FRANCE: Benalla, le collaborateur au « sang chaud » de Macron

Alexandre Benalla, conseiller du président, a été filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai à Paris. Une enquête préliminaire a été ouverte. Régulièrement, il ponctue ses publications Facebook d’un « OKLM ». Un raccourci phonétique largement utilisé par les adolescents pour « au calme ».

L’est-il, Alexandre Benalla, ce collaborateur élyséen d’Emmanuel Macron filmé le 1er mai en train de frapper un homme à terre place de la Contrescarpe à Paris, un casque de CRS sur la tête et un brassard « Police » sur le bras ? « C’est quelqu’un de très professionnel et très agréable », se souviennent ceux qui l’ont côtoyé, au PS d’abord puis chez En marche ! pendant la campagne présidentielle. C’est aussi quelqu’un « qui a le sang chaud », concède un vieil ami de Benalla.

Voilà un bon moment qu’Alexandre Benalla navigue dans les réseaux politiques. En 2011, la fraîche vingtaine, il frappe à la porte de la Rue de Solférino. Il est reçu par le responsable de l’époque du service d’ordre (SO) du Parti socialiste. « Alexandre est venu me voir avec quelques photographies de lui et un CV. Il était jeune, c’est vrai, mais très motivé. Il était réserviste de la gendarmerie et avait déjà géré la protection d’acteurs », raconte Éric Plumer au Point. La primaire socialiste bat son plein, et Benalla se voit attribuer la sécurité de Martine Aubry, avant d’intégrer le SO de François Hollande pendant la campagne présidentielle.

Viré par Montebourg

« Il adore la sécurité, c’est étrange à dire, mais c’est une passion pour lui. Il n’avait qu’un seul objectif en tête : le Service de protection des hautes personnalités [SPHP] », se souvient Plumer, qui abonde : « C’est moi qui l’ai formé, on avait une relation quasi filiale. Il était jeune et un peu fougueux, il fallait le contrôler. C’était mon job. » Une fois François Hollande élu, Alexandre Benalla se rapproche d’Arnaud Montebourg, qui le débauche comme chauffeur sur conseil du SPHP. La collaboration sera éphémère, raconte l’ancien ministre au Monde : « Je m’en suis séparé au bout d’une semaine après une faute professionnelle d’une première gravité : il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite. »

Benalla quitte alors les services d’ordre du monde politique et rejoint Velours, un groupe privé spécialisé dans la protection et la sécurité. L’ancien homme de main bourlingue à l’étranger, du Maghreb au Moyen-Orient. Ses anciens amis du PS sourient en le voyant s’afficher sur les réseaux sociaux « au volant de grosses cylindrées rutilantes » et avec « des montres toujours plus grosses » au poignet. « Il nous envoyait aussi des clichés de lui aux côtés d’hommes en treillis, avec des armes de guerre. Il continuait de se former à la sécurité ailleurs qu’en France. Ça ressemblait à des camps d’entraînement militaires », raconte un ancien proche du SO du PS qui concède : « On avait l’impression de voir un agent spécial, ou un barbouze. C’était vraiment bizarre. »

Devis pour des armes

Officiellement, l’homme est inconnu au bataillon et ne figure sur aucun organigramme de l’exécutif. Pourtant, il est depuis le début de la campagne au centre de la macronie qui le débauche et le nomme responsable de la sécurité du candidat. Comme au PS, l’homme s’investit pleinement. « Voire trop », admet un membre de l’équipe de campagne. On retrouve la trace d’Alexandre Benalla dans les mails de la campagne révélés par WikiLeaks. Il fait ainsi établir un devis pour le service de sécurité du candidat Macron pour l’achat de boucliers antiémeute, d’un Flash-Ball, de deux pistolets lanceurs de balles en caoutchouc, d’une dizaine de petits pistolets propulsant du gaz lacrymogène, de sacs militaires et d’un gilet pare-balles.

 

Source : Le Point

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