FRANCE : L’Eglise dans la tourmente après la condamnation du Cardinal Barbarin

Jugé coupable de non-dénonciation d’agressions pédophiles, l’archevêque de Lyon a présenté sa démission au pape, jeudi.

RELIGION- C’est une bombe à fragmentation, dont les éclats n’en finissent pas de s’abattre sur l’Eglise catholique, restée si longtemps muette face à la pédocriminalité de certains de ses membres et à la souffrance des victimes.

Jeudi 7 mars, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, condamné à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Lyon pour n’avoir pas dénoncé les agissements pédophiles du père Bernard Preynat – avoués par leur auteur mais non encore jugés – a immédiatement présenté sa démission.

L’archevêque de Lyon est par sa fonction titulaire d’un autre titre: celui de primat des Gaules. Par conséquent, la tentation est grande de voir dans la démission imminente du cardinal Philippe Barbarin, dans la foulée de sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des actes pédophiles de Bernard Preynat, la décapitation de l’Eglise de France.

Le mastodonte parisien et la Conférence des évêques de France 

Pour autant, cette prééminence n’est plus que symbolique. Il faut donc bien qu’un autre prélat, ou une autre instance ecclésiale, exerce la réalité du pouvoir dans l’Eglise de France, pour relayer l’autorité vaticane. S’agit-il de l’archevêché de Paris de monseigneur Michel Aupetit ? Très visible médiatiquement, l’archidiocèse parisien est aussi numériquement le mastodonte du clergé français. Il dispose en effet de 504 prêtres incardinés, et 477 en activité, surpassant les 304 curés incardinés lyonnais et 343 en activité, et l’institution francilienne couvre un territoire peuplé de plus de 22 millions de personnes.

Pour autant, il faut encore regarder ailleurs pour trouver le premier personnage du clergé français. Celui-ci est en fait constitué en Conférence des évêques de France. Fort de 120 membres, la conférence rassemble tous les évêques, archevêques et cardinaux français, ainsi que les évêques rattachés aux églises arménienne, ukrainienne et maronite. L’institution a la charge des affaires de l’Eglise de France et peut intervenir dans les questions de société. A ce jour, c’est monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, qui en est le président.

Des voix se sont bien sûr élevées pour se réjouir du « tournant historique » pris le 7 mars, comme celle du père Pierre Vignon, auteur, en août 2018, d’une pétition appelant à la démission de Philippe Barbarin, qui avait recueilli plus de 100 000 signatures. « La décision qu’il vient de prendre le met enfin à la hauteur de ce qui se passe », juge le prêtre, destitué en novembre 2018 de sa fonction de juge ecclésiastique à Lyon pour avoir osé lancer son appel. Le pape François « rendra service à l’Eglise et au monde en acceptant la démission du cardinal », ajoute-t-il. Interrogé le 26 août 2018 sur la démarche du père Vignon, le souverain pontife, proche du cardinal, qui a été sa porte d’entrée en France où il ne connaissait quasiment personne, avait louvoyé en insistant surtout sur la présomption d’innocence.

Heureusement surprise

Un autre prêtre, Jean-Luc Souveton, abusé par un religieux à l’adolescence, s’est dit « très heureusement surpris » de la décision du tribunal, auprès de l’AFP. Elle a « apporté la réponse à la question de Mgr Barbarin, qui avait demandé durant son procès pourquoi il était poursuivi », ajoute ce religieux stéphanois dont l’agresseur a été condamné en décembre 2018. « Pour les victimes, c’est le signal qu’il ne faut pas désespérer de la justice. Et je suis surpris que le cardinal fasse appel. » A Lyon, en revanche, où le diocèse s’est profondément divisé sur le procès intenté au cardinal, personnage à la fois admiré et controversé, la partition perdure entre champions et détracteurs du prélat.

C’est évidemment parmi les victimes, à l’origine du procès, que la satisfaction est la plus éclatante. « C’est un signal fort qui dit que personne n’est au-dessus des lois, parce que la justice divine n’est pas la même que celle des hommes. Ici, on est sur terre », s’est réjoui François Devaux, fondateur de l’association La Parole libérée. Pierre-Emmanuel Germain-Thill, également membre de l’association, demande au pape d’appliquer « la tolérance zéro » en défroquant le cardinal Barbarin, comme il l’a fait, en février, pour l’ex-cardinal américain Theodore McCarrick, accusé non pas d’avoir couvert des abus sexuels dont il aurait eu connaissance, mais de les avoir commis.

En mars 2016, à Lourdes, Philippe Barbarin avait assuré : « Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n’ai couvert le moindre acte de pédophilie. » A la stupéfaction générale, il avait ajouté : « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits. »C’est de cette phrase inouïe que le réalisateur François Ozon a tiré le titre de son film, Grâce à Dieu, en salle depuis le 20 février, malgré les tentatives des avocats du père Preynat, d’empêcher sa sortie à la date prévue. « A travers le cas du cardinal Barbarin, la non-dénonciation d’actes pédophiles est enfin reconnue comme une véritable infraction aux yeux du grand public, a déclaré le cinéaste, cité par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Cela va permettre une libération de la parole encore plus importante et dans beaucoup de domaines. » Le film a déjà été vu par près de 500 000 personnes.

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