce dossier considéré comme particulièrement sensible. Et qui vient d’alimenter une polémique avec l’erreur d’un juge d’instruction qui a conduit à la remise en liberté de Oualid B. en avril dernier, après près de deux ans de détention provisoire.

Reda, fasciné par la mort en martyr

Mais le personnage central de ce dossier c’est Reda Bekhaled. À 23 ans seulement, c’est déjà sa deuxième implication dans une affaire majeure. Mineur, il avait été poursuivi dans l’enquête sur Forsane Alizza, un groupuscule islamiste radical. La justice lui reprochait d’avoir activement participé à la recherche d’armes. Connu sous le pseudonyme « Kalachnikov-Lyon » par les autres membres du groupuscule, celui dont l’expert psychiatre soulignait l’« intelligence sans doute supérieure à la moyenne », a été condamné à deux ans de prison ferme en 2015.

Ces poursuites sont loin d’avoir atténué son engagement dans l’islamisme radical. Car, dès 2013, il est suspecté d’avoir incité et facilité le départ de Français vers la Syrie, dont plusieurs filles mineures. En relation permanente avec de nombreux djihadistes sur zone, à commencer par ses frères, il encourageait même à distance certaines opérations terroristes. Des échanges découverts sur la messagerie Skype indiquent qu’il a par exemple « pleuré de joie » en apprenant la mort d’un de ses camarades tué dans un bombardement en juillet 2013 : « un exemple à suivre », se félicite cet homme fasciné par la mort en martyr.

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Mohamed Bekhaled serait toujours en Syrie, avec ses frères Rafik et Farid./DRMais c’est en France que Reda Bekhaled était sur le point de passer à l’acte. Sur certaines écoutes, il laisse entendre qu’il veut agir « ici », cite en exemple Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche, le tireur du musée juif de Bruxelles. Les policiers découvrent également qu’il cherche à obtenir l’autorisation d’un « calife » en Syrie avant d’agir.

Le 5 septembre 2014, une conversation avec son petit frère Karim met en alerte les enquêteurs : « Ouais, faut se préparer pour le 16 et après… et après c’est à vue, Inch’Allah », lance Reda. « Cette conversation laisse apparaître clairement que la date du 16 septembre est arrêtée, pour une action commune des deux frères Bekhaled, l’expression c’est à vue ne pouvant être interprétée que comme l’usage d’armes », en déduisent les juges d’instruction. Aucune cible précise n’est en revanche établie.

Kalachnikov, gyrophare et brouilleur d’ondes

Karim Bekhaled, qui a effectué un séjour de deux mois en Syrie à l’automne 2013 où il a suivi un entraînement militaire, est interpellé le 16 septembre. Son petit frère sera arrêté deux jours plus tard en possession d’un revolver approvisionné de cinq cartouches. La perquisition réalisée dans le « logement conspiratif » de Reda Bekhaled à Vaulx-en-Velin dans la banlieue lyonnaise révélera la présence d’une kalachnikov, d’un gyrophare et d’un brouilleur d’ondes. Dans la chambre, la télévision est allumée et figée sur l’emblème de Daech.

Au cours de l’instruction, Reda Bekhaled a expliqué qu’il comptait commettre un braquage, et non un attentat. Sans convaincre les juges. « Mon client conteste toute participation à un projet d’action violente, soutient l’avocat de Karim. Le dossier ne fait état d’aucune action commune entre lui et son frère. » « La thèse de l’accusation sera fermement discutée », prévient également Me Florian Lastelle, l’avocat de Reda, tout en s’inquiétant de la situation carcérale de son client, placé à l’isolement depuis de nombreuses années.

Avant qu’elle ne revienne sur ses déclarations, les deux frères avaient été mis en cause par leur grande sœur Farida. Ils ont « l’intention, tous les deux, de se faire sauter et faire sauter des gens avec une ceinture explosive en France », avait-elle indiqué lors de sa garde à vue. Pendant l’instruction, elle s’est néanmoins efforcée de protéger ses frères. La jeune femme de 38 ans, elle aussi détenue depuis septembre 2014, se serait radicalisée derrière les barreaux.

En Syrie, l’un était sniper, les autres policiers

La date du départ en Syrie de Mohamed Bekhaled, le pionnier de la fratrie à se rendre sur place, n’est pas connue de manière très précise. Sa présence est en tout cas avérée à l’été 2013, alors qu’il vient seulement d’avoir 18 ans. Selon les témoignages de deux « revenants », l’adolescent est devenu sniper dans les rangs de l’État islamique. Dans un message de janvier 2014, alors qu’il est immobilisé à la suite d’une blessure l’obligeant à porter un plâtre, il manifeste son impatience de retourner au combat pour « saigner » ses adversaires comme des « porcs ».

Dans des messages Skype exhumés par les enquêteurs, Mohamed Bekhaled se targue auprès de ses frères de pouvoir atteindre une cible à « 900 m ». En avril 2014, il passe commande d’un anémomètre et d’une paire de jumelle de précision, l’outillage du parfait tireur embusqué, car il vise « la perfection ». En Syrie, il a notamment rencontré Foued Mohamed-Aggad, qui deviendra tristement célèbre comme l’un des kamikazes du Bataclan. Il est également suspecté d’avoir joué un rôle important dans le recrutement de nouveaux partisans de Daech.

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Sur cette photo non datée prise en Syrie, Mohamed Bekhaled (à droite) pose au côté de Foued Mohamed-Aggad (au centre), l’un des kamikazes du Bataclan./DRRafik et Farid Bekhaled, respectivement âgés de 33 et 30 ans, auraient quant à eux intégré la police de Daech. « Il était de la police d’Al Bab (NDLR : une ville syrienne au nord d’Alep) et à ce titre, il patrouillait dans la ville et interpellait les gens qui commettaient des infractions à la charia, a indiqué une revenante hébergée par Farid Bekhaled en décembre 2014. Une fois par mois, il partait en ribat (NDLR : patrouille armée) n’importe où en Syrie durant une semaine ou dix jours. » Quant à Rafik, toujours selon le même témoin, il était détenteur d’une kalachnikov et d’une ceinture explosive.

Depuis la Syrie, les Bekhaled n’ont jamais coupé le lien avec leurs frères restés dans la région lyonnaise. Un épisode du mois d’octobre 2013 en atteste. À l’époque, ils sollicitent Reda afin qu’il effectue des recherches en France sur une recrue prénommée Maxime Hauchard. Les soldats de Daech craignent une éventuelle infiltration par un espion occidental et ils chargent leur petit frère de mener l’enquête. Le jeune normand va passer le test avec succès. Fin 2014 Maxime Hauchard a été identifié comme un bourreau de l’EI sur une vidéo de propagande.

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