FRANCE : Le négationniste Robert Faurisson est mort à Vichy

9 avril 2015, Bagnolet (93), FRANCE. Robert Faurisson, militant négationniste plusieurs fois condamné, s'exprime lors d'un banquet organisé à l'occasion des 65 ans du magazine d'extrême droite Rivarol. 600 personnes ont payé pour être présentes.

Robert Faurisson, figure du négationnisme français (proche de Dieudonné et Soral), est mort dimanche à 89 ans. «Robert Faurisson revenait d’Angleterre quand il s’est écroulé dans son couloir dans sa maison de Vichy», a déclaré à l’AFP Yvonne Schleiter, sa sœur. Son éditeur Akribeia a également confirmé à l’AFP le décès de l’universitaire plusieurs fois condamné.

Ancien professeur de littérature de l’Université de Lyon, Robert Faurisson avait fait face à une cascade de procès après que ses thèses eurent été publiées dans la presse, fin 1978, déclenchant une tempête de protestations indignées chez les victimes de la Shoah et dans toute la société française et européenne. Il soutenait que le génocide des juifs par les nazis était un mensonge destiné à récolter des dommages de guerre et que les déportés sont morts de maladie et de malnutrition. Il contestait aussi l’authenticité du Journal de la jeune juive néerlandaise Anne Frank.

La Fondation Shoah a également annoncé sa mort sur Twitter, en regrettant que «ses thèses immondes vivent encore».

Premier condamné en vertu de la loi Gayssot

Dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012, Robert Faurisson commence dès le début des années 1960 à se pencher sur l’histoire du génocide des Juifs. Sa thèse est d’affirmer que les chambres à gaz n’ont jamais été utilisées pour gazer les hommes, mais qu’elles servaient d’épouillage en temps de guerre. Il a été le premier justiciable français condamné en vertu de la loi Gayssot de 1990, qui interdit de contesterles crimes contre l’humanité définis en 1946 par le statut du tribunal de Nuremberg.

Né le 25 janvier 1929 en Grande-Bretagne, d’une mère écossaise et d’un père français, il est agrégé de lettres et exerce d’abord dans le secondaire avant d’enseigner à l’université Paris III puis à partir de 1973 à l’université Lyon II. Celui qui se voulait « le maître à penser du négationnisme mondial », commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires puis dans les médias.

En 1978, Faurisson fait parler de lui en publiant dans Le Monde une lettre tribune intitulée « le problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ». La polémique enfle, il ne peut plus exercer normalement ses cours et se consacre alors à l’enseignement à distance.

Il se proclame « anti-sioniste », une position qui lui vaudra le soutien de l’Iran, où il devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant « le courage, la résistance et la combativité ».

« Prix de l’infréquentabilité »

Devenu une icône, en France, des théories niant l’existence d’un génocide des juifs, il a également perdu de nombreux procès pour diffamation, intentés contre ceux qui le décrivaient comme un « menteur » ou un « faussaire de l’histoire », comme ce fut le cas de Robert Badinter, lors d’une décision de justice rendue en 2007.

Robert Faurisson avait été condamné à trois reprises en 1981 pour diffamation à l’encontre d’un chercheur du CNRS et pour diffamation raciale après avoir nié le génocide des juifs au micro d’Europe 1.

Plus récemment, Robert Faurisson s’était vu remettre le « prix de l’infréquentabilité », en 2008, sur la scène du Zénith de Paris par l’humoriste français Dieudonné M’Bala M’Bala. Le polémiste a été condamné par la cour d’appel de Paris à 10 000 euros d’amende pour ce spectacle, au cours duquel il demandait au public d’applaudir Robert Faurisson, qui s’était vu remettre le prix par un comparse déguisé en déporté juif.

Au mois d’avril 2018, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement qui avait débouté M. Faurisson de sa plainte en diffamation contre Le Monde, suite à un article écrit en 2017 par la journaliste Ariane Chemin, dans lequel elle qualifiait la thèse de l’ancien professeur de « délirante ». Les magistrats avaient mis en avant, fait rare dans l’histoire du droit de la presse, une « exception de vérité », attestant du fait que Robert Faurisson pouvait être qualifié de « faussaire » par la journaliste.

Dans les archives :   Le jour où « Le Monde » a publié la tribune de Faurisson

Le jeudi 25 octobre, le tribunal correctionnel de Cusset (Alliers) devait rendreson jugement à l’encontre de Robert Faurisson, poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité dans trois textes publiés en 2013 et 2014 sur son site internet.

« Involontairement, un grand service rendu »

L’historien de la déportation Serge Klarsfeld a réagi, lundi matin, à sa mort, qui, selon lui, a « rendu un grand service involontairement » en permettant que la Shoah soit « l’un des événements les mieux connus du monde »« Il était un des pionniers du négationnisme. Ce qu’il écrivait était pour moi répulsif, agaçant, douloureux », a déclaré Serge Klarsfeld.

« Les négationnistes (…) ont fait comprendre au monde juif et au monde scientifique qu’il fallait un grand travail universitaire à travers le monde occidental pour pouvoir écrire chaque page de la Shoah d’une façon très précise », a ajouté le président de l’association Fils et filles des déportés juifs de France.


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