Grand Imam d’Al-Azhar : “La polygamie n’est pas la norme et ceux qui le pensent ont tort”

Objet de débats récurrents et brandie en épouvantail en Occident, par les grands pourfendeurs de l’islam qui amplifient le phénomène à dessein, force est de constater que la polygamie revient constamment sur le tapis, mais pas pour les mêmes raisons, d’un monde à l’autre.

Si certains pays arabes restent inconditionnellement attachés à sa pratique, en dépit des règles islamiques très strictes et contraignantes qui la régissent, imposant à l’homme de faire montre d’une parfaite équité envers ses épouses, des voix s’élèvent de plus en plus perceptiblement pour dénoncer son anachronisme, même dans la très rigoriste Arabie saoudite.

En Egypte, Cheikh Ahmed Al-Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, a récemment tranché la question d’un ton ferme et ne souffrant aucune discussion. « Ceux qui décrètent que le mariage doit être polygame ont tort ! Je les invite à relire attentivement le verset coranique y afférent », a-t-il clamé haut et fort, avant de mettre en lumière « l’injustice qu’une telle union représente pour les femmes et les enfants ».

Aux yeux de cet éminent dignitaire religieux, la polygamie est l’exception qui confirme la règle et ne saurait être dévoyée par des époux peu scrupuleux, qui prennent des libertés avec les prescriptions du Coran et la condition sine qua non « d’équité ».

« S’il n’y a pas d’équité des maris envers leurs épouses, il est interdit d’avoir plus d’une femme », a-t-il martelé lors de son intervention à la télévision égyptienne, en s’appuyant sur la sourate An-Nisa (les femmes) : « Epousez comme il vous plaira, deux, trois, ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitable, prenez une seule femme ».

Prônant une autre approche de l’épineux problème, tout en exhortant ses concitoyens à pas rester figé dans un archaïsme préjudiciable, c’est peu dire que l’arbitrage de cette figure de l’islam a été diversement apprécié au pays des pharaons…

Devant la déferlante de réactions mitigées que sa prise de position a suscitée, la direction d’Al-Azhar a cru bon de rédiger un communiqué pour préciser que « Cheikh Ahmed Al-Tayeb n’appelle pas à interdire la polygamie ». De son côté, Maya Morsi, la présidente du Conseil national égyptien pour les femmes, louait au même moment les apports bénéfiques de l’islam concernant la gent féminine. « La religion musulmane honore les femmes, elle leur a accordé de nombreux droits et fait triompher la justice sur les injustices qu’elles subissaient alors », a-t-elle souligné.

Totalement abolie en Tunisie et en Turquie, la polygamie qui, faut-il le rappeler, n’est pas l’apanage de la seule communauté musulmane, tend à reculer dans la galaxie musulmane contemporaine, face aux inévitables évolutions socio-économiques, et ce, même si le seul fait de s’interroger sur la perpétuation de sa pratique y est encore perçu comme un sacrilège.

Signe des temps, en 2018, des twittos saoudiens particulièrement téméraires s’étaient dressés contre sa pérennisation en lançant un hashtag en arabe « Les Saoudiens refusent la polygamie », tandis que la parole de femmes arabes brisaient la chape de plomb du silence. Dans des témoignages livrés à cœur ouvert, elles éprouvèrent le besoin de s’épancher pour dire à quel point la décision de leur époux de prendre une deuxième femme leur avait été insupportable, au point de demander le divorcer.

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom