FRANCE : Ces signes imminentes de l’arrivée d’une seconde vague d’épidémie de COVID-19

Les Français oublient peu à peu les rigueurs du confinement dû au coronavirus… mais aussi la distanciation physique et les gestes barrières. Et pourtant. Les épidémiologistes multiplient les messages d’alerte. Le taux de reproduction du virus augmente dans cinq régions françaises.

La pandémie mondiale s’accélère. Et le Covid-19 pourrait être favorisé par les conditions automnales ou hivernales. Autant d’éléments qui rendent probable l’arrivée une seconde vague en France. Passons-les en revue.

La question n’est pas de savoir s’il y aura une seconde vague de contamination de coronavirus en Europe, et singulièrement en France, mais “quand” elle surviendra et de “quelle ampleur” elle sera. Ainsi s’exprimait, fin mai, la directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), Andrea Ammon. Qui ajoutait : Maintenant que l’on voit clairement les infections baisser, les gens pensent que c’est fini. Mais ça ne l’est pas.

Et pourtant… Dimanche 21 juin, à l’occasion de la Fête de la musique à Paris, on a vu des scènes de liesse, dansantes et collectives. Malgré un nombre d’événements restreints et les restrictions sanitaires toujours en cours, on a assisté à la multiplication de rassemblements festifs spontanés.

Autant d’entorses à la distanciation physique et aux gestes barrières, regrettent les autorités. Autant de relâchements coupables, grimacent les épidémiologistes et les médecins. Car, si le virus est sous contrôle en France selon les experts désignés par le gouvernement, il circule toujours. Pire, il voit son taux de reproduction augmenter dangereusement dans plusieurs régions françaises. Par ailleurs, la pandémie s’accélère dans le monde, alerte l’OMS. Et le virus pourrait bien voir son expansion favorisée par les conditions automnales ou hivernales.

Alors, va-t-on vers une seconde vague en France ?

Voyons les indices qui tendent à montrer qu’une telle éventualité n’a rien d’impossible.

1. Les épidémiologistes tirent la sonnette d’alarme

Ils sont partout. À la radio, sur les plateaux de télévision, les sites Internet et les réseaux sociaux, dans les journaux. Ils multiplient les mises en garde, les appels à la raison, à la prudence, à ne pas oublier la distanciation physique et les gestes barrières.

Épidémiologistes, médecins et virologues comprennent évidemment le besoin de liberté des Français après deux mois et demi de confinement, qui plus est à l’arrivée des beaux jours et alors que les statistiques sanitaires se montrent plus rassurantes. Mais jugent coupable la légèreté de certains citoyens face à un virus qui, pour être sous contrôle comme l’affirme le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique chargé de guider les autorités face à la crise sanitaire, n’a absolument pas disparu.

En France, le virus recule, mais il circule toujours, a d’ailleurs lui-même rappelé voici quelques jours le ministre de la Santé Olivier Véran.

Pour Pascal Crépey, épidémiologiste à l’École des hautes études en Santé publique de Rennes (EHESP), l’épidémie est sous contrôle, mais le risque est toujours là. Il est impératif de maintenir la distanciation physique et les gestes barrières.

Et, face aux images de rassemblements improvisés lors de la Fête de la musique, dimanche, certains médecins se montrent critiques : Ce n’est pas du tout ce que le déconfinement progressif impliquait. Je comprends que la Fête de la musique soit libératoire, mais ne pouvait-on l’éviter cette année ?, demande ainsi Gilbert Deray, médecin-chef à la Pitié Salpêtrière.

Certains vont plus loin. Ainsi, Martin Blachier, médecin épidémiologiste spécialiste de santé publique, invité sur le plateau de l’émission « C dans l’air », sur France 5, assure qu’une deuxième vague est inévitable en France. Et il va jusqu’à la dater précisément : ce sera pour la deuxième quinzaine d’août. Il se réfère pour cela aux nouveaux cas de Covid-19 apparus ces derniers jours dans certains pays qui paraissaient pourtant avoir l’épidémie sous contrôle, comme la Chine ou la Nouvelle-Zélande.

Sans évidemment aller jusque-là, le Conseil scientifique, dans un avis remis au gouvernement ce dimanche 21 juin, appelle à la plus grande vigilance. Selon les treize membres qui le composent, le retour en force de la maladie sur le territoire français, à court ou moyen terme, est une probabilité. Les experts font notamment état de trois données principales : le faible taux d’immunité collective, la dynamique épidémique dans les autres régions du monde et l’expérience des pandémies grippales.

Le virus continue à circuler sur le territoire, confirme la Direction générale de la santé (DGS). Et parfois même activement, comme en Normandie, en Occitanie, en Auvergne Rhône-Alpes, en Martinique et en Guyane, mais aussi à Mayotte. Ce qui nous amène tout naturellement au second indice : celui du taux de reproduction du virus.

