GABON : Marie-Madeleine Mborantsuo ou la folle ambition d’une pestiférée

Le 14 mars, la cour constitutionnelle du Gabon a, de manière tout à fait singulière, alimenté le très sensible débat sur la vacance de pouvoir.

De manière fort singulière en effet, parce qu’au lieu d’aller le sens attendu par toutes les personnes de bon sens, à savoir la constatation formelle de l’incapacité d’Ali Bongo à exercer ses fonctions de chef de l’État, les « sages » de la haute institution judiciaire ont sombré dans le grotesque en publiant un communiqué dans l’édition numéro 12969 du journal gouvernemental « L’Union ». En fait de « communication de la cour constitutionnelle », c’est plutôt à une sorte de plaidoyer pro domo que Marie-Madeleine Mborantsuo et ses huit collègues se sont livrés. Commentaire d’un diplomate européen en poste au Gabon depuis quelques années : « C’est une sorte de marketing juridique qui annonce la sortie d’un nouveau produit plutôt toxique. A mon avis, une nouvelle révision de la constitution n’est pas à exclure ». En effet, le contenu de cette communication truffée de propos menaçants envers tous ceux qui oseront évoquer le sujet de la vacance de pouvoir, masque mal une énième malice cousue de fil blanc et derrière laquelle se profile l’ombre maléfique de Marie-Marie Mborantsuo. 

Il faut dire que dans toutes les manœuvres de la présidente de la cour constitutionnelle, il y a toujours ce petit quelque chose de forcé, de téléphoné et même carrément de grossier. Il est de ce fait loisible de deviner que cette sortie médiatique, pour peu opportune qu’elle puisse paraître, fait partie de ses plans. Marie-Madeleine Mborantsuo veut passer pour l’innocente victime d’une cabale qui, à travers sa personne, vise à « déstabiliser » la cour constitutionnelle et, partant, toute l’architecture institutionnelle du pays. Elle entend donc jouer la victimisation à fond. Le moment venu, quand elle aura assuré ses arrières, elle s’offrira en « martyr pour sauver l’institution ». En clair, elle démissionnera, officiellement pour ne plus servir d’instrument de levier contre la cour constitutionnelle. Mais en réalité ce sera dans le dessein de conquérir le palais dit du Bord de mer. Cela peut sembler complètement utopique. Loufoque même.

Mais Mborantsuo, on le sait, est très compliquée dans sa tête. Elle se pense plus intelligente que tout le monde. On ne saurait, dès lors, s’étonner de ce que cette « pouvoiriste » obsessionnelle, informée dès la fin du mois d’octobre 2018, de la disparition définitive d’Ali Bongo de la scène politique, n’ait élaboré une stratégie graduée de conquête du pouvoir.

Placé sous le signe du cynisme, du mépris et de l’arrogance, son projet présidentiel ne manquera, certes, pas d’apparaitre aux yeux de nombreux Gabonais, tous bords politiques confondus, comme une insulte à la mémoire des milliers de morts innocentes que ses décisions iniques, depuis une trentaine d’années, ont provoquées. Mais Marie-Madeleine Mborantsuo dispose d’un atout majeur : aussi bien dans sa vie privée que dans l’exercice de ses fonctions, elle a toujours su faire montre d’une phénoménale capacité à s’affranchir des principes moraux les plus élémentaires. En somme, elle est totalement dépourvue de scrupules et d’états d’âme.

Une tricheuse née

Adolescente, elle entretenait une double liaison adultérine avec deux hommes mariés, Omar Bongo et André Wanys. Ce dernier est d’ailleurs le véritable géniteur de son fils Fabrice Andjoua, l’actuel Directeur général du Budget. Mais par peur perdre Omar Bongo, elle attribuera malhonnêtement à ce dernier la paternité de l’enfant. Quelques années plus tard, elle va jeter son dévolu sur un autre homme marié, Lin Mombo, son actuel compagnon. De ce dernier, elle aura deux enfants, Carles Luce Kambangoye, décédé en juillet  2014 en Afrique du Sud, et Ruth Esther Ebori Mborantsuo qu’elle utilise comme prête-nom dans ses nombreuses affaires louches. Sans sourciller le moins du monde, elle fera d’Omar Bongo le père officiel de la fille de Mombo Lin. La légende gabonaise raconte que l’ancien président a eu deux enfants avec cette femme, alors que tout cela est faux. Il n’y a pas à dire, Marie-Madeleine Mborantsuo est une tricheuse née !

Cette caractéristique, Omar Bongo l’a sans doute décelée très vite en elle, et il va s’en servir. Installée à la tête de la cour constitutionnelle en 1991, au moment de la création de cette institution, elle va, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1993, se montrer d’une efficacité que certains qualifieront de « diabolique ». Dans son livre souvenir,  « The Politics of Truth », l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Gabon, Joseph Wilson IV révèle à la page 202, à propos de ce scrutin : « A 23h30, vers la fin de la nuit électorale, la Présidente de la Cour constitutionnelle annonça que 51,17 %  des électeurs avaient voté pour Omar Bongo. Les Français et Bongo avaient décidé de court-circuiter le processus, et il fut réélu au premier tour. Il était clair pour moi que les Français avaient décidé qu’ils ne pouvaient pas se permettre le risque d’un deuxième tour, ni politiquement, ni même financièrement; clairement ils ne voulaient pas s’éterniser plus que nécessaire dans un processus dont l’issue avait déjà été truquée. (…) Leur cynisme était incroyable. » Tellement « incroyable » que Marie-Madeleine Mborantsuo assumera sans état d’âme les dizaines de morts civils que l’armée de son amant Omar Bongo fera dans le camp des partisans du vrai vainqueur, le prêtre Paul Mba Abessole.

Un trio de Togolais à la manœuvre

A 64 ans, dont près de la moitié à toujours répéter les mêmes choses, c’est-à-dire, tripatouiller les élections et charcuter la constitution sans arrêt au bénéfice des Bongo, Marie-Madeleine Mborantsuo pense que son heure a sonné. Présidente de la République, elle bénéficiera d’une immunité à même de la mettre à l’abri des poursuites judiciaires en France où elle est traquée depuis deux ans. En plus, elle pourra, par la même occasion, se préserver du courroux des Gabonais qui la vouent aux gémonies depuis plusieurs décennies.

Dans cette délirante ambition, elle est encouragée, voire aidée par au moins trois sombres individus qui grenouillent dans son entourage proche. Point commun entre eux, ils sont tous Togolais. Le premier, Lin Mombo est son compagnon. De son vrai nom Schummer, ce Togolais d’origine est l’inamovible PDG de l’ARCEP, l’agence nationale de régulation des télécommunications. En dépit de son âge respectable et de sa gestion calamiteuse, il est maintenu en poste grâce à sa « femme ». Ensuite, il y a le dénommé Kokou Kothor. Prête-nom du clan Mborantsuo et fils dans la société de microfinance Finam, il s’est vu attribuer, sans appel d’offres, la construction de l’immeuble qui abrite le siège de la cour constitutionnelle. Le parfait homme de paille !

Ancien ministre togolais des Relations avec les institutions, Comlangan Mawutoè d’Almeida est le troisième larron de la bande. Cet ancien consul honoraire de Corée du Sud dans son pays avait commis un ouvrage en 2012, au titre révélateur : « Redonnons le pouvoir aux femmes ». En fait, il pensait à une femme en particulier, sa « belle-sœur » Marie-Madeleine Mborantsuo qui fut d’ailleurs son invitée d’honneur, le 29 juillet 2012, lors d’une séance de dédicace à Paris. Dans le sillage du trio de Togolais, on compte quelques marabouts et charlatans chargés de doper le moral de la « présidente ».

Francis Nkea président de la cour constitutionnelle

Sur le plan institutionnel, celle-ci entend s’appuyer sur deux piliers. En démissionnant de la présidence de la cour constitutionnelle, elle passera le flambeau à un de ses hommes de confiance, à savoir Me Francis Nkea, actuel ministre en charge des Relations avec les institutions. Ce sulfureux avocat sera celui qui « validera la victoire démocratique » de Marie-Madeleine Mborantsuo à l’issue de l’élection présidentielle de 2023. En attendant, il doit superviser les travaux relatifs à la prochaine révision constitutionnelle qui permettra au président de l’Assemblée nationale, Faustin Boukoubi de terminer le mandat d’Ali Bongo. Jean-Marie Ogandaga, le ministre de l’Economie que la « présidente » a pu alpaguer grâce son neveu Pierre-Claver Mfouba, le Directeur de cabinet du ministre, a été invité à mobiliser les ressources financières qui serviront à « motiver » les parlementaires afin que le texte de la nouvelle constitution puisse passer comme une lettre à la poste.

Pour justifier ses ambitions, Marie-Madeleine Mborantsuo entend mettre en avant sa supposée capacité à maintenir la stabilité des institutions. Cette stratégie, pour fondée qu’elle soit sur le mensonge, la manipulation et le mépris d’une population apparemment tenue pour stupide et amnésique, lui donne l’illusion que cela peut fonctionner. C’est peut-être ce que Kant, dans « La paix perpétuelle », décrivait ainsi : « Paresse et lâcheté sont les causes quo font qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d’une conduite étrangère, restent cependant toute leur vie dans un état de tutelle ; et qui font qu’il est si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être sous tutelle ».

La nature a affranchi les Gabonais de l’abominable Ali Bongo. A eux de s’organiser dès à présent pour faire échec aux folles ambitions de leur plus impitoyable tortionnaire.

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