Guinée-Bissau : de l’implosion au chaos ?

La Guinée-Bissau inquiète. L'ONU, l'Union africaine et la Cedeao menacent de sanctions si rien n'est fait pour mettre un terme à la crise politique qui mine le pays depuis trois ans.

Voilà trois ans que la crise politique a commencé en Guinée-Bissau. Et ses soubresauts ont enfin atteint les instances des grandes organisations mondiales. Dans un communiqué conjoint, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, ont ainsi fait savoir leurs inquiétudes quant à la situation dans le pays.

José Mario Vaz joue avec les nerfs de l’UA

Première préoccupation : « Les mesures prises par les autorités nationales pour empêcher le PAIGC de convoquer et de tenir son congrès. » Fondé en 1956, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert a donc vu la nomination de son président retardée de plusieurs jours. Des directives avaient été données aux services de sécurité nationale d’évacuer et de fermer le siège du parti. Domingos Simoes Pereira, ancien Premier ministre, a finalement été élu à l’issue du congrès, le 4 février, répondant aux injonctions de l’UA et de l’ONU à « lever immédiatement toutes les restrictions au droit de réunion pacifique, à la participation politique et à la liberté d’expression ».

Un événement survenu quelques jours après la nomination du nouveau Premier ministre, Augusto Artur Da Silva, le 31 janvier, un peu plus de deux semaines après la démission du gouvernement d’Umaro Sissoco Embalo, Premier ministre depuis novembre 2016. La date butoir de cette nomination avait été fixée par la Cedeao, qui avait exhorté le président bissau-guinéen à nommer un chef de gouvernement consensuel, en marge du sommet de l’UA. Une nomination in extremis, qui intervient au bout de trois ans de crise politique.

Un conflit de personnes au sommet de l’État

Élément déclencheur de ce marasme : la destitution, le 12 août 2015, de Domingos Simoes Pereira, alors Premier ministre depuis le 4 juillet 2014. La raison officielle ? La majorité du Parlement n’avait pas approuvé la proposition de budget du gouvernement. Et selon le système bissau-guinéen, les députés peuvent donc demander la démission du Premier ministre. Officieusement, c’est un conflit entre Domingos Simoes Pereira et le président José Mario Vaz qui serait à l’origine de la destitution du Premier ministre. En 2014, les deux hommes s’écharpaient déjà sur le contrôle du PAIGC, lors des élections législatives et présidentielle. Des tensions qui se sont accentuées après l’arrivée au pouvoir de José Mario Vaz, qui soupçonne dès le départ son Premier ministre de corruption. D’autres encore affirment que Domingos Simoes Pereira lui faisait de l’ombre, le président étant moins populaire que son Premier ministre auprès des Bissau-Guinéens.

Une crise au sommet de l’État – plus personnelle que politique – qui a fragilisé le PAIGC. Elle s’est envenimée un peu plus avec la fronde de 15 députés du parti, qui ont fait alliance avec la deuxième force politique du pays, le Parti de rénovation sociale (PRS). Exclus du PAIGC puis démis de leurs fonctions, la Cour suprême décide finalement de les réintégrer. La majorité absolue à l’Assemblée est alors perdue : le parti ne dispose plus que de 42 sièges sur 102. Depuis lors, le pays s’englue dans une véritable crise politique. « Le président a commencé à choisir son Premier ministre selon ses envies », commente Angela Coutinho, historienne et auteur d’une thèse sur le PAIGC. La population assiste depuis lors, impuissante, à une désagréable valse des Premiers ministres.

Malgré la crise politique qui bloque le pays depuis plus de deux ans, José Mario Vaz reste de marbre quant aux propositions de la population. « La société civile a demandé de nouvelles élections législatives. Le parti vainqueur aurait alors désigné le Premier ministre, comme le veut le système bissau-guinéen. C’était une des solutions de déblocage de la crise. Le président a toujours refusé, avance Angela Coutinho. Et le Parlement ne se réunit plus depuis deux ans. »

La Cedeao appelée à la rescousse

Pour parer à l’enlisement, la Cedeao a été appelée en renfort. Les États membres, sous l’égide du président guinéen Alpha Condé, ont établi une feuille de route de résolution de la crise : les accords de Conakry. Signés en octobre, ils prévoient notamment la nomination par le président de la République d’un Premier ministre de consensus. Autrement dit, un Premier ministre qui plaît à toutes les parties, et dont le gouvernement représentera les différents partis élus à l’Assemblée. Mais la nomination d’Augusto Artur Da Silva « ne change rien », selon Angela Coutinho. « Une fois de plus, la procédure n’est pas respectée, puisqu’il a nommé ce membre du PAIGC selon sa propre volonté. Qui plus est, Da Silva ne contente pas toutes les parties. De ce point de vue, José Mario Vaz ne respecte ni la Constitution du pays ni les accords de Conakry. » D’où les inquiétudes conjointes de l’ONU et de l’UA. Mais en déclarant, en septembre dernier, que « la solution de la crise n’est pas entre les mains de la communauté internationale, mais de l’Assemblée nationale qui doit exercer sa fonction constitutionnelle », José Mario Vaz dit tout haut ce qu’il pense des remontrances des deux institutions.

 

Le Point

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