2. Le R0 est supérieur à 1 dans cinq régions françaises

Une lettre pour une notion qui commence à nous être familière. Rappelons que le taux de reproduction « R0 » est l’un des indicateurs qui permet d’évaluer la transmission et la circulation du virus sur le territoire. Cette valeur correspond au nombre moyen de personnes infectées par un malade, explique Santé publique France. Qui précise : Une valeur supérieure à 1 exprime une tendance à l’augmentation du nombre de cas.

Ce qui se comprend facilement : ce chiffre indique alors qu’un malade contamine plus d’une personne. Donc que l’épidémie croît.

Or, qu’observe-t-on ? Qu’entre le 6 et le 12 juin, cinq régions présentent un taux de reproduction supérieur à 1, selon le dernier bilan de Santé publique France. En Normandie, le taux de reproduction effectif du virus a augmenté cette dernière semaine, jusqu’à dépasser le seuil d’alerte fixé à 1,5, indique la Direction générale de la santé. Ce chiffre est désormais de 1,6.

Les quatre autres régions où l’indicateur R0 est supérieur à 1 sont l’Auvergne Rhône-Alpes (1,02), l’Occitanie (1,51), la Martinique (1,57) et la Guyane (2,59). Dans ces territoires, le virus circule activement, souligne la DGS (à Mayotte, le nombre de cas de contamination reste élevé, mais il tend à baisser).

Comment expliquer cette hausse ? Elle est liée à deux facteurs principaux.

Un, la hausse du nombre de foyers de transmission (les fameux clusters) : 37 la semaine du 14 juin contre 29 la semaine du 7 juin (+ 27,6 %). En Normandie, cette augmentation s’explique par la détection de clusters au sud de Rouen, ainsi qu’à Belbeuf et Fécamp (Seine-Maritime), selon l’Agence régionale de santé.

Deux, la multiplication des tests de dépistage. C’est encore le cas en Normandie, mais aussi en Martinique, où le R de 1,57 est lié au dépistage systématique des voyageurs arrivant sur l’île, selon Santé publique France.

Rien que de très normal, rétorqueront certains. Avec le déconfinement d’une part et l’augmentation des tests d’autre part, il est logique que l’on voit ce fameux « R0 » augmenter. Ce qui n’est pas faux.

Du coup, jetons un œil à la valeur de R au niveau national. En France, le taux de reproduction du virus est de 0,96 sur la période du 6 au 12 juin, selon Santé publique France.

C’est une bonne nouvelle, parce que l’indicateur est inférieur à 1, ce qui signifie qu’une personne infectée en contamine en moyenne moins d’une autre et que par conséquent l’épidémie est en régression en France.

Mais la mauvaise nouvelle, c’est que ce chiffre, s’il évolue faiblement, a tendance à augmenter – sa valeur était estimée à 0,88 le 1er juin. On se rapproche donc peu à peu de la valeur 1 fatidique.

Par ailleurs, si cet indice n’est bien sûr qu’un des facteurs de suivi du coronavirus, la hausse du R0 dans ces cinq régions est un vrai signal d’alerte, met en garde le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat, contacté par franceinfo. Avec le déconfinement, il ne reste plus que les mesures barrières pour faire baisser ce taux de reproduction. Ces données montrent qu’il faut rester hypervigilant, car l’épidémie pourrait redémarrer très vite.

3. La pandémie accélère au niveau mondial

En France, certains pourraient avoir l’impression que le coronavirus appartient au passé. Rien n’est plus faux. En Europe, comme ailleurs sur la planète.

Il a fallu plus de trois mois pour que le premier million de cas de coronavirus soit signalé. Le dernier million de cas a été signalé en seulement huit jours, a d’ailleurs averti lundi 22 juin le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Cela démontre que la pandémie continue de s’accélérer.

Neuf millions de contaminations dans le monde, plus de 120 000 morts aux États-Unis, un virus plus que jamais virulent en Asie et en Amérique du Sud : l’Organisation mondiale de la Santé, qui voit d’un mauvais œil les nombreux pays qui déconfinent de plus en plus largement leurs populations, tient à alerter les autorités et les opinions publiques, désireuse tout à la fois d’anticiper un retour de crise et un retour de bâton – elle a été vivement critiquée pour sa gestion au début de l’épidémie en Chine.

Reste qu’elle n’a pas tort. Car, dimanche, ce sont près de 183 000 personnes qui ont été testées positives au Covid-19 dans le monde – un record en 24 heures depuis le début de l’épidémie.

À toutes ces données chiffrées, on peut ajouter que l’Allemagne vient – pour la première fois – de réintroduire deux confinements locaux sur son territoire, qui ne concernent pas moins de 640 000 personnes. Une décision liée à l’apparition d’un foyer de contamination dans un grand abattoir où plus de 1 500 cas d’infections ont été détectés.

Par ailleurs, certains pays sont d’ores et déjà touchés par une seconde vague. C’est le cas de la Chine, de l’Iran, de l’Inde et de la Corée du Sud, qui a reconnu ce mardi qu’elle luttait depuis mi-mai contre une deuxième vague de coronavirus, avec entre 35 et 50 nouveaux cas répertoriés chaque jour, essentiellement à Séoul et ses environs.

