FRANCE : Michel Vaujour, ex-gangster, s’est converti à l’islam et s’appelle désormais Abdelnour

L’ancien gangster, Michel Vaujour, qui a passé vingt-sept ans derrière les barreaux et s’est évadé cinq fois, a découvert l’islam, le yoga, et a tourné définitivement la page du grand banditisme. Il raconte sa vie dans un livre, «L’amour m’a sauvé du naufrage».

La rencontre avec Michel Vaujour a eu lieu deux jours après l’interpellation de Redoine Faïd dans sa cité natale de Creil (Oise), trois mois après son évasion par hélicoptère. L’entrevue tombe à pic : on va pouvoir bavarder un peu du «roi de la cavale» avec un cador du genre. Ex-bandit lui aussi, l’homme de 67 ans – dont 27 derrière les barreaux – s’y connaît en la matière : il s’est fait la malle cinq fois. De ses belles, l’une, particulièrement rocambolesque, est restée gravée dans les annales. Celle du 26 mai 1986 quand, après avoir obtenu son brevet de pilote, sa femme de l’époque, Nadine, est venue le récupérer aux commandes d’un hélicoptère au-dessus de la prison de la Santé, où il était alors détenu.

Quand on le retrouve au 47étage de la tour Montparnasse, dans les bureaux de son éditeur, Michel Vaujour n’est pas vraiment au courant pour Faïd. «Cela peut surprendre, mais je m’en fous complètement»,lâche-t-il. Pas une once de fascination, ni même un léger intérêt. D’ailleurs, il prononce «Redoine Saïd». Contrairement au Creillois qui clamait sa rédemption sur tous les plateaux télé avant de remettre ça, Michel Vaujour a, lui, définitivement tourné la page. «Je ne suis plus de ce monde-là», tranche celui qui vient de publier L’amour m’a sauvé du naufrage (XO Editions). Une somme de quelque 500 pages dans laquelle il revient sur sa vie, de son enfance rurale, entre violence et abandon, à ses premières amours, en passant par ses dix-sept années d’isolement en quartier de haute sécurité (QHS).

«Dès que j’étais en prison, je m’évadais»

De vols de voitures en casses de banques, Vaujour a pourtant fréquenté très jeune prétoires et prisons. Ça commence par un vol de voiture, un soir de cafard amoureux : «A côté d’un grand hôtel tout illuminé, je remarquai une voiture stationnant devant l’entrée dont le moteur tournait. Elle était vide, sans personne à l’intérieur. L’idée de la prendre pour emmener Zabeth danser, comme nous le faisions si souvent à Paris, me traversa l’esprit. […] Sans réfléchir un instant de plus, je posai la main sur la poignée. La portière n’était pas fermée», raconte-t-il dans son livre. Rapidement, son penchant pour l’évasion plombe l’addition. A 25 ans à peine, le petit délinquant cumule déjà des peines aussi longues que son âge. «J’étais dans une fuite en avant», analyse le repenti.

Longtemps, il n’a été habité que par une irrépressible envie : «Dès que j’étais en prison, je m’évadais. Ce qui m’animait, ce n’était pas d’être ailleurs, c’était de ne plus être en taule.» Pour y parvenir, Michel Vaujour tue ses heures de cellule à échafauder des scénarios plus minutieux les uns que les autres. Parmi les plus notables : user de cire de Babybel pour prendre l’empreinte d’une clef, modeler un revolver factice avec du savon et du cirage noir, le planquer «dans son slip» pour ensuite menacer une magistrate… Afin d’échapper aux flics, le fugitif s’est même fait «refaire la gueule» – le nez, plus précisément. Pas frileux pour un sou, le voyou s’est aussi pointé un jour au commissariat du coin pour faire établir le vol d’une sacoche avec son portefeuille.

Policé «comme un caillou»

Mais «[sa] plus belle évasion» reste celle accomplie sous la bénédiction des juges. «Le 10 février 2003 au soir, alors que j’étais à travailler, un voisin de cellule tapa au mur pour m’informer que le journal télévisé venait d’annoncer ma mise en liberté conditionnelle.» Ces quinze dernières années à l’air libre – dans «la vie normale» – l’ont «arrondi»,confie-t-il, «comme les cailloux qui se frottent les uns aux autres dans la rivière». L’ex-taulard développe : «Ma relation aux autres a changé. Avant, j’étais plus hard, plus abrupt. Je ne m’en rendais pas compte, c’était comme ça dans le milieu d’où je venais.»

Apaisé, quasi stoïque, le sexagénaire aux yeux clairs lâche en pleine séance photo (alors qu’on lui demande de se contorsionner un peu) :«C’est presque une posture.» Depuis qu’il a découvert le yoga dans «la solitude de [sa] cellule», Vaujour n’a jamais lâché. Les techniques de respiration lui ont d’abord permis de tenir dans l’exiguïté, de rester «prêt au combat», de «s’ouvrir à l’ascèse». De progresser aussi dans sa rééducation, quand il s’est retrouvé hémiplégique après avoir pris une balle dans la tête, lors du braquage d’une banque. On peine à imaginer ce colosse à la démarche un peu raide dans la position du lotus… mais il ne faut pas s’y fier. Chaque matin, il s’adonne durant quarante-cinq minutes à cette «hygiène mentale», donne régulièrement des cours et rencontre souvent des pontes de la discipline.

«Jamila veille»

In fine, toutes ces années de taule l’auraient aidé à développer «[sa] capacité à être heureux». «Le bonheur dépend d’abord de nous. Ce ne sont pas les choses autour qui ont changé, c’est moi», philosophe cet amateur du jeu d’échecs. Trois décennies à l’ombre ont aussi altéré sa perception du temps : il peut, par exemple, facilement se rendre deux fois au même rendez-vous. «Mais Jamila veille», souffle-t-il. Jamila dont il s’est fait tatouer le visage sur son épaule. Et avec laquelle il s’est marié en 1999, à la centrale de Moulins-Yzeure. Etudiante en droit, Jamila lui avait envoyé une première lettre neuf ans plus tôt.

Pour lui, cette «force tranquille» a écopé de sept ans de prison, en a purgé cinq, après avoir tenté de le faire évader. Sans le courage des femmes de sa vie, Michel Vaujour aurait sans doute pris l’air moins souvent. Le truc qui l’a «bluffé» «Elle ne s’est pas plainte une fois de sa détention.» Il convient que «c’est un peu idiot de penser comme ça»,mais a grandi «dans des valeurs de force et de courage». Surtout, elle n’a pas flanché face aux magistrats lors de son procès, le soutenant jusqu’au bout. Durant ses années d’incarcération réciproque, le couple échange des centaines de missives, griffonnant dix à douze pages par jour. Ils ont tout gardé, en ont «des cartons comme ça»«Un petit sucre quotidien dans le café pourri de Fresnes», se souvient Vaujour, ému.

Désormais, l’homme a trouvé son chemin. Il cite un psaume de combat, nous lance : «J’ai toujours été attiré par le religieux. Enfin, par la spiritualité.» Quand il était môme, Vaujour voulait devenir prêtre, influencé par un abbé auprès duquel il grandissait, figure de substitution rassurante quand le paternel avait le lever de coude facile et la main leste. Converti à l’islam «à la mode soufie» par amour pour Jamila, l’ex-braqueur s’est trouvé un nouveau prénom : Abdelnour. Soit «l’esclave de la lumière».

L’amour m’a sauvé du naufrage, XO Editions, 544 p. 21,90e 

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