Incident diplômatique entre la Suisse et le Sénégal : A l’origine un critique sévère de l’époux de l’ambassadrice de la Suisse à Dakar

L’ambassadrice de Suisse au Sénégal a été rappelée à l’ordre par le ministère sénégalais des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur. Marion Weichelt Krupski n’a rien à se reprocher mais plutôt son époux Waldemar qui a tenu des  propos agaçants qui lui ont valu une remontrance des autorités sénégalaises.

Convoquée le mercredi passé 15 juillet par le chef de la diplomatie sénégalaise, elle s’est vu clairement notifier « le caractère inacceptable des propos de son conjoint qui constituent une violation flagrante des principes élémentaires de courtoisie et de non-immixtion dans les affaires intérieures de l’État accréditant ».

Dans le texte incriminé, Waldemar Krupski, un coach familial qui suit son épouse au gré de ses affectations depuis maintenant plus de 10 ans, s’insurge contre le calvaire que les Sénégalais subissent à l’occasion du passage d’un cortège d’une autorité. « Quand je rentre de l’école en voiture le jour même, on m’arrête à la gendarmerie et on me dit d’attendre sur le trottoir. Je sais ce qui va suivre. Cela m’arrive ici tous les quelques jours. Heureusement, pendant ces minutes ou parfois un quart ou une demi-heure, personne ne peut lire dans mes pensées. Une personne très importante, surtout masculine, est maintenant courtisée par dix motos BMW, cinq limousines Lincoln et x PW, accompagnées de sirènes bleues et rouges hurlantes en direction du palais du gouvernement. Les Sénégalais supportent avec un calme stoïque le fait qu’ils doivent rester assis dans leur voiture pendant une demi-heure à l’arrêt à cause de ce convoi complètement superflu. Malheureusement, je ne parviens pas à adopter cette attitude stoïque. Au contraire, mais je préfère garder mes pensées pour moi », dénonce le mari de l’ambassade dans son texte intitulé « l’Avenir de l’Afrique en tant qu’Invité » publié sur la plateforme numérique de « Urner Wochenblatt ».

Si le Sénégal des décideurs est indisposé par l’immixtion de Krupsi dans ses affaires intérieures, le ton emprunté par la tribune de l’Uranais dès les premiers paragraphes a offusqué des internautes qui y décèlent un air de racisme.

Dans les parties visées, le mari de l’ambassadrice raconte le manque de savoir-vivre de deux jeunes camerounais accueillis chez eux dans le cadre d’un programme scolaire. Waldemar Krupski ne manque pas d’inspiration pour qualifier ses invités d’enfants dépourvus de toute décence et de respect et en impute la responsabilité à leurs parents.

L’auteur est d’autant plus peiné que ces deux adolescents qu’il a dû rappeler à l’ordre à plusieurs reprises, risquent de compter parmi les futurs décideurs du continent africain.

Le texte a été supprimé sur Urner Wochenblatt, mais est toujours consultable sur le site professionnel de Waldemar Krupski qui, n’en est pas à sa première tribune.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le mari de l’Ambassadrice de Suisse est un amoureux de l’écriture et n’a pas sa langue dans sa poche. Depuis leur arrivée au Sénégal en 2017, il tient une sorte de carnet de voyage dans lequel il immortalise ses différentes expériences.

C’est ainsi que le 17 novembre 2018, il a rédigé un texte aux allures d’un message de bienvenue à son homonyme sénégalais, Mohammed Waldemar. « Bienvenue à Mohammed Waldemar ! Né le 14 octobre 2018, vous êtes un enfant du dimanche. Un enfant du dimanche comme moi, né le dimanche 22 juillet 1964. On dit que nous, les enfants du dimanche, sommes particulièrement favorisés par le bonheur. C’est exact. Au moins pour moi », amorce le coach familial qui raconte les relations particulières qui le lient à Tanor, père du nouveau-né. Tanor est employé comme chauffeur à l’ambassade.

Waldemar est heureux d’avoir été le « toubab parrain », « ce qui n’est pas un mauvais début » commente-t-il. Il en profite pour dire ce qu’il pense des familles nombreuses au Sénégal et l’absence de perspectives qu’elles représentent pour les enfants qui y sont issus.

Attristé par la mort de candidats à la migration irrégulière au large de la Mauritanie en décembre 2019, Waldemar Krupski reprend sa plume pour décrire les causes de ce drame.  Pour l’étayer, il convoque le sort d’un électricien sénégalais qui lui a adressé une correspondance pour le mettre au courant de son projet de quitter le pays pour aller monnayer ses talents ailleurs. « La menace désespérée contenue dans son courriel est représentative de la décision fatale que prennent des dizaines de milliers de Sénégalais lorsqu’ils décident de chercher leur fortune en Europe. Une fois le voyage commencé, Moustapha n’a plus rien à perdre. Même pas sa vie. La honte est trop grande pour revenir les mains vides. Au final, tous les proches ont apporté quelques bouchées, convaincus qu’ils se sentiront bientôt tous mieux. Les migrants d’ici, qu’ils soient légaux ou illégaux, ont en commun d’appartenir ici au Sénégal à la “classe moyenne” inférieure. Une minorité qui a fréquenté l’école primaire et qui sait lire, écrire et faire du calcul. La moitié de la population ne peut pas faire cela ! », se désole l’uranais.

Le suisse du Canton d’Uri qui a déménagé à Zurich où il dit avoir rencontré sa Marion, parviendra à dissuader « Moustapha » qu’il a recommandé, affiche à l’appui, à toutes ses connaissances pour vivre décemment de son métier.

Waldemar s’est aussi souvenu avoir assisté à des obsèques sénégalaises. Celles du fils de leur jardinier qu’il appelle « Diaw ». Il y décrit l’ambiance délétère des funérailles et les larmes qu’il a versées au moment de se recueillir devant la dépouille du fils du jardinier. « Ce moment est un peu trop pour moi. L’apogée de la vie me semble différent et je ne peux plus retenir mes larmes, sachant que les larmes des hommes ne sont pas appropriées ici. Diaw me serre dans ses bras avec une forte tape sur le dos et pleure avec moi. Et pendant un court instant, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas différents en quoi que ce soit. Les larmes en disent plus que les mots », capitule Waldemar Krupski qui apprend au travers de sa dernière tribune que le mari d’une diplomate ne devrait pas …tout dire. 


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