4. Le virus pourrait être sensible aux saisons

On entre ici dans un domaine où les certitudes sont moindres. Mais certaines pistes semblent indiquer que le Covid-19 pourrait être sensible à la chaleur – et qu’il préférerait le froid et l’humidité pour se développer.

Si on regarde l’historique des grandes pandémies de virus respiratoires, on voit que huit sur dix régressent dans les pays européens de manière spontanée durant l’été. En revanche, vous en avez cinq sur dix qui récidivent à l’automne, déclarait ainsi début juin le professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique.

Un avis partagé ce lundi par les 13 membres de ce même Conseil. Une intensification de la circulation du Covid-19 dans l’hémisphère nord à une échéance plus ou moins lointaine (quelques mois, et notamment à l’approche de l’hiver) est extrêmement probable, estime le groupe d’experts chargé d’éclairer le gouvernement sur l’évolution de l’épidémie.

Un avis également exprimé aux États-Unis par le directeur de l’institut national des maladies infectieuses, Anthony Fauci : Il est probable que le Covid-19 puisse revenir selon des cycles saisonniers, l’expert américain soulignant que le coronavirus commençait à se répandre dans les pays de l’hémisphère sud, où l’hiver arrive.

S’ils connaissent une épidémie importante, il nous sera indispensable d’être prêts à faire face à un deuxième cycle, met en garde Anthony Fauci. Qui laisse entendre que ce virus semble mieux se porter par temps froid que dans un climat chaud et humide, faisant écho à une étude chinoise allant dans ce sens.

Pourquoi ? Parce que les gouttelettes expulsées par les malades subsistent plus longtemps à l’air libre dans le froid, et que les défenses immunitaires sont affaiblies en hiver. Mais aussi parce que les virus se dégradent plus rapidement sur des surfaces chaudes, la couche de gras protectrice qui les enveloppe séchant plus rapidement.

Dans de nombreux pays de l’hémisphère sud, à l’approche de l’hiver austral, l’Argentine, le Chili, le sud du Brésil, l’Afrique du Sud connaissent des croissances épidémiques fortes qui nous rappellent les nôtres il y a quelques mois, relève de son côté l’épidémiologiste Antoine Flahault, qui dirige l’Institut de santé globale de l’Université de Genève. Lequel tient tout de suite à relativiser la notion de saisonnalité : Rien n’est encore très clair à propos de cette composante saisonnière.

De nombreux experts se montrent en effet prudents sur la question. Le réchauffement estival ne sauvera pas à lui seul l’hémisphère nord de la pandémie, affirment ainsi des chercheurs de l’université américaine Princeton dans une étude publiée voici quinze jours par la revue Science . Nous prévoyons que les climats plus chauds et humides ne ralentiront pas le virus dans les stades initiaux de la pandémie, explique Rachel Baker, chercheuse à Princeton et co-auteur de l’étude.

En fait, expliquent les auteurs de cette étude, vu la faible immunité collective contre le Covid-19, le virus se propagera vite, quelles que soient les conditions climatiques. Et, en l’absence de mesures de contrôle ou de vaccin, ajoutent-ils, il va contaminer progressivement une plus grande partie de la population. C’est seulement après qu’il pourrait devenir saisonnier, comme ses cousins.

Pour preuve de la difficulté à trancher ce débat, le professeur Didier Raoult, qui avait affirmé dans un premier temps ne pas croire en une deuxième vague de coronavirus en France, s’est montré plus prudent dans une vidéo publiée mercredi dernier.

On ne sait pas ce que deviendra la distribution du coronavirus actuel, admet le directeur de l’IHU Méditerranée. Personne n’est capable de prévenir l’avenir. Il se peut que ce soit comme les autres coronavirus : qu’il y ait un autre moment de la saison hivernale ou printanière avec un nouveau pic épidémique. Ou bien il se peut qu’elle disparaisse.

Didier Raoult invite à ce sujet à observer l’évolution de l’épidémie en Nouvelle-Zélande, qui a des conditions climatiques assez proches de celles de la France et entre actuellement dans sa saison hivernale : S’il y a une épidémie en Nouvelle-Zélande dans les semaines qui viennent, on peut redouter qu’il y ait le même type d’épidémie l’hiver prochain en France, car c’est comme ça que ça se passe pour la plupart des infections respiratoires.

Quoi qu’il en soit, quelle serait la réponse du gouvernement à une seconde vague de Covid-19 ? L’idée d’un nouveau confinement semble écartée. La stratégie de réponse, notamment pour protéger les personnes les plus vulnérables sans recourir à un reconfinement général, ainsi que le dispositif sanitaire, seront présentés par le gouvernement dans les prochains jours. Des dispositions particulières seront prises pour l’été, a indiqué Matignon samedi. En attendant, les indicateurs de l’évolution de l’épidémie vont continuer à être scrutés de près. Car, c’est une certitude, l’épidémie est de toute façon loin d’être terminée.


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