FRANCE : Un ex agent de la DGSE impliqué dans un projet d’assassinat d’un opposant congolais, retrouvé mort criblé de balles

Un ex-agent de la DGSE a été tué par balle jeudi dernier en Haute-Savoie. Daniel Forestier, 58 ans, avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une enquête sur le projet d’assassinat d’un opposant au président congolais.

Un ex-agent de la DGSE  (Direction générale de la Sécurité extérieure) a été retrouvé mort sur un parking en Haute-Savoie, jeudi 21 mars. Le corps de Daniel Forestier, 57 ans, a été retrouvé le 21 mars sur un parking de la commune de Ballaison, proche du lac Léman, mais l’identité de l’ancien agent du service action de la DGSE n’a pu être confirmée que mardi soir, via son avocat, prévenu par la famille de la victime.

Le meurtre intrigue puisqu’il s’apparente à une exécution, l’autopsie ayant révélé cinq impacts de balles sur la victime, dont un au niveau du cœur et un autre dans la tête.

« Association de malfaiteurs » et « détention d’explosifs »

Après la découverte du corps, le parquet de Thonon-les-Bains avait immédiatement ouvert une enquête pour assassinat, et le dossier a été repris lundi par la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lyon, compétente en matière de criminalité organisée.

Daniel Forestier avait été pendant 14 ans au service action de la DGSE, avant de devenir conseiller municipal de la commune de Lucinges. Poste qu’il avait quitté en septembre dernier, rapporte Le Dauphiné. Car au même moment, l’homme de 58 ans était mis en examen par la Jirs et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une enquête sur le projet d’assassinat de Ferdinand Mbaou, un opposant au président congolais Denis Sassou Nguesso réfugié en France depuis près de 20 ans., avec l’aide d’un autre agent de la DGSE, Bruno Susini.

L’ancien militaire de carrière et un autre ex-agent des services de renseignements extérieurs français, Bruno Susini, avaient été inculpés « d’association de malfaiteurs » et « détention d’explosifs ». Un troisième homme avait été placé sous le statut de témoin assisté.

Le mode opératoire et les zones d’ombre entourant l’assassinat de Forestier nourrit des spéculations dignes d’un roman d’espionnage: règlement de comptes ? Élimination d’un témoin gênant ?

« On a du mal à croire que ce meurtre soit sans lien avec sa mise en cause dans l’affaire Mbaou », commente une source proche du dossier. De son côté, le parquet de Lyon ne va pas au delà de la confirmation de l’ouverture d’une enquête par la Jirs.

Repérages eu printemps 2018

Selon la DGSI, Daniel Forestier aurait lui-même reconnu le projet d’élimination, les 31 août et 1er septembre dernier, de l’homme qui réside à Bessancourt, dans le Val-d’Oise. Toujours selon Le Monde, des repérages avaient été menés en mai et juin 2018. Mais les résultats avaient révélés que le projet « n’était pas réalisable ».

L’avocate de Bruno Susini, Me Marie-Alix Canu-Bernard, a appelé « à la plus grande prudence sur les interprétations car, à ce jour, toutes les hypothèses restent ouvertes » concernant la mort de Daniel Forestier.

« Accusations rocambolesques »

Pour l’avocat de Daniel Forestier, Cédric Huissoud, la mise en cause de son client dans le dossier concernant l’opposant congolais était injustifiée. « Mon client avait toujours contesté ces accusations rocambolesques, qui ne reposent que sur un témoignage anonyme », souligne-t-il à l’AFP. Son client était placé sous contrôle judiciaire et l’avocat avait engagé dès septembre un recours devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon pour faire annuler cette mise en examen.

Marié et père de deux enfants, Daniel Forestier avait publié à compte d’auteur plusieurs romans aux titres évocateurs tels que « Barbouze de la République » ou « Requiem pour un Savoyard ».  « C’était un homme qui était avant tout un père de famille et un époux apprécié de tous. Il avait une vie saine et paisible, et n’était pas connu de la justice au-delà de la mise en examen de septembre. C’est un choc pour tout le village », a poursuivi son avocat.

Des preuves qui disparaissent

Interrogé par l’AFP début octobre, Ferdinand Mbaou, 62 ans, s’était dit « en colère mais pas surpris » par la nouvelle de ce projet d’assassinat, qu’il disait avoir apprise « par la presse ». En 2015, l’ancien chef de la garde de l’ex-président de la République du Congo Pascal Lissouba (1992-1997) avait déjà été grièvement blessé par balle dans une tentative d’assassinat à la sortie de son domicile de Bessancourt, au nord de Paris. Il serait dans le collimateur de Brazzaville en raison de ses réseaux dans l’armée, selon un opposant congolais.

« Nous avons appris avec effarement le décès de Daniel Forestier. Avec sa mort, c’est une partie essentielle des preuves, et donc de la manifestation de la vérité, qui disparaît », ont regretté mercredi Vincent Brengarth et Henri Thulliez, les avocats de l’opposant congolais.

« Il est plus que jamais indispensable que les investigations s’accélèrent pour que la justice puisse déterminer le ou les responsables de la tentative d’assassinat de Ferdinand Mbaou », ont-ils souligné dans un communiqué, ajoutant: « aucun protagoniste dans cette affaire n’est en sécurité, à commencer par notre client, victime déjà de deux tentatives d’assassinat en trois ans ».

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